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Un peu moins de crabes dans les casiers des pêcheurs en 2021

Un crabe des neiges fraîchement pêché.

Le crabe demeure une des ressources les plus lucratives des pêcheries du golfe (archives).

Photo : Radio-Canada / François Vigneault

Les quotas des pêcheurs de la zone 12, qui regroupe les crabiers de la Gaspésie, des Îles et des provinces de l’Atlantique, seront en diminution cette année.

Cette diminution pourrait être de l’ordre d’environ 20 % comparativement à la saison dernière. En 2020, Ottawa avait autorisé un taux de capture d’un peu plus de 27 000 tonnes.

Cette décision survient après de très bonnes années de pêche, ce qui n’est pas sans lien, selon les scientifiques du ministère des Pêches et des Océans (MPO).

Les résultats du relevé annuel de 2020 pour réaliser les évaluations de la biomasse de crabe des neiges ont suscité bien des questionnements.

On avait depuis 2019 relevé des indicateurs potentiels de surévaluation , rapporte Amélie Rondeau, chef du secteur des crustacés à Pêches et Océans Canada.

Le relevé de 2020, qui s'est effectué dans 355 stations différentes du golfe, a confirmé ces observations.

De multiples casiers circulaires de pêche au crabe disposés sur un bateau

Les quotas de pêche au crabe risquent d'être en baisse cette année dans la zone 12 (archives).

Photo : Radio-Canada / François Vigneault

Pour comprendre ce qui se passait, le ministère a entrepris de revoir sa méthodologie et notamment les impacts du changement de bateau en 2019. On s’est aperçu qu’en changeant de bateau, ça faisait bondir certains de nos indicateurs d’abondance , raconte la biologiste.

Ce bateau plus rapide et plus puissant a eu un impact sur le comportement du chalut qui prélève les échantillons.

« Ce qu’on pense, c’est qu’il y a plus de crabes qui ont été capturés sur une distance qu’on maintenait fixe et qui n’était pas fixe en réalité  »

— Une citation de  Amélie Rondeau, chef de secteur des crustacés au ministère des Pêches et des Océans
Un biologiste mesure un crabe des neiges

Les scientifiques de Pêches et Océans Canada mesurent la taille de crabes collectés afin de dresser un portrait de l'état des stocks (archives).

Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Trop de petits crabes et pas assez de grands

La principale observation était celle d’une forte abondance des jeunes crabes de taille non commerciale ainsi que des femelles. Mais on ne voyait pas un bond similaire dans la portion biomasse commerciale, soit les crabes adultes mâles de 95 mm et plus , rapporte la scientifique.

Les biologistes ont calculé que l’augmentation de la biomasse non commerciale était d’environ 30 %, ce qui n’était pas explicable par des phénomènes naturels. Avec la prémisse, explique la biologiste, que l’exploitation est à un taux fixe, s’il y avait eu une augmentation de l’abondance, on aurait vu une accumulation de crabes, plus de crabes de taille commerciale et là, on ne les voit pas.

« On a l’impression qu’en fin de compte, on pêchait plus fort que ce qu’on pensait pêcher.  »

— Une citation de  Amélie Rondeau, chef de secteur des crustacés au ministère des Pêches et des Océans

Des questions et des discussions

Comme les experts anticipent les taux de capture autorisés à partir de cette biomasse, les questions se sont multipliées. “Est-ce qu’il faut apporter une correction à l’évaluation de biomasse? Quelles sont les conséquences si on ne prend pas action vis-à-vis d'une potentielle surévaluation et d'une potentielle surexploitation?” C’est ce qui a constitué le cœur des discussions, explique Amélie Rondeau.

D’autres éléments ont aussi été considérés. Les indicateurs de pêche, ajoute Mme Rondeau, nous démontraient aussi un petit signal de précaution. Les prises par unité d’effort ont chuté l’an dernier. Ce sont des petits signaux qui peuvent être complémentaires en indiquant une possible surexploitation du stock.

La grande variabilité des données a suscité aussi des débats lors des consultations avec l’industrie. Par précaution, les pêcheurs se sont rendus aux arguments du ministère.

Un procédé sous analyse

Le MPO promet par contre de voir à clarifier le processus de relevé pour la prochaine saison. Le comportement du chalut au fond de l’eau sera analysé par des capteurs et des caméras.

Une équipe travaille parallèlement à un modèle populationnel du crabe des neiges. On a un plan, on est en train de le développer et on veut essayer de ne pas se retrouver dans des situations de surévaluation dans les prochaines années, commente Amélie Rondeau.

Ces correctifs apportés permettront de protéger une ressource qui demeure malgré tout dans une zone saine d’exploitation, souligne l’experte. Le stock, dit-elle, demeure fort et résilient. On n'est pas inquiets parce qu’il y a des signes positifs qu’on observe ailleurs.

Un départ pour bientôt

Si tout va comme le souhaitent les crabiers, ils pourront partir en mer dès les premiers jours d’avril. Les brise-glaces s'activent d’ailleurs depuis quelques jours dans les ports du Nouveau-Brunswick pour que les pêcheurs puissent lancer leurs casiers et cordages trois à quatre semaines avant l’arrivée dans le golfe des premières baleines de l’Atlantique. Cette arrivée s’accompagne de fermetures de zones de pêche afin de limiter les collisions et les empêtrements de cette espèce menacée d’extinction.

un bateau de pêche au crabe accosté au quai

Les crabiers au quai de Sainte-Thérèse-de-Gaspé attendent le début de la pêche dans la zone 12 (archives).

Photo : Martin Toulgoat

L’an dernier, les crabiers de la Gaspésie ont laissé environ 10 % de leur taux de capture autorisé au fond de l’eau. Cette année, ils espèrent être en mesure de réussir à tout pêcher grâce à ce départ hâtif.

Le plan de pêche de la ministre de Pêches et Océans, Bernadette Jordan, devrait donner sous peu les détails plus précis sur la date de départ et le taux de capture autorisé pour la saison.

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