•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les boîtes de nuit luttent pour leur survie

Une foule devant un DJ à Edmonton.

L'évènement The Downtown Defrost a été l'un des derniers évènements de musique électronique à Edmonton en 2020.

Photo : Patrick Lalonde - Turtle Snaps

Elles ont tristement fêté un an de fermeture à cause de la pandémie et elles s'attendent à être les dernières à rouvrir. Les boîtes de nuit du Canada luttent pour leur survie. Leurs propriétaires crient au désastre et demandent aux gouvernements plus d'aide financière.

Pete Emes se souvient avec émotion des longues files d'attente devant son établissement de Calgary. Chaque fin de semaine, des centaines de jeunes venaient danser au HiFi Club.

Par ordre des autorités, il a dû arrêter ses activités temporairement, en mars 2020. Chaque mois de fermeture lui a coûté 15 000 $. En novembre, après 15 ans d'existence, il a annoncé la fermeture définitive de sa discothèque.

On était très tristes, parce qu'on avait mis tout notre cœur et notre âme dans ce lieu, mais c'était aussi une décision libératrice, avoue-t-il. C’était très stressant.

Pete Emes devant le Hi Fi Club à Calgary.

Quatre cents mètres plus loin, les propriétaires du Habitat Living Sound, une des dernières discothèques de Calgary, se retiennent aussi d'annoncer une fermeture définitive.

En un an, ils n’ont pu ouvrir que deux mois, en se transformant en bar avec une licence de restaurant. On essaie de rester positifs, confie Cary Chang, l'un des deux gérants.

Les derniers à rouvrir

Selon l'Association canadienne de musique sur scène, 85 lieux offrant des spectacles musicaux ont fermé pour de bon depuis mars au Canada, et 64 % de l'industrie risque de suivre.

Notre secteur est parmi les plus touchés. Nous avons été les premiers à fermer en mars, nous serons les derniers à rouvrir, explique sa présidente, Erin Benjamin.

Tous demandent plus d'aide financière aux gouvernements et plus de visibilité pour espérer rebondir une fois la pandémie terminée.

À Edmonton, les gérants de la discothèque The Chvrch of John sont à deux doigts de baisser les bras. 

Nous n'avons reçu que 40 000 $ du fédéral et rien du provincial, malgré deux demandes. On ne sent aucun soutien de la part des gouvernements, explique Kris Harvey, l'un des gérants.

Une foule dans une boîte de nuit à Toronto.

Du fait de la proximité qu'elles entraînent lors de soirées, les boîtes de nuit risquent d'être les dernières entreprises à rouvrir.

Photo : Facebook / Coda Toronto

Pourtant, le ministère albertain de l’Économie confirme que les boîtes de nuit sont admissibles au programme de relance des petites et moyennes entreprises (PME).

Du côté du gouvernement fédéral, les discothèques ont droit à des subventions salariales pouvant atteindre 75 % et une aide couvrant jusqu’à 90 % du loyer dans le cadre du prêt élargi du Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes (CUEC).

Peu d'aide du provincial

La discothèque Salon Daomé, ouverte depuis 2001 à Montréal, puise dans ses économies et compte les jours. L’entreprise n’a reçu de l’aide que du gouvernement fédéral.

On est les grands oubliés dans cette pandémie.

Une citation de :François Beaulieu, copropriétaire du Salon Daomé

Nous sommes en mode survie, lance François Beaulieu, son copropriétaire. Les prêts du gouvernement sont minces pour la perte financière absorbée. Les gouvernements parlent des bars, mais pas des boîtes de nuit.

La façade de la boîte de nuit Le Salon Daomé à Montréal.

Les propriétaires de boîtes de nuit se considèrent comme faisant partie des grands oubliés des mesures gouvernementales de soutien aux entreprises.

Photo : Radio-Canada

Les grandes discothèques ne sont pas mieux loties. Le Coda, à Toronto, qui accueillait 1300 personnes chaque fin de semaine, vit la pire crise de son histoire depuis un an.

L’établissement n’a pu ouvrir qu’un mois en septembre, avec une limite de 100 personnes – un niveau sonore plus bas qu’à l’habitude – et l'interdiction de danser.

C’est désastreux, avoue Joel Smye, le copropriétaire. Fermer est une vraie possibilité pour nous. J’aimerais que les gouvernements réagissent.

L'importance économique et sociale

Le monde de la nuit fait pourtant partie de l'économie d'un pays et de ses villes. En 2019, les établissements jouant de la musique à Toronto ont généré 850 millions de dollars et créé 10 500 emplois à temps plein.

Des DJ jouent devant une foule dans le HiFi Club, à Calgary.

Le HiFi Club, à Calgary, en novembre 2019.

Photo : Patrick Lalonde - Turtle Snaps

Selon l'Association canadienne de musique sur scène, l'industrie employait, avant la pandémie, 72 000 personnes et engendrait 3 milliards de dollars de retombées économiques pour le pays.

Le monde de la nuit est aussi important socialement, selon Will Straw, professeur à l’Université McGill, qui l'étudie depuis 15 ans.

C’est dans la nuit que s'invitent et se réinvitent les identités, surtout pour la jeunesse, les identités raciales et sexuelles. C’est un lieu où on fabrique les nouvelles cultures, dans la musique et les arts visuels, décrit-il.

Le secteur de la nuit a du mal à se faire entendre, selon Mathieu Grondin, directeur général de MTL 24/24, un organisme citoyen qui soutient la vie nocturne à Montréal.

Les sports passent bien avant la culture, mais on oublie que pour une partie de la population, la culture joue le même rôle que les sports pour la santé mentale. Pour beaucoup de gens, la nuit est un espace sécuritaire [et] parfois un espace de guérison, dit-il.

On a perdu un lien de communauté, de famille avec cette pandémie.

Une citation de :François Bealieu, copropriétaire du Salon Daomé

Des projets pilotes

Tous les acteurs de cette industrie souhaitent que le gouvernement puisse établir un calendrier pour s’organiser. Ce n’est pas facile de courir un marathon, mais de savoir où est la ligne d’arrivée, ça aide, estime Mathieu Grondin. Il déplore que les gouvernements ne mettent pas en place de projets pilotes comme en Europe.

Le 6 mars, Amsterdam a vu 1300 personnes se rendre à un événement musical servant de test aux autorités. Chaque participant devait présenter un résultat négatif de test de dépistage du coronavirus datant de moins de 48 heures et était obligé de se faire tester cinq jours plus tard.

Une foule dans une salle de concert à Amsterdam.

Une soirée test a eu lieu le 6 mars dans la salle de spectacle Ziggo Dome, à Amsterdam.

Photo : Koen Van Weel

Le gouvernement britannique a annoncé, à la mi-mars, que certaines boîtes de nuit de Liverpool serviront de lieux de test, en avril, pour préparer au mieux la levée des restrictions, prévue le 21 juin. Les résultats seront connus d’ici à la fin du mois de mai.

S'organiser pour se faire entendre

À ce jour, aucune date de réouverture n’est envisagée pour le secteur au Canada. Pour faire pression sur le gouvernement, créer une association des boîtes de nuit aurait du sens, selon Joel Smye, du Coda, à Toronto.

Au début de mars, un groupe de professionnels en Alberta, réuni sous le nom de West Anthem, a lancé la campagne #ValueABVenues afin de mobiliser la population autour de la situation des salles de spectacle.

Ils espèrent également faire pression sur les municipalités et le gouvernement de Jason Kenney pour obtenir davantage d’aide financière et plus de visibilité.

Le temps leur est compté. Tyson Boyd, à la tête du Starlite Room, à Edmonton, en est persuadé : Quand les infrastructures et les fondations se désintègrent, on ne peut pas revenir en arrière, croit-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !