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Trudeau et Legault défendent le vaccin d'AstraZeneca

François Legault et Justin Trudeau portant un masque sont debout l'un à côté de l'autre.

Les premiers ministres Justin Trudeau et François Legault, lors d'une annonce à saveur économique à Montréal, ont dû défendre le vaccin d'AstraZeneca.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Les premiers ministres du Canada et du Québec renouvellent leur confiance dans le vaccin contre la COVID-19 d’AstraZeneca, malgré les interrogations sur son innocuité soulevées dans plusieurs pays européens.

L'Allemagne, la France, l'Italie et l'Espagne ont à leur tour suspendu l’utilisation de ce vaccin, lundi, par mesure de précaution, suivant la voie tracée par plusieurs autres pays la semaine dernière.

Le mouvement s’est mis en branle après la mort d’une infirmière autrichienne qui a reçu le vaccin, suivie par celle de quelques autres personnes, notamment en Norvège et au Danemark.

Personne n’a encore établi un lien direct entre l’administration du vaccin et ces décès, mais la peur s’est maintenant emparée d’une partie de la population.

Interrogé à ce sujet lors d’une conférence de presse, lundi matin à Montréal, le premier ministre canadien Justin Trudeau a tenté d’apaiser ces craintes.

À chaque étape, nos scientifiques, nos experts en santé publique s’assurent de la sécurité des vaccins au Canada. Ils ont regardé attentivement les données, ils en collectent constamment et ils nous assurent que tous les vaccins offerts au Canada sont sécuritaires et efficaces, y compris [celui] d’AstraZeneca, a-t-il dit.

On suit évidemment ce qui se passe avec une batch [lot] précise [du vaccin d’AstraZeneca] en Europe. On peut rassurer tous les Canadiens qu’il n’y a aucune dose d’AstraZeneca qui est venue des mêmes batchs que celles qui sont préoccupantes en Europe, a-t-il ajouté.

Justin Trudeau a conséquemment invité tous les Canadiens à recevoir ce vaccin s’il s'avère qu’on le leur offre. Dans des centres de vaccination du Québec, certaines personnes ont néanmoins refusé de le recevoir au cours des derniers jours.

On encourage tout le monde à se faire vacciner le plus rapidement possible. Et [pour] le dire très simplement : le meilleur vaccin pour vous, c’est le premier qui vous est offert. C’est celui que vous devriez prendre. Parce que c’est comme ça qu’on va passer à travers cette pandémie le plus rapidement et de la façon la plus sécuritaire possible.

Une citation de :Justin Trudeau, premier ministre du Canada

À ses côtés, le premier ministre du Québec, François Legault, a immédiatement repris le même argument.

La santé publique du Québec fait un suivi, je dirais d’heure en heure, et nous dit qu’il n’y a aucun risque avec le vaccin AstraZeneca, qu’il est sécuritaire, a-t-il dit. Nous, on se fie à des spécialistes, à des experts, et eux nous assurent qu’il n’y a aucun risque avec le vaccin AstraZeneca.

M. Legault a notamment écarté l'idée de suspendre les activités de vaccination à domicile, qui s'effectuent avec des vaccins d'AstraZeneca, parce que ces derniers sont plus faciles à transporter que ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna.

La santé publique nous dit qu'il n’y a aucun risque, qu’il est sécuritaire. Maintenant, ça devient une question d'organisation. C'est plus facile d’administrer certains vaccins à domicile. C’est dans ce sens qu’on s’organise, a fait valoir M. Legault.

Mais je le répète – et c’est important que tous les Québécois comprennent – que tous les vaccins qui sont offerts sont sans risque.

Une citation de :François Legault, premier ministre du Québec

Le Canada a reçu 500 000 doses du vaccin à deux doses d'AstraZeneca le 3 mars, mais 300 000 d'entre elles seront périmées le 2 avril. Elles ont donc été offertes rapidement au public par les provinces.

« Vous avez plus de chance de mourir de la COVID-19 »

Le directeur national de santé publique du Québec a offert une longue entrevue à l'émission 24•60 dans l'espoir d'apaiser les craintes.

Sans aucune hésitation, si on m'offrait le vaccin d'AstraZeneca en ce moment, je me ferais vacciner, a assuré le Dr Horacio Arruda, précisant que son collègue de la santé publique, le Dr Richard Massé, avait lui-même reçu ce vaccin au cours des derniers jours.

Sur 11 millions de doses qui ont été administrées au Royaume-Uni, il n'y en a pas eu de problème dans la population. Vous avez beaucoup plus de chance de mourir de la COVID-19 que de mourir du vaccin d'AstraZeneca, j'en suis convaincu.

Une citation de :Horacio Arruda, directeur national de santé publique du Québec

Je ne laisserais pas un vaccin qui n'est pas sécuritaire circuler au Québec, a-t-il encore assuré, exhortant les personnes âgées à se protéger contre la COVID-19 sans faire de distinction entre les vaccins. Les personnes qui refusent le vaccin d'AstraZeneca ne s'en feront pas proposer d'autres, a-t-il prévenu. Elles devront attendre l'ouverture de la campagne de masse pour tous les adultes.

Son homologue manitobain, Brent roussin, a offert le même genre de plaidoyer lundi. Le médecin hygiéniste en chef de la province va d'ailleurs lui-même recevoir ce vaccin vendredi.

Plus tôt dans la journée, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec a aussi tenté de dédramatiser la situation et a rappelé que, selon les données disponibles, il n’y aurait pas de lien de causalité direct entre l’administration du vaccin et certains problèmes de coagulation répertoriés.

Dans un communiqué, le MSSS a écrit que, pour l’instant, rien n'indique que ces troubles, qui ne figurent pas sur la liste d’effets secondaires du vaccin [d’AstraZeneca], sont attribuables à ce dernier. De plus, il a fait remarquer que le nombre de manifestations thromboemboliques signalées en Europe n’est d’ailleurs pas supérieur à celui observé dans la population générale.

Par ailleurs, le ministère de la Santé a souligné que le lot faisant l’objet de l’enquête européenne en cours n’a pas été expédié au Canada. Il a ajouté que des mesures appropriées seront prises rapidement s’il est clairement prouvé que le vaccin d’AstraZeneca présente plus de risques qu’un autre.

Ottawa en phase avec l'Agence européenne des médicaments et l'OMS

L'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a pour sa part rappelé que Santé Canada avait été informée la semaine dernière par l'Agence européenne des médicaments (EMA) que des pays avaient suspendu l'utilisation du vaccin d'AstraZeneca ou de certains lots particuliers de celui-ci par mesure de précaution. Elle a par ailleurs précisé que, jusqu'à maintenant, aucun événement indésirable lié au vaccin d'AstraZeneca n'a été déclaré au Canada.

Comme prévu, Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada reçoivent des déclarations d’effets secondaires suivant l’administration d’un vaccin autorisé contre la COVID‑19 au Canada dans le cadre de la surveillance en continu de l’innocuité des vaccins. À ce jour, aucun des effets signalés ne porte à croire que le vaccin présente un problème d’innocuité.

Une citation de :Déclaration de Santé Canada

Santé Canada continue de collaborer étroitement avec les organismes de réglementation internationaux, dont le comité de sécurité de l'EMA, pour recueillir et évaluer les renseignements disponibles afin de déterminer s'il y a lieu de prendre des mesures à l'égard des risques liés au vaccin, souligne en outre l'ASPC.

L'EMA a indiqué lundi que son comité de sécurité examinera plus en détail les informations mardi et qu'elle a convoqué une réunion extraordinaire le jeudi 18 mars pour conclure sur les informations recueillies et sur toute autre mesure qui pourrait être nécessaire.

Jusqu'à nouvel ordre, l'EMA reste actuellement d'avis que les avantages du vaccin AstraZeneca dans la prévention de la COVID-19, avec son risque associé d'hospitalisations et de décès, l'emportent sur les risques d'effets secondaires, souligne l'agence.

La cheffe scientifique de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Soumya Swaminathan, a abondé dans le même sens. Nous ne voulons pas que les gens paniquent et, pour le moment, nous recommandons que les pays continuent de vacciner avec AstraZeneca, a-t-elle précisé en conférence de presse.

Des décisions qui ne relèvent pas des scientifiques

Le Dr André Veillette, immunologue et membre de l'Institut de recherches cliniques de Montréal, affirme que la décision de suspendre le vaccin d'AstraZeneca ne repose sur aucune preuve scientifique.

C’est malheureux. C’est un peu un vaccin qui est victime d'AstraZeneca bashing. Les gens aiment bien dire que le vaccin n'est pas bon, s'est-il désolé lors d'une entrevue à ICI RDI.

Selon lui, les gouvernements européens qui ont suspendu l'utilisation du vaccin cherchent probablement à rassurer des populations échaudées.

Je pense qu’ils répondent à une anxiété qu’il y a dans la population, pas vraiment à des données scientifiques claires, affirme-t-il.

Je pense que l’évaluation de Santé Canada est encore la bonne évaluation, c’est-à-dire qu’il n’y a pas vraiment d’évidence que ce vaccin-là est dangereux ou pas sécuritaire ou pas efficace, affirme le Dr Veillette, qui est aussi membre du groupe de travail du gouvernement fédéral sur les vaccins contre la COVID-19.

Beaucoup de gens se font vacciner, et c’est sûr qu’il y a toutes sortes d’incidents qui arrivent dans une vie, qui peuvent ne pas nécessairement être liés au vaccin. Et je pense que les décès [survenus en Europe] et les cas de thrombose ou d’embolie pulmonaire, c’est des choses qui, probablement, n’ont rien à voir avec le vaccin.

Une citation de :Dr André Veillette, immunologue

Je pense que ce n’est pas nécessairement les scientifiques qui prennent ces décisions-là. Je pense que les scientifiques en général sont d’accord [pour dire] que c’est un bon vaccin, qui fait ce qu’il a à faire comme travail, et qu’il est aussi sécuritaire, a encore dit le Dr Veillette.

Mais je comprends que certaines [personnes] dans la population aient un peu de méfiance envers ce vaccin et je pense que c’est la responsabilité des autorités de la santé publique, des médecins, des scientifiques comme moi, de passer le message que le vaccin est toujours sécuritaire, toujours efficace, et qu’il faut faire confiance.

Je pense qu’effectivement, il faut rassurer les gens, a aussi commenté le Dr Nicholas Brousseau, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec, et membre du Comité sur l’immunisation du Québec. Il n’y a aucune indication que ces problèmes sont plus fréquents chez les personnes vaccinées.

Les thromboses, les embolies, on en a plusieurs centaines par mois au Québec, naturellement. C’est normal que ça arrive à la fois chez des vaccinés et des non-vaccinés, mais ça ne veut pas dire que le vaccin cause ce problème.

Moi, ce qui m’inquiète le plus, c’est le risque de la COVID-19. Actuellement, on a environ 10 décès par jour au Québec, il y a des dizaines d’hospitalisations. [...] Et on sait qu'on a une arme bien efficace pour réduire les hospitalisations et les décès : ce sont tous les vaccins disponibles, dont le vaccin d’AstraZeneca. Le risque, c’est de se priver de ces produits-là.

Une citation de :Dr Nicholas Brousseau, médecin-conseil à l'INSPQ

D’ailleurs, au Royaume-Uni, où ils continuent la vaccination avec ce produit – il y a plus de 10 millions de doses qui ont été données – ils ont regardé leurs données et il n’y a aucune indication de problèmes plus fréquents de thrombose chez les vaccinés. Je pense que ces données sont bien rassurantes.

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