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Recul stratégique de Bolsonaro sur la crise du coronavirus au Brésil

Le retour de Lula dans l'arène politique force le président du Brésil à modifier son discours sur les vaccins... mais pas sur le confinement.

Gros plan de Jair Bolsonaro qui tousse dans son masque.

Le président brésilien Jair Bolsonaro tousse dans son masque, lors d'une cérémonie marquant l'adoption d'une loi qui augmente la capacité du gouvernement fédéral à se procurer des vaccins contre la COVID-19, à Brasilia, le 10 mars.

Photo : La Presse canadienne / AP/Eraldo Peres

Agence France-Presse

Apparemment, ce n'est plus pour lui seulement une « petite grippe » : le président Jair Bolsonaro a évincé son ministre de la Santé, passé des commandes massives de vaccin et se met même à porter un masque contre la COVID-19, qui fait des ravages au Brésil.

Mais il ne faut pas pour autant s'attendre à un revirement radical : si le dirigeant d'extrême droite reconnaît à présent l'importance de la vaccination qu'il a tant décriée, il ne semble en aucun cas disposé à modérer son discours anticonfinement.

Je ne vois pas de changement durable, ses convictions restent les mêmes. C'est plutôt un recul stratégique, dû à une pression de la part de certains de ses alliés politiques, notamment au Parlement, parce que la pandémie est hors de contrôle, avec plus de 279 000 morts, explique à l'AFP Geraldo Monteiro, politologue à l'Université de l'État de Rio de Janeiro.

Cette pression politique a augmenté la semaine dernière, notamment en raison de l'effet Lula, avec qui se profile un duel de titans pour la présidentielle de 2022. L'ex-président de gauche s'est fait vacciner devant les caméras et a attaqué d'emblée la gestion « imbécile » de la crise sanitaire par Bolsonaro.

L'ex-président Lula, assis dans une voiture et portant un masque, regarde la seringue et la fiole que tient une femme qui s'apprête à le vacciner.

L'ex-président Lula s'est fait vacciner contre la COVID-19 samedi, à Sao Bernardo do Campo, dans l'État de Sao Paulo.

Photo : La Presse canadienne / AP/Andre Penner

Une gestion désapprouvée à 61 % par les Brésiliens, selon un sondage récent.

L'espoir d'un changement de cap réside dans la pression électorale, la seule chose qui a un effet sur Bolsonaro, peut-on lire mardi dans un éditorial du quotidien Estado de S. Paulo.

Un troisième ministre de la Santé

Le chef de l'État s'est résolu à changer de ministre de la Santé pour la troisième fois depuis le début de la pandémie, limogeant son homme de confiance, Eduardo Pazuello, un général sans aucune expérience médicale, pour nommer Marcelo Queiroga, un cardiologue reconnu par ses pairs.

Si le général Pazuello est resté aussi longtemps (10 mois) à son poste, c'est parce qu'il faisait tout ce que le président voulait. Mais il a été poussé à changer de cap, parce qu'il a vu que les gens voulaient avant tout se faire vacciner.

Une citation de :Andreia Sadi, chroniqueuse politique à TV Globo

Quelques heures avant d'annoncer le changement à la tête du ministère, le président a offert au général une sortie honorable, lui laissant le soin d'annoncer lundi l'acquisition de 100 millions de doses du vaccin de Pfizer et 38 millions du Janssen (Johnson & Johnson).

Pazuello a fait du bon travail, sa gestion a été bonne, a assuré M. Bolsonaro, mais à partir de maintenant, nous passons à une phase plus agressive dans la lutte contre le virus.

Une foule de gens portant le plus souvent des vêtements aux couleurs nationales, le vert et le jaune, manifestent dans une rue.

Des partisans du président Bolsonaro ont manifesté en appui à leur favori, dimanche, à Sao Paulo.

Photo : Getty Images / Alexandre Schneider

Une illustration de cette nouvelle agressivité : le dessin partagé sur les réseaux sociaux par son fils, le sénateur Flavio Bolsonaro, montrant une seringue géante posée sur une mitraillette, avec en légende notre arme, c'est le vaccin.

Un message adressé à ses partisans de la première heure, sans doute déboussolés par ce changement de cap d'un président qui assurait auparavant qu'il ne se ferait pas vacciner, car les injections pourraient transformer les gens en crocodiles.

Pour l'épidémiologiste Julio Croda, de l'Université de Mato Grosso do Sul, si cette nouvelle posture présidentielle au sujet de la vaccination est un changement positif, il faudrait pourtant aller plus loin pour éviter un effondrement total du système de santé.

Le confinement est une chose insupportable pour le président Bolsonaro, donc ce sera difficile pour le nouveau ministre de mettre en place toute nouvelle politique.

Une citation de :Julio Croda, épidémiologiste

Également cardiologue, Ludhmila Hajjar, qui a été pressentie pour succéder au général Pazuello, s'est rendue dimanche à Brasilia pour rencontrer le chef de l'État, mais a fini par décliner l'invitation en raison de divergences sur le combat contre la pandémie.

Selon le site Poder 360, M. Bolsonaro lui aurait dit qu'elle risquait de foutre en l'air son projet de réélection en 2022 si elle ordonnait le confinement ou d'autres mesures impopulaires dans les régions pauvres du Nord-est.

Ses opposants ne s'y trompent pas : ça ne sert à rien de changer de ministre si la politique reste la même, si le président continue à mettre des bâtons dans les roues, aucun ministre ne peut s'en sortir, a lancé Flavio Dino, gouverneur de gauche du Maranhao.

Le Brésil a enregistré mardi 2841 morts de la COVID-19 en 24 heures, un nouveau record dans le pays où l'épidémie ne cesse de s'aggraver.

Le précédent chiffre record remontait au 10 mars, avec 2286 décès, selon les chiffres du ministère de la Santé.

Au total, le pays de 212 millions d'habitants comptabilise 282 127 décès, ce qui en fait le deuxième pays le plus endeuillé au monde en chiffres absolus, derrière les États-Unis.

Pour écouter le reportage de Michel Labrecque diffusé à Désautels le dimanche, cliquez ici.

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