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Avion ukrainien abattu : le rapport de l'Iran est « incomplet », dénonce Ottawa

L'Organisation de l'aviation civile iranienne conclut à une « erreur humaine » commise par une unité de défense aérienne.

Des secouristes s'activent autour des débris de l'avion.

Le 8 janvier 2020, un avion à bord duquel se trouvaient 176 personnes a été abattu par l'Iran de manière « non intentionnelle », peu de temps après son décollage de l'aéroport Imam-Khomeini, à Téhéran.

Photo : The Associated Press / Ebrahim Noroozi

Radio-Canada

S'il devait faire la lumière sur les causes de l'écrasement d'un avion de ligne ukrainien, abattu par Téhéran l'an passé, le rapport de l'Organisation de l'aviation civile iranienne (CAO) publié mercredi s'avère plutôt « incomplet » et omet des « preuves clés », dénonce le gouvernement du Canada.

Une « erreur humaine », commise par une unité de défense aérienne, est à l'origine de la catastrophe du 8 janvier 2020, a tranché l'autorité iranienne.

Dans son rapport d'un peu plus de 145 pages, la CAO blanchit la chaîne de commandement militaire en concluant qu'un opérateur de missiles est responsable du lancement des deux missiles qui ont causé l'écrasement et l'explosion du vol PS752 d'Ukrainian International Airlines.

Les 176 personnes qui se trouvaient à bord sont mortes, dont 138 [qui avaient] des liens avec le Canada, ont rappelé le ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, et le ministre des Transports, Omar Alghabra, dans une déclaration commune.

Les explications fournies mercredi par la CAO sont loin de satisfaire le gouvernement de Justin Trudeau, qui réclame encore à ce jour que justice soit faite au nom des victimes.

Le rapport ne tente pas de répondre aux questions critiques concernant ce qui s'est vraiment passé. Il semble incomplet et ne contient ni faits ni preuves tangibles.

Une citation de :Extrait de la déclaration des ministres canadiens des Affaires étrangères et des Transports

À la lecture du rapport d'enquête, il est évident que nous n'avons toujours pas de réponses quant aux raisons pour lesquelles l'Iran n'a pas mis en place les mesures nécessaires, telles qu'une fermeture complète de son espace aérien, pour éviter une telle tragédie, ont-ils déclaré.

Par respect pour les victimes et leurs familles, l'Iran se devait de mener une enquête complète et transparente, conforme aux normes internationales, ont-ils ajouté.

Les conclusions du rapport ont aussi été rejetées par l'Ukraine, qui y voit une tentative cynique de cacher les vraies causes de la destruction de [son] avion de ligne.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a reproché à Téhéran de ne pas avoir tenu compte des plus de 90 pages de remarques et suggestions envoyées par l'Ukraine, qui a perdu 11 ressortissants dans le drame.

Rappelons que Téhéran a nié toute implication dans l'écrasement pendant trois jours avant de déclarer que l'avion de ligne, pris pour un missile, avait été abattu par accident, au milieu de tensions accrues avec les États-Unis.

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique avait abattu le Boeing 737-800 à destination de Kiev cinq jours après que le président américain de l'époque, Donald Trump, eut ordonné une frappe aérienne de drone pour exécuter en Irak un important général iranien, Qassem Soleimani.

Un bout d'aile d'avion repose sur le sol.

Des équipes de secours sur les lieux de l'écrasement du Boeing d'Ukraine International Airlines

Photo : Getty Images / AKBAR TAVAKOLI

L'opérateur est allé « à l'encontre de la procédure », selon la CAO

Une série d'erreurs a mené au lancement des missiles par l'Iran, détaille l'Organisation de l'aviation civile iranienne dans son rapport.

La trajectoire empruntée par l'avion a d'abord été mal comprise par l'opérateur de missiles, dit-on. Au lieu de constater que l'appareil mettait le cap sur l'ouest et s'éloignait de l'aéroport Imam-Khomeini, l'opérateur a cru que l'engin se dirigeait vers Téhéran à basse altitude.

Il a alors tenté d'alerter le centre de commandement de la menace apparente, mais le message n'a jamais été relayé, peut-on lire dans le document.

Sans recevoir de feu vert ni de réponse du centre de commandement, il en est venu à voir la cible comme [une menace] et a fait feu, allant ainsi à l'encontre de la procédure prévue, indique-t-on encore.

Le premier missile a explosé près de l'avion, projetant en direction de l'appareil plus de 2500 éclats d'obus à près de 6500 km/h – plus de cinq fois la vitesse du son – et endommageant l'avion et ses systèmes.

La structure était toutefois restée intacte, selon le rapport. Les trois membres d'équipage dans l'habitacle étaient encore en vie. Ils ne semblaient pas avoir subi de blessures physiques.

Le deuxième missile a probablement touché l'avion, indique le rapport. Quoi qu'il en soit, l'appareil a plongé vers le sol pour s'écraser près de l'aéroport. L'explosion est alors survenue, environ six minutes après le décollage et trois minutes après la détonation du premier missile, selon la CAO.

Des chandelles placées devant des portraits de victimes de l'écrasement en Iran.

Plusieurs dizaines de bougies avaient été allumées à Montréal le lendemain de l'écrasement, en mémoire des victimes du vol 752.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Dans l'attente des résultats de l'enquête menée par le Canada

Le Bureau de la sécurité des transports du Canada doit revoir le rapport de l'Organisation de l'aviation civile iranienne et le commenter jeudi prochain.

Il faudra toutefois attendre encore avant la publication des résultats de l'enquête menée par le Canada. Ce rapport sera plutôt rendu public dans les semaines à venir, ont fait savoir les ministres Garneau et Alghabra.

Le Canada réitère son engagement à chercher des réponses et à obtenir justice en tenant l'Iran responsable de cet acte.

Une citation de :Extrait de la déclaration des ministres des Affaires étrangères et des Transports

En décembre, l'ancien ministre libéral de la Sécurité publique Ralph Goodale, qui œuvrait alors à titre de conseiller spécial du Canada sur l'écrasement du vol PS752, avait rejeté une offre de Téhéran visant à dédommager les victimes.

L'Iran s'était engagé à verser 150 000 $ à chaque famille ayant perdu un proche lors de l'accident.

Selon M. Goodale, toutefois, la République islamique n'est pas en droit d'offrir une compensation aux familles des victimes de façon unilatérale. En outre, le montant définitif devrait être déterminé au cours de négociations entre l'Iran, le Canada et les quatre autres pays dont des citoyens ont été tués dans la catastrophe, avait-il plaidé.

Le premier ministre Trudeau a pour sa part promis que le Canada offrirait une voie vers la résidence permanente à certains membres des familles des victimes. Ceux qui sont déjà au pays, a-t-il indiqué, pourraient de leur côté faire une demande afin d'y demeurer.

Ottawa a par ailleurs désigné le 8 janvier comme la Journée nationale de commémoration des victimes de catastrophes aériennes.

Afin d'honorer la mémoire des élèves, des enseignants et de tous ceux qui ont péri dans l'accident et qui avaient des liens avec les écoles du pays, le gouvernement canadien s'est engagé à créer des bourses à la mémoire des passagers du vol PS752.

Avec les informations de La Presse canadienne, et Agence France-Presse

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