•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Avoir un enfant seule, par choix

Un nouveau modèle familial semble émerger depuis quelques années : la soloparentalité. Voici l’histoire de trois femmes qui ont eu recours à l'insémination artificielle pour fonder, seules, leur famille.

Une mère tient son nouveau-né.

Même s'il n'existe aucune statistique officielle, un modèle familial semble émerger : la soloparentalité.

Photo : iStock / CokaPoka

Marie-Christine Bouillon

Près de deux femmes sur dix qui font appel aux services de procréation assistée à la clinique privée de fertilité Ovo, à Montréal, ne sont pas en couple, une proportion qui a augmenté au cours de la dernière décennie. Ces mères, qui se définissent comme soloparentales, revendiquent maintenant leur caractère distinct.

Contrairement aux familles monoparentales, qui ont un projet pensé à deux mais réalisé par un parent, la soloparentalité signifie un projet imaginé, organisé et mis en place par une seule personne. C'est le cas de Natacha Monette, 41 ans, enceinte de 23 semaines. Elle devrait accueillir son premier enfant, un garçon, au mois de juin.

Le reportage de Marie-Christine Bouillon a été présenté à Désautels le dimanche, sur les ondes d'ICI Première.

Une femme tient la photo d'une échographie dans une main et dans l'autre, des pantoufles de bébé.

Natacha Monette, 41 ans, est enceinte de 23 semaines. Elle doit accoucher en juin 2021.

Photo : Facebook - Mom en solo / gracieuseté Natacha Monette

Moi, j’ai tout fait toute seule dans ma vie. J’ai des entreprises que je mène à bout de bras, alors je n’ai pas peur. Ce n’est pas un projet qui me fait peur. C’est un projet qui m’excite, lance-t-elle.

Kévin Lavoie, professeur adjoint en Travail social à l’Université Laval, fait remarquer que même s’il n’existe pour le moment aucune statistique officielle sur la soloparentalité, ce modèle familial semble plus visible depuis quelques années.

Je pense que ça s’inscrit plus largement dans des formes de diversité familiales, donc je pourrais émettre l’hypothèse qu’il y en a peut-être de plus en plus. Également, le modèle traditionnel, papa, maman, les enfants, est remis en question. Ça se maintient, le modèle est là, mais maintenant, on a diversifié les formes de familles, dit-il.

Natacha Monette est à la tête de trois entreprises d’organisation d’événements et a toujours vécu à 100 à l’heure. Mais l’an dernier, elle a choisi de ralentir un peu. Elle a quitté Montréal pour s’établir en région et a décidé de s’offrir une famille grâce à l’insémination artificielle. Elle a d’ailleurs opté pour un donneur connu.

En fait, quand on choisit le donneur, c’est là qu’on décide. Parce qu’on peut avoir des donneurs anonymes et on peut avoir des donneurs dont on connaît tout. On peut voir son visage. Ça, ça a été, je pense, la plus grande décision que j’ai prise de ma vie.

Une citation de :Natacha Monette, future maman soloparentale

L’entrepreneure ne compte pas faire de cachettes à son fils. Elle a acheté les photos du donneur et aimerait les ajouter aux photos d’autres membres de sa famille comme ses parents ou… son nouveau conjoint. Parce que oui, Natacha a récemment noué une relation amoureuse avec un homme qu’elle a rencontré le jour où elle s’est fait inséminer.

Elle ne compte toutefois pas sur son nouveau conjoint pour jouer le rôle de père auprès de son fils.

Moi, j’ai des chums de gars! J’ai toujours eu un club de gars. J’ai bien l’intention, avant la naissance de mon fils, de lui former un man’s club, plutôt que d’avoir un parrain et une marraine, ce qu’il aura peut-être aussi. Donc, demander à un groupe d’hommes, que j’aurai choisis pour des raisons différentes, d’être le club garçon de mon fils. De lui donner des exemples masculins et de le soutenir à travers ça, confie-t-elle.

Selon Lory Zephyr, psychologue spécialisée en attachement maternel et en santé mentale chez la mère et l’enfant, ce n’est pas nécessairement la présence d’une figure masculine qui est importante pour le bon développement d’un enfant, mais l’exposition à différents adultes.

L’enfant, c’est dans ces petits apprentissages-là qu’il finit par développer ses relations sociales. […] Pour une maman qui est solo, l’idée c’est de se dire : je vais essayer de trouver différents types de personnalités qui vont faire que mon enfant va être capable de voir et de découvrir qui il est, précise-t-elle.

L’histoire de Maude et Mathis

Une mère et son fils sont dans une télécabine au Mont-Tremblant.

Maude Plouffe et son fils Mathis. Maude a choisi l'insémination artificielle pour avoir son fils en solo.

Photo : Avec la gracieuseté de Maude Plouffe

Maude Plouffe a 34 ans et est l’heureuse maman de Mathis, 4 ans.

Je rêvais d’avoir un enfant depuis que j’étais adolescente, mais je n’ai jamais rencontré de conjoint, j’ai toujours été seule. J’approchais de la trentaine et je commençais à me dire : "Je rêve d’un enfant, mais je ne me vois pas en couple", explique-t-elle.

Maude habite à Mont-Laurier et confie avoir fait quelque 7000 km d’allers et retours entre chez elle et Montréal, où se trouve la clinique de fertilité privée qu’elle a consultée pour avoir Mathis. Elle a choisi le don de sperme issu de la banque interne de la clinique, ce qui signifie que l’identité du géniteur demeure anonyme. Elle a tout de même pu exprimer ses préférences : mêmes couleurs d’yeux et de cheveux qu’elle.

La trentenaire n’a jamais caché à son fils qu’elle a fait appel à la procréation assistée.

Je lui en parle depuis qu’il a 2 ans. Il a commencé à dire papa, je disais : "Non, c’est grand-papa, toi, tu n’as pas de papa". Ensuite, j’ai commencé à lui expliquer : "Tu n’as pas de papa, maman voulait vraiment un enfant, donc elle est allée voir un médecin en clinique de fertilité", dit-elle.

Le professeur Kévin Lavoie explique que c’est la notion de secret entourant l’histoire de la conception d’un enfant qui peut nuire à son développement. 

Lorsque les parents se sentent outillés et qu’ils peuvent aborder la question auprès de leurs enfants à différents moments de leur cheminement, ce qu’on remarque, c’est qu’il n’y a pas de différence significative sur le plan développemental entre les différents types de familles.

Une citation de :Kévin Lavoie, professeur adjoint en Travail social, Université Laval

L’histoire de Cindy, Zack, Ely et Justin

Une mère est assise près d'un poêle à bois. Un de ses enfants est sur ses genoux, deux autres sont de part et d'autre d'elle et la serrent dans leurs bras. Ils sont tous en pyjama.

Cindy Beausoleil est maman monoparentale de Zack, 6 ans, et maman solo des jumeaux Ely et Justin, 3 ans.

Photo : Avec la gracieuseté de Cindy Beausoleil

Si la soloparentalité a ses joies, elle a aussi ses défis. Cindy Beausoleil en sait quelque chose! À la mi-trentaine, elle était mère monoparentale d’un garçon de 2 ans, Zack, à qui elle voulait offrir une fratrie. Elle n’oubliera jamais le moment précis où sa vie a basculé : après un cycle d’insémination artificielle, elle est tombée enceinte de jumeaux.

Je me souviens, comme si c’était hier, du moment où la sonde s’est posée sur ma bedaine et que j’ai vu deux taches blanches. Dans ma tête, les mots n’étaient pas nécessairement polis, mais j’ai pris une grande respiration, je me suis tournée vers l’assistante et j’ai demandé : "Pouvez-vous me confirmer qu’il y a bien un seul bébé?" Et elle m’a dit : "non, je vais te confirmer que tu en attends deux".

Une citation de :Cindy Beausoleil, mère monoparentale de Zack, 6 ans, et soloparentale de Justin et Ely, 3 ans

Elle s’est alors mise en mode planification… et n’a jamais cessé depuis.

Dans les trois premiers mois de vie de ses jumeaux Ely et Justin, en plus de la visite à domicile d’une auxiliaire de santé envoyée par le CLSC trois heures par semaine, Cindy a engagé une nounou 25 heures par semaine et quelques nuits aussi. Pas pour lui permettre de fermer l’œil, mais pour lui donner une autre paire de bras pour s’occuper des jumeaux. Toutes ses économies y sont passées et toute son énergie aussi. Jusqu’au jour où elle a lancé un ultime appel à l’aide.

J’ai dit à mon amie : "Je ne vais pas passer au travers. Je ne vais pas passer la nuit. Je ne peux même pas les prendre dans mes bras, je vais les échapper". Ce soir-là, ça faisait trois jours que je n’avais pas dormi, probablement trois jours que je n’avais rien mangé du tout et je ne m’en étais pas rendu compte. J’ai dit : "Je vais appeler la DPJ et ils vont venir chercher mes enfants parce que je ne suis plus capable de m’en occuper, je suis trop brûlée". […] Fait que j’ai appelé la DPJ, je me suis signalée, se souvient-elle.

Cet appel à la Direction de la protection de la jeunesse a créé un électrochoc dans son entourage. Ses parents et ses amis se sont mobilisés pour lui donner trois nuits de répit. Elle a pu reprendre des forces sans avoir à placer ses deux bébés en famille d’accueil.

La psychologue Lory Zephyr déplore que les services d’aide aux familles offerts par les CLSC soient souvent insuffisants.

Quand cette maman-là a besoin d’aide, elle se réfère à qui? À personne. Et c’est ce qui peut faire mal dans la soloparentalité, le sentiment de solitude. Ce n’est pas le fait que je sois seule comme parent, c’est d’avoir l’impression que quand moi je vis des difficultés, il n’y a personne qui est là, souligne-t-elle.

Aujourd’hui, Cindy Beausoleil dit avoir repris le dessus. Ses jumeaux Ely et Justin, 3 ans, sont en bonne santé et la chimie opère avec leur grand frère Zack. Elle n’a aucun regret, mais elle ne souhaite à aucune maman solo de tomber enceinte de jumeaux. Elle espère surtout que celles qui feront le choix de la soloparentalité en profiteront pleinement.

Je le souhaite à toutes les femmes qui sont prêtes et qui s’embarquent dans une aventure pour laquelle elles vont se donner à 110 %, tout le temps. Et c’est correct d’avoir un petit fond anxieux pour être capable de se préparer et de s’organiser, parce qu’il faut toujours avoir une solution rapidement, conseille la maman. 

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !