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Filière du lithium au Québec : le chaînon manquant

Une batterie lithium-ion démantelée.

Selon des entreprises spécialisées dans le lithium, le Québec ne pourra devenir un chef de file tant que les usines de transformation ne seront pas situées dans la province. (archives)

Photo : Reuters / Wolfgang Rattay

Pour les acteurs de la filière du lithium au Québec, l’annonce de l’investissement de 100 millions de dollars dans l’entreprise Lion Électrique représente une étape nécessaire au développement de cette filière au Québec, mais il reste un long chemin à parcourir.

Selon Jean-François Magnan, ancien directeur technique chez Nemaska Lithium et cofondateur de l’usine Phostech Lithium à Candiac, cette annonce n’aura aucun impact, du moins à court terme, sur l’exploitation du minerai de lithium dans la province, étant donné l’absence d’entreprises capables de transformer le minerai sur le territoire.

Ça n’a pas d’impact parce que ce sont les fabricants de matériaux de cathode [des composantes des batteries] qui achètent le lithium. Les usines de fabrication de cathodes se construisent actuellement aux États-Unis, en Europe et en Asie. Tant qu’on ne fabrique pas directement nos cellules au Québec et qu’on n'intègre pas la fabrication de matériaux de cathode comme les Européens sont en train de le faire, ça n’a à toutes fins pratiques aucun impact sur le développement de la filière lithium au Québec, précise-t-il.

Bien que les investissements annoncés lui donnent confiance en la capacité de la province de développer l’ensemble de la chaîne de fabrication des batteries, Guy Laliberté, chef de la direction de la minière Sayona Québec, reconnaît que la matière extraite par son entreprise doit pour l’instant nécessairement être acheminée à l’international.

Il n’y a pas d’autres endroits actuellement pour expédier le matériel que les marchés extérieurs au Canada. Il n’y a pas de projet, aujourd’hui, qui pourrait nous permettre de transformer, indique M. Laliberté.

Pour un certain temps, le temps que le Québec s’organise, il va falloir qu’il y ait des approvisionnements ou des matériaux qui soient envoyés ailleurs.

Une citation de :Guy Laliberté, chef de la direction de Sayona Québec

Le chaînon manquant

Avec les gisements de lithium situés en Abitibi et dans la Baie-James, le Québec bénéficie d’une situation privilégiée en ce qui a trait à l’extraction de ce minerai. Avec l’implantation d’une usine d’assemblage de blocs-batteries, il ne reste qu’à combler ce qui se trouve entre les deux, le chaînon manquant, qui sépare la province d’une chaîne de fabrication complètement intégrée. Guy Laliberté et Jean-François Magnan s’entendent pour affirmer que le temps presse si le Québec souhaite sécuriser sa place dans ce marché d’avenir.

La route est longue, parce qu’il y a plusieurs étapes. Il ne faut pas oublier que cette chaîne de valorisation du secteur des batteries, c’est un marché qui est totalement neuf pour les entreprises, pour les gouvernances et pour les entreprises qui financent ces projets-là. C’est certain que d’avoir une démarche complètement intégrée, de l’extraction minière jusqu’aux batteries, ça va prendre un certain nombre d’années, ça va prendre un certain nombre d’étapes. Le Québec se structure actuellement et c’est parfait. Parce que si le Québec ne se structure pas, les autres pays comme en Europe vont se structurer, affirme M. Laliberté.

Affiches sur le lieu du projet minier Authier de l'entreprise Sayona Mining.

Le projet minier de l'entreprise Sayona Mining devrait être situé à environ 150 mètres de l'esker, à La Motte, en Abitibi. (archives)

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Jean-François Magnan ajoute qu’il existe une grande effervescence aux États-Unis depuis l’élection de Joe Biden, autour du lithium et des autres minéraux stratégiques. Il précise cependant qu’il demeure difficile d’attirer des investisseurs étrangers, malgré l’expertise qui a été développée au Québec.

À mon avis, le gouvernement devrait investir massivement au cours des prochains mois pour construire une usine de cellules de batteries au Québec. Sinon, on risque de manquer le bateau.

Une citation de :Jean-François Magnan, cofondateur de l’usine Phostech Lithium

Le ministre de l’Économie reconnaît l’urgence

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec, reconnaît l’urgence d’agir afin de développer ce qu’il qualifie de pont entre l’extraction du minerai et l’assemblage des batteries.

Dans deux ans, il va être trop tard. C’est un enjeu où il y a beaucoup de joueurs en Amérique du Nord qui veulent se démarquer, comme le Québec. Si dans deux ans il n’y a rien de fait, il va être trop tard et on va avoir perdu, reconnaît le ministre.

Pierre Fitzgibbon s'adresse aux journalistes.

Le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon (archives)

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Malgré la forte concurrence sur le marché international, M. Fitzgibbon se montre confiant de pouvoir développer au Québec une chaîne intégrée de fabrication de batteries, en y ajoutant les étapes de deuxième et de troisième transformation.

On a des ententes de confidentialité signées avec plusieurs joueurs. On est carrément là-dedans, mais évidemment, les joueurs se font courtiser par tout le monde. Si on veut être un joueur là-dedans, il faut dérouler le tapis. Ce n’est pas juste l’argent, il faut aussi avoir confiance en nos moyens stratégiques, et je pense que le Québec, avec notre énergie verte à bas coût, je pense qu’on a de bonnes chances de réussir. Est-ce qu’on va gagner sur tous les fronts? Je l’espère, mais il faut travailler fort, c’est une course, conclut-il.

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