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Nostalgiques des États-Unis : un an sans traverser la frontière

Les voies d'entrée avec barrières à la frontière.

Depuis un an, les déplacements non essentiels ne sont plus autorisés entre le Canada et les États-Unis.

Photo : Radio-Canada

Le 18 mars 2020, le Canada et les États-Unis fermaient de manière officielle leur frontière commune. Cette mesure dure depuis un an, au grand dam de certains Canadiens qui entretiennent des liens très étroits avec les États-Unis.

Les résidents des villes frontalières sont parmi ceux qui subissent le plus les conséquences de cette fermeture. C’est le cas de Shelley Ryan qui vit à Windsor en Ontario.

Depuis un an, elle ne peut plus se rendre à Détroit alors qu’elle y allait régulièrement avec son mari et ses enfants, parfois même deux ou trois fois par semaine.

Pour moi, c’est juste cinq kilomètres pour être au pont, pour traverser la frontière. Ça me prend moins de temps pour traverser à Détroit que de visiter mes parents qui sont en banlieue [de Windsor] à 15 ou 20 minutes de notre maison, explique-t-elle.

Détroit c’est juste une prolongation de notre ville avec beaucoup de choses à faire.

Une citation de :Shelley Ryan

L’accès aux États-Unis à la frontière terrestre est désormais interdit aux voyageurs non essentiels. La décision avait été prise d’un commun accord par les administrations Trudeau et Trump à un moment où les États-Unis avaient maille à partir avec la pandémie.

Une femme est debout. Elle répond à des questions.

Shelley Ryan et sa famille se rendaient très souvent à Détroit.

Photo : Elvis Nouemsi Njiké

Une décision qui, si elle est comprise, est tout de même difficilement vécue par Shelley Ryan, puisque tout le monde au sein de sa famille trouvait son compte dans les déplacements à Détroit.

On a la beauté d’être dans un petit village, une petite communauté à Windsor, mais on traverse la frontière et on est dans une grande ville. [...] Il y a un musée des beaux-arts, qui est à 10 minutes de la frontière, on y allait souvent. Il y a des centres de sciences [...] pour les enfants, ça faisait du bien, précise-t-elle.

En manque d'événements sportifs

Selon Mme Ryan, une des raisons pour lesquelles de nombreux résidents du Sud-Ouest ont une grande affection pour Détroit, c’est le fait que, comme de nombreuses grandes villes, elle propose pêle-mêle de grands événements.

On a tous les sports, les Detroit Tiger, Detroit Piston, Detroit Lion, les concerts, la musique [...] On ne vit pas dans la grande ville, mais on profite de toutes les choses d’une grande ville, explique-t-elle.

Patrice Dufour réside à Sarnia depuis une vingtaine d'années.

Il est de ceux qui fréquentaient de manière assidue Détroit, pour assister à des événements sportifs, et aimait se rendre aussi ailleurs aux États-Unis.

Je suis un grand amateur de sports, donc j’y allais pour voir que ce soit le football, le baseball, le basketball. J’y étais presque chaque semaine. [...] Et aussi l’été, j’allais fréquemment pour jouer au golf, car il y a beaucoup de terrains tout près de Sarnia, juste de l’autre côté du pont, précise-t-il.

J’avais des abonnements pour aller voir les équipes de Détroit. J’y allais avec différents amis.

Une citation de :Patrice Dufour

Puisque les stades sont longtemps restés fermés, M. Dufour ne vivait pas trop mal le fait de ne pas pouvoir se rendre à Détroit. Il songeait même au fait qu'il est moins coûteux de regarder des matchs de son salon.

Des équipes de Détroit ont cependant récemment rouvert leur stade, ce qui le rend triste.

Les Red Wings ainsi que les Pistons viennent d’ouvrir les portes aux spectateurs. Je crois qu’ils ont 750 ou encore 1000 spectateurs par match qui sont autorisés à y aller [...] Malheureusement, je ne peux pas y aller, précise-t-il.

À portée de main

La frustration liée à la fermeture des frontières n’est pas la seule affaire des personnes qui ne peuvent plus se rendre aux États-Unis.

Il y en a comme Towela Okwudire, résidente de Windsor, qui se rendent toujours aux États-Unis pour le travail, mais qui doivent s’astreindre à une certaine discipline pour résister à la tentation.

La raison pour laquelle je ne peux pas faire d’activités [en dehors du travail] c’est parce que je suis canadienne et je veux respecter les lois canadiennes. Dans le Michigan, pas mal d’établissements restaient ouverts même pendant la pandémie. Donc, les choses se passaient, explique-t-elle.

Une femme souriante est assise à une table. Des sacs et dépliants sont sur la table.

Towela Okwudire a perdu des clients parce qu'elle ne voulait pas faire des rencontres face à face.

Photo : French Lit/Facebook

C’est un sacrifice nécessaire, très difficile. [...] Quand je suis là, je vois les autres qui continuent à vivre leur vie dans le Michigan. Mais moi je me suis dit chaque fois non, non, non! Je rentre au Canada, je ne veux pas avoir de problèmes.

Une citation de :Towela Okwudire

Pour Mme Okwudire la pandémie est d’autant plus difficile à vivre que son café et son restaurant préférés, ainsi que les musées qu’elle visite habituellement, sont ouverts et connaissent une fréquentation plus ou moins régulière.

Une fréquentation qui s’explique, selon elle, par le fait que nombre d’Américains ne semblent pas prendre la pandémie au sérieux.

Tu vois des gens qui ne portent pas de masque, qui ne croient pas, qui pensent que la pandémie est juste une farce ou une théorie conspirationniste. Vraiment, on rencontre ces gens très souvent dans le Michigan.

Une citation de :Towela Okwudire

Towela Okwudire se dit heureuse de vivre dans un pays où la grande majorité des gens suivent les recommandations de la santé publique, même si cela peut parfois leur en coûter, comme c'est son cas.

Elle est la fondatrice de French Lit, une entreprise qui donne des cours de français à des adultes et dont la majorité de la clientèle est américaine, bien qu’elle vive elle-même au Canada.

Elle explique que sa décision de respecter les recommandations de la santé publique canadienne a eu un impact sur son activité économique.

J’ai perdu quelques clients qui préféraient des réunions face à face. [...] C’est difficile, parce que certains n’étaient pas prêts à faire les rencontres sur Zoom, indique-t-elle.

En plus de son activité économique, sa capacité à gérer ses avoirs est également mise à mal par la pandémie. Son mari et elle sont propriétaires d’une maison dans le Michigan qui est en location.

Il leur est impossible en ce moment de traiter directement avec les locataires. Ils doivent de plus en plus compter sur des amis qui vivent aux États-Unis pour le faire, mais également pour s’occuper de leur courrier.

Malgré cela, Mme Okwudire garde le sourire. Elle espère que la pandémie sera bientôt une affaire du passé, que les restrictions mises en place seront levées et qu’elle pourra de nouveau visiter ses commerces préférés qui se trouvent dans l’État du Michigan.

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