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Un professeur de l’Université d’Ottawa accuse le Québec de racisme

Photo d'Amir Attaran.

Le professeur à l'Université d'Ottawa Amir Attaran

Photo : CBC

Radio-Canada

Après avoir déjà suscité la controverse, en juin dernier, en sous-entendant que les francophones sont plus racistes que les anglophones, Amir Attaran, professeur à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa, s’en prend au Québec, qu’il accuse de racisme.

Réagissant aux propos discriminatoires tenus par deux infirmières du CLSC de Joliette à l’endroit de Jocelyne Ottawa, une femme atikamekw, M. Attaran accuse le Québec d’être l’Alabama du nord, mardi, sur son compte Twitter personnel.

Des propos qui font échos à plusieurs autres commentaires faits ces derniers jours suggérant le racisme du Québec, notamment dans un gazouillis où M. Attaran écrit : Les hôpitaux du Québec semblent tuer des patients noirs et autochtones après avoir enregistré des appels à l’aide.

Bien sûr qu’il y a du racisme au Québec. Il faudrait être idiot pour penser autrement, explique-t-il en entrevue avec ICI Ottawa-Gatineau. Ce qu’il y a de plus troublant, c’est que c’est un type de racisme qui semble tuer des gens. On a vu le cas terrible de Joyce Echaquan, celui, il y a quelques jours, de Mireille Ndjomouo, et maintenant, un troisième cas où il semble qu’une autochtone [Jocelyn Ottawa] a subi des moqueries à cause de sa race. C’est juste inacceptable. Le Québec doit faire son entrée dans le 21e siècle!

Vous avez un problème au Québec. Réglez-le!

Une citation de :Amir Attaran, professeur à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa

Le professeur de l’Université d’Ottawa se défend de s’en prendre particulièrement au Québec, expliquant critiquer tout autant l’Alberta ou l’Ontario.

Mais le Québec est différent, ajoute-t-il. La réalité, c’est qu’il n’y a qu’une seule province sur 10 qui nie l’existence du racisme systémique. Et pourtant, on voit des patients, qui ne sont pas blancs, qui meurent dans les hôpitaux et qui enregistrent des vidéos, avant, montrant comment ils ont été maltraités.

Les propos de M. Attaran ont de nouveau fait réagir le ministre de la Famille du Québec et ministre responsable de la région de l'Outaouais, Mathieu Lacombe, ancien étudiant de l'Université d'Ottawa, sur Twitter, qualifiant le professeur de mauvaise caricature.

Un échange de gazouillis sur Twitter.

La réponse du ministre Mathieu Lacombe, sur Twitter, au commentaire d'Amir Attaran

Photo :  Capture d’écran / Twitter

Toutefois, le ministre Lacombe a refusé de s’exprimer davantage, le ministre ayant déjà fait ses commentaires, a répondu son attaché de presse à une demande d’entrevue.

L'Université d'Ottawa se dissocie de ces propos

Plusieurs utilisateurs de Twitter ont critiqué le silence de l’Université d’Ottawa, certains faisant le parallèle entre la réaction de l’établissement dans ce dossier et celle lors de la controverse sur le mot en n. C'est également l'analyse du chef du Parti québécois (PQ), Paul Saint-Pierre Plamondon.

Ça fait plusieurs mois que ce professeur tient des propos intolérants et dénigrants envers les Québécois et le Québec, je pense que compte tenu de l'hypersensibilité de l'Université d'Ottawa envers les microagressions et toutes les questions de racisme, c'est très surprenant de la voir croiser les bras et fermer les yeux devant ce comportement, a réagi M. Plamondon en entrevue, insistant sur le fait qu'il en va de la réputation et de la responsabilité de l'Université.

Paul Saint-Pierre-Plamondon, de passage en Abitibi-Témiscamingue

Le chef du Parti québécois (PQ), Paul Saint-Pierre Plamondon

Photo : Radio-Canada / Joël Côté

Mercredi, l'Université d'Ottawa a décliné notre demande d’entrevue. Mais dans un courriel, l'institution précise que ce professeur ne s’exprime pas au nom de l’Université d’Ottawa. D’ailleurs, il n’a jamais prétendu le faire.

Ce genre de propos est offensant. Cependant, comme université, il ne nous revient pas de nous interposer entre la communauté et les vues jugées controversées ou répréhensibles, et ni d’interférer avec la libre expression, à l’intérieur des limites imposées à l’Université par la loi du Canada et de l’Ontario. D’ailleurs, notre Politique sur la liberté d’expression l’énonce clairement. L’Université d’Ottawa, comme les autres universités, a toujours promeut et défendu la liberté d’expression et les opinions diverses sont et seront toujours bienvenues sur notre campus. Cependant, les propos auxquels vous faites référence ne reflètent en aucun cas les valeurs de respect, d’inclusion et de diversité auxquelles nous croyons, écrit l'institution.

Ne pas mélanger deux histoires

Professeur de philosophie, Charles Le Blanc, faisait partie des 34 signataires d'une lettre d'opinion en faveur de la liberté d'enseignement à l'Université d'Ottawa publiée à la suite de la suspension de la professeure Verushka Lieutenant-Duval.

Il refuse toutefois tout parallèle entre les deux histoires.

Dans le cas de l’affaire Lieutenant-Duval, il s’agissait de propos tenus dans le cadre de ses fonctions universitaires, à l’intérieur de sa salle de classe et l’enjeu était celui de la liberté universitaire. Dans le cas de M. Attaran, il s’agit de propos qui sont tenus sur Twitter et il n’y a pas apparence, lorsqu’il s’y exprime, que ce soit dans son champ de compétence universitaire, d’une part, et qu’il s’y exprime dans l’exercice de ses fonctions. Ce sont là deux choses différentes.

M. Le Blanc estime que ce n’est pas à l’université d’intervenir dans un pareil cas.

Je crois que l’Université d’Ottawa prend ces choses-là au sérieux, mais il faut comprendre que c’est un dossier beaucoup plus épineux [que l’affaire Lieutenant-Duval]. [...] Mais ce n’est pas l’Université - qui nous engage - qui doit nous dire quand on doit utiliser notre jugement.

L’Association des professeur.e.s de l’Université d’Ottawa (APUO) a décliné les demandes d’entrevue d’ICI Ottawa-Gatineau.

Nous ne ferons pas de commentaire sur le compte Twitter personnel de notre membre, écrit le syndicat par courriel.

Le droit de s'exprimer

Dans une certaine mesure, M. Le Blanc défend le droit du professeur Attaran de s’exprimer.

Le fondement de la liberté de parole, c’est la liberté de penser. Donc, si le professeur Attaran s’exprime, on ose espérer que c’est parce qu’il a bien pensé à ses propos. Je les déplore et ne suis pas d’accord avec ce qu’il peut affirmer sur le Québec, où j’habite, explique-t-il. Doit-on le laisser lui-même se discréditer? [...] Il semble avoir beaucoup de talent pour le faire. [...] Mais je ne veux pas non plus qu’on le muselle tant que ce qu’il dit reste dans les limites de la loi.

Ça fait des décennies et des siècles que le Québec est la cible de commentaires méprisants. Ça porte un nom, ça s'appelle du Québec bashing!

Une citation de :Paul Saint-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

Le chef du PQ souhaite que l'Université d'Ottawa invite le professeur Attaran à revoir ses propos.

C'est tout à fait normal de critiquer le Québec ou son gouvernement. Je fais ça régulièrement. Mais il faut distinguer la liberté d'expression des discours intolérants à la limite de la haine ciblée envers un groupe, comme ici le Québec. [...] Oui, il y a des cas de racisme au Québec et il faut prendre cette question très au sérieux, aussi bien au Québec que partout dans le monde. [...] Il y a un débat sur la notion de racisme systémique, et ce professeur est tout à fait en droit de participer à ce débat. [...] Mais ça devient inacceptable lorsqu'il utilise des termes clairement diffamatoires.

Faisant face aux critiques, M. Attaran assure qu’il en reçoit encore bien davantage quand il critique le Québec.

Je reçois 100 fois plus de courriels haineux du Québec que j’en reçois de n’importe où ailleurs. Il faut se poser la question de savoir pourquoi. Je pense que je sais pourquoi. Je pense qu’il y a une culture du racisme qui prédomine chez beaucoup de gens au Québec, certainement pas tous, mais beaucoup, dit-il. Mais si tu n’aimes pas la façon dont j’écris sur Twitter, ne lis pas et ne me suis pas. [...] Ça m’est égal ce que les gens pensent de mes critiques contre le racisme au Québec.

Avec les informations d'Andréanne Apablaza et de Benjamin Vachet

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