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Une année de misère pour l’industrie pétrolière de Terre-Neuve-et-Labrador

Les trois imposantes structures sont le long d'un quai.

Bull Arm, à Terre-Neuve, est en quelque sorte devenue le cimetière de l'industrie pétrolière. Ci-dessus : au premier plan, la plateforme Henry Goodrich, en arrière-plan se trouve la plateforme West Aquarius et à droite le navire Terra Nova, qui n’a pas extrait de pétrole depuis la fin de 2019.

Photo : Gracieuseté/auteur anonyme

Radio-Canada

Des milliers d’emplois perdus et la suspension ou l’annulation de projets évalués à des milliards de dollars sont les conséquences d’un an de pandémie sur l’industrie pétrolière de Terre-Neuve-et-Labrador.

Amanda Young, 38 ans, travaillait comme cuisinière sur le navire d’extraction pétrolière Terra Nova, l’une des quatre structures d'extraction dans les eaux de Terre-Neuve-et-Labrador. Tout le monde croyait pouvoir y travailler jusqu’à la retraite, affirme Mme Young. C’était une belle période pour sa famille, qui mettait de l’argent de côté pour les études des enfants.

Cette quiétude s’est toutefois évaporée l’an dernier lorsque la pandémie de COVID-19 et les mesures de confinement dans le monde ont entraîné une forte baisse de la demande pour les produits pétroliers. De plus, une guerre des prix du pétrole entre la Russie et l’Arabie saoudite a entraîné la chute des prix du brut.

Une famille de quatre personnes souriantes devant un plan d'eau et une montagne.

Trent Taylor, à droite, en compagnie de ses deux filles, Kaylee and Ava, et de son épouse, Amanda Young, à gauche.

Photo : Gracieuseté/Amanda Young

Comme des milliers d’autres personnes, Mme Young a perdu son emploi, qui lui avait permis d’acheter une maison et de rêver à la retraite avant l’âge de 60 ans. Elle dit craindre ce qui va se produire lorsque ses prestations d’assurance-emploi seront terminées si elle ne trouve pas un autre emploi d’ici là. Elle ajoute qu’il n’y a aucun autre emploi.

Amanda Young est la belle-mère des deux filles de son mari et elle se demande ce que l’avenir leur réserve. Son mari, Trent Taylor, fait partie des quelques dizaines de personnes qui travaillent encore sur le navire Terra Nova, qui se trouve à quai à Bull Arm et dont l’avenir est incertain. La famille est pratiquement coincée par ces difficultés, explique M. Taylor.

L’industrie a perdu ses ailes

Les grands projets en cours dans la province, comme l’expansion des activités d’exploitation du champ pétrolifère West White Rose, et les grands travaux de construction qui employaient des centaines de travailleurs à Argentia et à Marystown ont cessé les uns après les autres. Et la raffinerie de Come By Chance a cessé sa production.

C’est incroyablement difficile pour nos membres et pour les familles qui en dépendent, affirme Charlene Johnson, directrice générale de l’Association des industries gazières et pétrolières de Terre-Neuve-et-Labrador (NOIA).

Une immense structure circulaire en béton.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La construction de cette imposante structure pour le projet du champ pétrolifère West White Rose allait bon train à Argentia, à Terre-Neuve, avant que la pandémie et la chute des prix du pétrole entraînent l’arrêt du projet de 3,2 milliards de dollars.

Photo : Husky Energy

Cette association qui représentait 530 entreprises avant la pandémie ne compte plus que 70 membres. Mme Johnson estime qu’environ 5000 travailleurs liés à l’industrie ont perdu leur emploi l’an dernier et que de nombreux autres ont accepté une baisse de salaire.

Selon l’Office Canada-Terre-Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers, 7351 personnes travaillaient directement dans le domaine des activités pétrolières et gazières en mer à la fin de 2019.

L’industrie est passée rapidement à un mode de crise, souligne Charlene Johnson.

Peu d’entreprises ont échappé aux difficultés

L’entreprise Cougar Helicopters, qui transporte les travailleurs des plateformes pétrolières, a mis à pied des pilotes et des préposés à l’entretien de ses appareils.

Le nombre de navires ravitailleurs des plateformes pétrolières a diminué de 17 à 6 en un an.

La diminution des activités de l'industrie a entraîné une baisse de la demande pour les services de formation en matière de survie lors de situations d’urgence, ce qui est une spécialité de l’entreprise RelyOn Nutec à Mount Pearl. Il y a un an, elle employait 25 spécialistes du domaine et l’industrie pétrolière constituait 90 % de sa clientèle. Elle a dû mettre à pied 10 employés. Cette industrie représente maintenant moins de la moitié de sa clientèle.

C’était un coup dur pour nous, affirme le directeur des activités de RelyOn Nutec à Mount Pearl et à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, Sean Fitzpatrick. Si l'entreprise était restée complètement au service de l’industrie pétrolière, elle serait en sérieuse difficulté aujourd’hui, explique-t-il.

Des investissements suspendus

Des multinationales enracinées dans la province et qui se spécialisent dans la recherche de gisements pétroliers ont été durement touchées, selon des travailleurs qui demandent de ne pas être identifiés parce qu’ils ne sont pas autorisés à en parler publiquement.

Quant aux pétrolières, ExxonMobil a mis de côté son projet d’expansion de l’exploitation du gisement Hibernia, Equinor a reporté sa décision sur un investissement dans le champ pétrolifère Bay du Nord, et Husky et ses partenaires ont freiné leurs projets concernant le gisement de West White Rose.

Des gens qui se sont confiés à CBC disent que des entreprises locales ont réduit leur personnel de moitié. Plusieurs parmi ces travailleurs ont quitté la province pour travailler ailleurs.

Avenir incertain pour le navire Terra Nova

Le navire Terra Nova, qui est décrit comme une unité flottante de production, de stockage et de déchargement en mer, est entré en service en 2002. Les sept pétrolières qui en sont les propriétaires se sont mises d’accord en 2019 sur des travaux de réfection qui lui auraient permis de rester en service 10 ans de plus afin d’extraire 80 millions de barils de pétrole. C’était une nouvelle réjouissante pour ses 850 travailleurs.

Mais la pandémie a interrompu le projet de réfection du navire. La possibilité qu’il extraie à nouveau du pétrole soulève des questions.

Le bateau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le navire Terra Nova (archives).

Photo : Suncor

Le gouvernement provincial a proposé d'y investir 175 millions de dollars si la pétrolière Suncor et ses partenaires s’engageaient envers un plan de production à long terme pour le navire. L’argent provient d’un fonds fédéral de 320 millions de dollars pour appuyer les emplois et réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur extracôtier.

Le gouvernement et les pétrolières ont jusqu’au 31 mars pour conclure une entente. Une source gouvernementale fait état d’un bon progrès. C’est une indication parmi d’autres d'une possible relance de l’industrie.

Des signes encourageants

Tandis que l’économie mondiale se relève lentement, le prix du baril de Brent, qui sert de référence pour le prix du pétrole extracôtier, atteint presque 70 $, ce qui est plus élevé qu’au cours des semaines précédant la pandémie.

Selon les sources de CBC qui ne veulent pas être identifiées, ce prix élevé et la découverte de pétrole dans la passe Flamande l’an dernier améliorent considérablement le contexte pour les projets dans les champs pétrolifères de Bay du Nord et de West White Rose. La possibilité que l’entreprise chinoise CNOOC Petroleum North America lance une campagne de forages exploratoires au printemps suscite aussi de l’espoir.

Il y a de bonnes raisons d'être optimiste quant à l’avenir de l’industrie, selon Charlene Johnson. Elle cite des études selon lesquelles les gisements connus recèlent quelque 60 milliards de barils de brut, et les forages exploratoires n’ont eu lieu jusqu’à présent que dans 10 % du territoire.

Mme Johnson espère que les projets de recherche de pétrole déjà approuvés par le fédéral se matérialiseront dès 2022 et qu’ils mèneront à la découverte d’autres gisements.

Amanda Young, de son côté, préfère ne pas attendre la relance de l’industrie. Elle compte changer de carrière pour devenir infirmière.

D’après un reportage de Terry Roberts, de CBC

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