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Doit-on vraiment craindre le vaccin d’AstraZeneca?

Des millions de personnes ont déjà reçu le vaccin d’AstraZeneca, et les données montrent qu'il est tout aussi efficace que les vaccins de Pfizer-BioNTech ou de Moderna et qu'il n'entraîne pas plus d’effets secondaires. Alors, pourquoi plusieurs pays européens ont-ils choisi d'en mettre l'inoculation sur pause?

Une fiole du vaccin d'AstraZeneca sorti de la boîte dans laquelle les fioles sont livrées.

Le reportage de Laurence Martin

Photo : Reuters / Hannibal Hanschke

De nombreux experts demeurent perplexes devant la décision de divers pays de suspendre l'administration du vaccin d'AstraZeneca, alors que rien n'indique qu'il y a un lien entre les thromboses survenues chez les personnes vaccinées et le produit. Et que rien, non plus, ne permet de croire qu'il s'en produit davantage chez les personnes vaccinées que dans la population en général.

L'Autriche a lancé le mouvement le 8 mars en suspendant un lot de vaccins après le décès d'une infirmière de 49 ans, morte d’un caillot de sang. Elle avait reçu, deux semaines auparavant, une dose d'AstraZeneca.

Par la suite, d’autres décès ont aussi été signalés en Europe, notamment en Autriche et au Danemark.

Au total, parmi les 17 millions de personnes qui ont reçu le vaccin d'AstraZeneca en Europe et au Royaume-Uni, moins de 40 cas de caillots sanguins ont été signalés jusqu'à présent.

Selon Benoit Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM, lorsqu’on regarde attentivement toutes les données disponibles, les associations entre le vaccin et la formation de caillots de sang, qui provoquent les thromboses, sont très légères et hypothétiques.

Il n’y a aucune évidence qu’il y ait un lien causal. Ce sont des mesures d’une prudence extrême, peut-être même exagérées.

Une citation de :Benoit Barbeau, spécialiste en virologie, UQAM

En outre, poursuit le spécialiste en virologie, les cas de thromboses chez les personnes vaccinées contre la COVID-19 représentent un nombre très faible.

Ainsi, au Royaume-Uni, qui a vacciné plus de 9,7 millions de personnes, on compte 35 thromboses chez des personnes ayant reçu un vaccin d’AstraZeneca et 24 pour le vaccin de Pfizer-BioNTech. Cela représente moins de 0,0005 % du total de personnes vaccinées.

C’est presque négligeable, explique M. Barbeau, selon qui on pourrait s’attendre à voir ces effets du genre dans la population non vaccinée.

D'ailleurs, chaque année, au Royaume-Uni, une personne sur 1000 souffre de thrombose.

Nathalie Grandvaux, directrice du Laboratoire de recherche sur la réponse de l'hôte aux infections virales au Centre de recherche du CHUM, estime pour sa part que les données disponibles sur les quelque 17 millions de personnes qui ont reçu le vaccin d’AstraZeneca en Europe et au Royaume-Uni ont de quoi rassurer.

Si on était au tout début de la vaccination, on n’aurait pas le même discours, il faudrait se poser des questions. Mais maintenant, on s'appuie sur les données disponibles, insiste-t-elle. Et 17 millions de personnes vaccinées, c'est gigantesque.

Donc, d’avoir une trentaine de cas de thromboses sur 17 millions de personnes vaccinées en Europe, par exemple, c’est très peu, dit-elle.

En fait, c’est en dessous du nombre de thromboses qu’on observe dans la population non vaccinée, fait-elle valoir.

Des thromboses, ça arrive tout le temps. Je ne pense pas qu’il y a un lien [avec le vaccin].

Une citation de :Nathalie Grandvaux du Centre de recherche du CHUM

Une réaction trop forte de l’Europe?

L’Agence européenne des médicaments a d'ailleurs clairement affirmé qu'il n'y a aucune indication que ce vaccin est à l'origine des thromboses, tout comme les pays qui ont temporairement suspendu l'administration du vaccin d'AstraZeneca.

Alors que son enquête est en cours, l’agence reste actuellement d’avis que les avantages du vaccin AstraZeneca dans la prévention de la COVID-19, avec son risque associé d’hospitalisation et de décès, l’emportent sur les risques d’effets secondaires, a-t-elle d'ailleurs indiqué lundi.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) soutenait pour sa part, le même jour, qu'il n’y a pas de raison de ne pas l’utiliser, tout en affirmant poursuivre son enquête afin de déterminer s'il y a réellement une corrélation entre le vaccin et les thromboses.

Mais selon M. Barbeau et Mme Grandvaux, il y a de fortes chances qu’on ne trouve aucun lien de cause à effet entre les troubles de la coagulation détectés et le vaccin d’AstraZeneca.

Ce qui m’inquiète le plus, ce sont les décès liés à la COVID-19, ajoutait pour sa part Nicholas Brousseau, médecin-conseil à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et président du Comité sur l'immunisation du Québec, en entrevue à RDI lundi.

On a environ 10 décès par jour de la COVID-19 au Québec. On a une arme bien efficace contre ça : les vaccins. Je pense que le risque est beaucoup plus grand de se priver de ces produits-là.

Une citation de :Nicholas Brousseau, INSPQ

Mme Grandvaux n’est pas tout à fait surprise de l’effet boule de neige en Europe contre ce vaccin, qu'elle explique par l'approche choisie dans la lutte contre le coronavirus.

Ils ont une stratégie unifiée européenne, fait-elle valoir. Alors, si certains pays européens commencent à mettre sur pause, c’est logique que les autres pays de l'Europe suivent. Ils veulent rester unis dans les décisions, sinon ils risquent de perdre leur cohérence.

Elle croit également que les politiciens et les gens de la santé publique marchent sur des œufs et que la réaction à ces cas est fort probablement disproportionnée face à la menace.

Je ne pense pas qu’ils s'attendaient à cette réaction, estime-t-elle. L’idée première était de rassurer la population, de leur dire : "Voici, on suit ce qui se passe. C'est peut-être rien, c’est peut-être quelque chose, mais on prend les décisions pour s’assurer que vous soyez en sécurité."

Ça se voulait une démarche rassurante qui, finalement, a l'effet inverse. Cela inquiète plus les gens.

Une citation de :Nathalie Grandvaux du Centre de recherche du CHUM

Elle espère en fin de compte que la population ne sera pas trop réticente à accepter ce vaccin, une fois que les analyses auront démontré l'absence de lien.

Problème avec un lot?

Nathalie Grandvaux n'écarte pas non plus la possibilité que ces incidents s'expliquent non pas par un problème propre au vaccin, mais propre à certains lots, ce qui ne l’inquiète pas outre mesure.

Comme dans toute production manufacturière, particulièrement à grande échelle, certains problèmes peuvent survenir, dit-elle. C'est la même chose en alimentation; on peut avoir un lot de salade contaminé.

Mme Grandvaux rappelle que des arrêts temporaires dans l’administration de vaccins surviennent de temps en temps.

Par exemple, en novembre dernier, un lot de vaccins contre la grippe produit au Québec a été retiré au Nouveau-Brunswick à la suite de trois cas de manifestations cliniques inhabituelles.

Après une analyse approfondie, Santé Canada a pu déterminer qu’aucune relation de cause à effet n'a pu être établie entre les injections et les effets indésirables signalés.

Benoit Barbeau se veut quant à lui rassurant en ce qui concerne les lots des vaccins d’AstraZeneca envoyés au Canada. Ces doses ont été produites dans une usine en Inde et ne seraient donc pas touchées par un possible problème de lot provenant de l’usine européenne.

Il rappelle par ailleurs que si AstraZeneca est dans la mire des gouvernements en ce moment, les autres vaccins ont aussi suscité certaines inquiétudes au début de la campagne de vaccination, particulièrement en ce qui a trait aux réactions allergiques.

Le vaccin d’AstraZeneca, aussi efficace que les autres?

Au fur et à mesure que davantage de personnes sont vaccinées, explique Benoit Barbeau, les données montrent avec une certitude accrue que tous les vaccins autorisés sont très efficaces pour prévenir les symptômes les plus graves de la maladie.

Mais la façon dont la question de leur efficacité est présentée peut être trompeuse.

Ainsi, selon les études cliniques disponibles, l'efficacité des vaccins Pfizer-BioNTech et de Moderna dépasse les 90 %, contre 62 % pour AstraZeneca.

Sauf que le taux d'efficacité de l'AstraZeneca concerne son effet sur les symptômes légers et graves de la COVID-19, contrairement aux deux autres vaccins, où il n'est question ici que des symptômes graves.

Donc, on compare un peu des pommes et des oranges, dit Nathalie Grandvaux.

Quand on réanalyse les données du vaccin d’AstraZeneca pour voir l’effet seulement sur les symptômes sévères, on voit que l’efficacité est de 85 %. C’est extrêmement bon.

Une citation de :Nathalie Grandvaux, CHUM

D’ailleurs, l’OMS, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) américains, Santé Canada et plusieurs autres agences de santé estiment qu’un vaccin doit avoir un seuil d’efficacité d’au moins 50 %. Or, force est de constater que tous ces vaccins ont une efficacité bien supérieure à ce taux.

De plus, ajoute M. Barbeau, si les études initiales d’AstraZeneca ne comprenaient pas suffisamment de données pour conclure avec certitude qu'il était efficace pour les 65 ans et plus, de nouvelles données montrent que les aînés sont bel et bien protégés à un bon taux.

Il mentionne aussi que l'estimation du taux d’efficacité du vaccin d’AstraZeneca lors des essais cliniques a probablement été mitigée à cause des nouveaux variants. Or, ces variants n’étaient pas autant en cause avant pour les études cliniques de Pfizer et de Moderna.

Selon Benoit Barbeau, il faut cesser de comparer les pourcentages d’efficacité. Les trois vaccins sont efficaces, insiste-t-il.

Le virologue ajoute qu’il prendrait sans hésitation le vaccin d’AstraZeneca, de Moderna ou de Pfizer-BioNTech.

Attendre le prochain vaccin, ce n’est pas la meilleure décision, selon moi. Si on vous offre un vaccin, prenez-le.

Une citation de :Benoit Barbeau, spécialiste en virologie, UQAM

Il ne recommande donc pas de repousser son rendez-vous dans l’espoir de pouvoir choisir son vaccin. Des problèmes d’approvisionnement, comme ceux que l'on a vécus au début de 2021, pourraient survenir de nouveau.

Nathalie Grandvaux rappelle quant à elle que, même si l’efficacité n’est pas à 100 %, une personne qui a été vaccinée aura beaucoup moins de risques de développer des symptômes graves si elle est infectée.

Et, juste pour cette raison, se faire vacciner – qu’il s’agisse des vaccins de Moderna, de Pfizer-BioNTech ou d’AstraZeneca – est une excellente idée, croit-elle, au lieu de se retrouver aux soins intensifs, branché sur un respirateur.

La question ne se pose pas. Même si j’avais trois jours de fièvre [après le vaccin], c’est tellement rien comparé aux conséquences possibles de la COVID-19.

Une citation de :Nathalie Grandvaux, CHUM

Effets secondaires au Canada

Santé Canada publie régulièrement des données concernant les effets secondaires signalés. À ce jour, 1923 cas d’effets secondaires ont été signalés, dont 1709 sans conséquences graves et 214 avec des conséquences graves.

En date du 5 mars 2021, 15 rapports mentionnent un décès survenu après l’administration d’un vaccin. Après une revue médicale des cas, il a été déterminé que neuf de ces décès n’étaient pas liés à la vaccination contre la COVID-19. Les six autres sont encore à l’étude.

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