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La pandémie fait-elle peur à mon enfant?

Comment le savoir et, surtout, comment le gérer?

Portrait d'une adolescente portant un masque appuyée à une fenêtre.

Une jeune fille en quarantaine qui a l'air triste.

Photo : Imgorthand

Radio-Canada

Un an de pandémie. On dit que les enfants sont résilients, mais le sont-ils vraiment? Comment savoir si notre enfant a peur? Quels signes faut-il guetter? S’il nous parle de la mort, doit-on s’inquiéter? Est-on un mauvais parent parce nous n'avons pas de réponses à toutes ces questions? Est-ce possible que l’adulte soit à l’origine de tout ce stress?

Depuis un an, on s’est beaucoup inquiété des impacts de la pandémie sur nos tout-petits qui — comme les grands — peuvent vivre des inquiétudes. En tant qu’adulte, il est de notre responsabilité de les protéger, mais comment le faire correctement? L’équipe des Malins vous propose des éléments de réponses.

Un petit garçon déprimé assis près de la fenêtre portant un masque chirurgical.

Un enfant déprimé en quarantaine.

Photo : Imgorthand

1. Devrais-je m’inquiéter si mon enfant ressent de la peur et me pose des questions inquiétantes en lien avec la pandémie?

Ces questions ont de quoi déstabiliser le plus solide des parents, mais Jean-François Bureau, professeur en psychologie à l’Université d’Ottawa, soutient qu’il ne faut pas s’inquiéter. 

Lorsqu’un enfant s'exprime à nous et confie sa détresse, c’est d’abord une marque de confiance envers nous , dit-il . Ça montre aussi qu’il est en train de travailler ses angoisses et qu’il [analyse ça] dans sa tête

Comme parent, ce n’est pas facile à entendre, reconnaît le professeur. Il y a toutefois, ici, une belle occasion d'ouvrir le dialogue et valider ce qu’il ressent. Car après tout, c’est tout à fait normal — enfant comme adulte — d’avoir peur. 

Je m’inquièterais davantage d’un enfant qui somatise, qui ne va pas bien, qui a l’air de s’inquiéter, qu’il ne nous dise pas pourquoi et qu’il commence à se renfermer dans sa bulle, affirme M. Bureau.

Une mère et sa fille assises sur un fauteuil se serrent dans leurs bras.

En quarantaine, en télétravail avec nos enfants à la maison ou au travail, chacun doit composer avec une nouvelle réalité en temps de pandémie, ce qui peut générer du stress ou de l'anxiété.

Photo : iStock

2. Quelles questions doit-on poser à son enfant pour savoir s’il a peur de la pandémie?

Pas facile de trouver les bons mots pour aborder la question et permettre à son enfant de s’exprimer librement. La peur a ceci de pernicieux : elle touche tout le monde. 

C’est un sentiment diffus, assez négatif sur lequel il est assez difficile d’avoir une prise , avance Christine Gervais, professeure au département des sciences infirmières à l’Université du Québec en Outaouais. Ceci ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas de moyens d’attaquer la problématique de front, soutient-elle.

Il suffit juste de poser les questions de façon franche à son enfant. Quand as-tu le plus peur? Y a-t-il des [situations] qui font que tu as plus peur? Y a-t-il des moments où, au contraire, tu as moins peur et tu te sens rassuré?, énumère la spécialiste en guise d’exemple. 

Tout ça, c’est pour essayer de guider l’enfant à circonscrire cette peur-là et à la nommer. C’est vraiment la première étape dans le processus pour essayer de travailler la peur.

Une petite fille appuie sa main contre celle de sa grand-mère, derrière une vitre.

La pandémie a tenu loin les petits-enfants des grands-parents les plus vulnérables, selon les critères de santé provinciaux.

Photo : Getty Images / RyanJLane

3. Que répondre à un enfant qui craint que la pandémie ne tue ses parents ou grands-parents?

Instinctivement, un parent qui reçoit une telle question peut avoir le réflexe de minimiser la chose ou même promettre  à son enfant qu’on ne va pas mourir . Il s’agirait d’une erreur, soutient Jean-François Bureau qui prône la transparence.

Il encourage plutôt les parents à se faire rassurants en rappelant à leur enfant toutes les mesures qui sont mises en place pour qu’une telle fin n'arrive pas. Il n’y a rien de tel que de parler de l’importance de suivre les consignes sanitaires, des vaccins, des progrès de la recherche sur le coronavirus, etc.

Oui, papa et maman pourraient mourir de la pandémie, mais il y a de moins en moins de risque que cela puisse arriver, suggère-t-il comme discours.

Tous les parents — pandémie ou pas — vont devoir un jour expliquer à leur enfant ce qu'est la mort, rappelle le professeur. Qu’il s’agisse de la mort d’un animal domestique, d’un grand-parent, etc. C’est incontournable.

L'important, est de s’y prendre à l'avance et de ne pas trop attendre, encourage-t-il. Je pense que c’est important de pouvoir accueillir ça quand l’enfant vous en parle, car la pire réaction serait de dire qu’on ne parle pas de ça et d’en faire un sujet tabou .

Une jeune fille anxieuse se tient près de sa mère.

La deuxième vague de la pandémie peut causer de l'anxiété chez les enfants.

Photo : iStock / fstop123

4. En tant que parent, est-ce de ma faute si mon enfant s’inquiète de la pandémie?

La première chose que j’aurais le goût de dire aux parents, c'est de prendre conscience de tous les rôles qu’ils ont assumés dans la vie de leurs enfants depuis un an , tempère Christine Gervais. 

Depuis un an, on a été tour à tour enseignant de notre enfant, on a été son parent, par moment son meilleur ami, on a été son directeur d’école quand on l’a repris parce qu’il ne s’est pas présenté en classe [virtuelle] et qu’il n’a pas fait ses devoirs. On a eu une multitude de rôles et, en même temps, pour la majorité, on a gardé notre rôle professionnel de travailleur. 

Donc, c’est certain qu’on est fatigué , poursuit la professeure. Reconnaître cette fatigue-là et l’accepter comme une partie du quotidien, ça nous permet de diminuer nos attentes envers nous-mêmes, d'être davantage disponibles pour notre enfant et d’être davantage sincères et transparents dans nos interactions avec eux.

Dans la limite où on est confortable avec nos limites, nos peurs et notre fatigue, c’est beaucoup plus facile d'accueillir celles de nos enfants après ça , déclare-t-elle. 

Un homme est assis sur le sol dans le salon. Il tient les mains de son enfant, assis sur le sofa.

Les enfants peuvent aussi ressentir de l'angoisse au sujet de la COVID-19.

Photo : iStock

5. Est-ce que l’on devrait s’inquiéter que nos enfants puissent vivre de l’anxiété à un si jeune âge? 

Rassurez-vous, quel que soit l’âge, il est tout à fait normal à un certain moment dans la vie d’être anxieux, soutient Jean-François Bureau. Sur le plan biologique, ça peut même être bon. Évidemment, l’anxiété devient problématique quand la personne qui la vit évite des situations, modifie son environnement ou est frappée de paralysie. 

L’enfant qui ne mange plus, qui dort moins bien, qui commence à avoir des inquiétudes qui sont envahissantes, qui pense à ça quand ce n’est pas le moment, etc. sont souvent des signes inquiétants, rappelle le professeur Bureau.

S’il ferme la radio, il ferme la télé, qu’il ne veut plus entendre parler [de pandémie], il nous demande de ne pas parler quand il s’agit de la COVID-19, etc. Là, on peut commencer à se dire qu’il se passe quelque chose.

À ce moment-là, il ne faut pas avoir peur d’intervenir, encourage Jean-François Bureau. Cela peut être aussi simple que d’être transparent en admettant que la pandémie vous inquiète également. L’important c’est de garder le dialogue ouvert. On peut aussi faire appel à des ressources comme Tel-Jeune, etc.

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