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La situation à la frontière mexicaine devient un test politique pour le président Biden

Le président américain Joe Biden sort de l'appareil Air Force One à Philadelphie, le 16 mars 2021.

Jeudi, l'administration de Joe Biden soumettra à la Chambre des représentants deux projets de loi dans le cadre de la vaste réforme qu'il souhaite entreprendre en immigration.

Photo : Associated Press / Carolyn Kaster

À la veille d'un vote, par la Chambre des représentants, sur deux projets de loi portant sur l'immigration, l'afflux de migrants à la frontière américano-mexicaine pose un défi de taille au président Joe Biden. La crise est d'autant plus préoccupante que nombre de ces clandestins sont des enfants non accompagnés.

En date du 14 mars, le Bureau américain des douanes et de la protection des frontières (CBP) dénombrait 4200 enfants et adolescents en centres de détention.

Il s'agit d'une hausse de 31 % par rapport à la semaine précédente, où l'on estimait à 3200 le nombre de mineurs sous la garde des autorités frontalières.

Ces camps de détention ne sont pas des endroits pour les enfants, a affirmé le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, Alejandro Mayorkas.

Dans une déclaration, mardi, ce dernier a affirmé qu'à la frontière avec le Mexique, les États-Unis étaient en voie de recevoir le plus grand nombre de migrants – adultes et mineurs – en 20 ans.

La semaine dernière, les agents frontaliers ont révélé avoir appréhendé ou expulsé plus de 100 000 personnes, en février dernier, à la frontière avec le Mexique. Ces statistiques mensuelles sont sans précédent depuis la crise frontalière de 2019.

Et puis il y a les enfants. En février, les autorités américaines (tant aux frontières qu'au département de la Santé) affirmaient avoir dû s'occuper d'un total de 9500 jeunes clandestins. C'était presque deux fois plus qu'en janvier.

En 2019, sous la présidence de Donald Trump, ce nombre atteignait près de 12 000.

La Maison-Blanche a reconnu lundi qu'elle faisait face à un gros problème. Mais elle en a attribué la responsabilité à Donald Trump, qui a quitté le pouvoir le 20 janvier après quatre ans de mandat.

Il s'agit de la crise Biden aux frontières, a plutôt affirmé le chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, lors d'une visite au Texas, lundi.

La réforme migratoire soumise au vote

Les républicains accusent en effet le président Biden d'avoir provoqué une crise migratoire. D'abord en signant un moratoire sur l'expulsion des sans-papiers arrivés aux États-Unis avant novembre 2020, ensuite en promettant une vaste réforme migratoire qui pourrait, au bout du compte, ouvrir la voie à la résidence permanente pour 11 millions de personnes.

La première phase de cette réforme sera soumise jeudi à la Chambre des représentants, qui doit se prononcer sur deux projets de loi.

Le premier touche 4,4 millions de personnes et vise, d'une part, à régulariser les migrants entrés illégalement aux États-Unis alors qu'ils étaient enfants, ceux qu'on a appelés les « Dreamers ». D'autre part, il permettrait à d'autres, qui ont fui des zones de conflit ou des désastres naturels, de rester temporairement en sol américain.

Le second projet de loi faciliterait l'obtention de la résidence permanente pour environ un million de travailleurs agricoles sans papiers.

Pour faire passer ces projets de loi, les démocrates nourrissent l'espoir d'obtenir l'appui de républicains.

Ils disposent en effet d'une courte majorité à la Chambre des représentants et d'une avance encore plus infime au Sénat, avec 48 sièges et 2 indépendants faisant caucus avec les démocrates, contre 50 élus républicains. Le vote de la vice-présidente Kamala Harris peut trancher le débat en cas d'égalité.

Cependant, pour le sénateur républicain Lindsay Graham, il est peu probable que des appuis de son parti se manifestent en raison de l'arrivée de clandestins qui se pressent actuellement à la frontière.

Fuir la violence, y compris celle des ouragans

Cinq adolescents portant des couvre-visages attendent, debout, devant un autobus, la nuit.

Des adolescents attendent de pouvoir accéder à un centre d'hébergement temporaire au Texas après avoir franchi la frontière séparant les États-Unis du Mexique le 14 mars 2021.

Photo : Associated Press / Eli Hartman

Mardi, le réseau CBS affirmait que 7300 mineurs non accompagnés avaient été confiés, en février seulement, à un réseau de refuges administrés par l'agence américaine pour les réfugiés.

En vertu de la loi américaine, les jeunes de moins de 18 ans qui entrent illégalement aux États-Unis ne peuvent être détenus plus de 72 heures. Au-delà de cette limite, ils doivent être confiés aux responsables de la santé du Bureau de réinsertion des réfugiés. Mais ces dernières semaines, dans le cas d'au moins 3000 enfants, cette règle n'aurait pu être respectée.

Selon le secrétaire à la Sécurité intérieure, Alejandro Mayorkas, les restrictions liées à la pandémie de coronavirus et le temps anormalement froid qui a sévi au Texas sont à l'origine des retards de traitement des dossiers de ces mineurs.

Les experts évoquent diverses raisons pour expliquer cet afflux de jeunes migrants, notamment la pauvreté, la violence et la corruption qui sévissent au Mexique et dans le triangle du Nord, soit le Guatemala, le Honduras et le Salvador. De plus, en cette période de pandémie, les pertes d'emplois peuvent également avoir joué un rôle.

Les désastres naturels poussent eux aussi à l'exil. Par exemple, les ouragans successifs ayant frappé le Honduras l'an dernier ont pu inciter des gens à fuir, selon Alejandro Mayorkas.

L'exil, quand on n'a que 5 ans

Le secrétaire à la Sécurité intérieure affirme que les migrants expulsés par les États-Unis sont, en majorité, des adultes arrivés seuls. En revanche, les enfants qui débarquent en sol américain sans être accompagnés ne sont pas expulsés.

Certains sont des adolescents. D'autres n'ont que 5 ou 6 ans, voire moins.

La BBC rapporte qu'à ce jour, les journalistes n'ont pu constater de visu dans quelles conditions ils étaient logés. Elle cite des avocats qui donnent en exemple une installation de tentes gérée par la Ville de Donna, au Texas. Un millier de personnes y sont gardées et les enfants qui s'y trouvent sont si proches les uns des autres qu'ils peuvent se toucher en étendant le bras, disent-ils.

À Dallas, le centre des congrès abritera sous peu 3000 jeunes, d'après ce qu'ont affirmé des représentants municipaux dans un courriel. Et la Croix-Rouge s'occupe déjà d'un autre camp, à l'origine conçu pour des travailleurs du secteur du pétrole, à Midland.

De toute évidence, il y aura d'autres jeunes, a déclaré la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki, qui ajoute que l'administration Biden a choisi de ne pas expulser ces jeunes migrants, contrairement à la précédente administration qui les chassait de manière immorale.

Donc, par conséquent, dans l'intérim, nous devons trouver des endroits où loger de manière sécuritaire et humaine ces mineurs non accompagnés, a conclu Mme Psaki.

Avec les informations de Reuters, BBC, Washington Post, et Associated Press

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