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Séparés par les mesures sanitaires, même en fin de vie

Yves Bourgeois regarde la mer

Yves Bourgeois a du mal à faire son deuil, marqué par la difficulté d'accompagner sa femme dans son processus de fin de vie.

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

Félix Lebel

En novembre dernier, le Septilien Yves Bourgeois a perdu sa femme, Linda Gravel, qui était atteinte d’un cancer incurable. Dans les derniers mois de sa vie, elle a été transférée dans un hôpital de Québec, le temps d’avoir un diagnostic clair. Mais en raison des restrictions sanitaires liées à la COVID-19, son mari n’a pas pu l'accompagner dans cette épreuve.

Lorsque Linda Gravel a pris la route vers un hôpital de Québec en juillet dernier, c’est avec grand désarroi qu’Yves Bourgeois s’est fait refuser la possibilité de l’accompagner. Il garde encore en tête le moment de cette séparation et la peur dans les yeux de sa compagne.

Ce qu’elle m’a dit à son départ pour Québec, c’est là pour le restant de ma vie. Elle avait peur et elle m’a dit qu’elle allait mourir là toute seule. C’est vraiment dur.

Une citation de :Yves Bourgeois

On n’avait pas assez de la maladie, fallait que le COVID en rajoute une couche, explique Yves Bourgeois, encore troublé et émotif en parlant de la mort de sa femme.

C’est donc dans une chambre d’hôpital de Québec, seule et loin de son mari, que Mme Gravel a dû encaisser son pronostic : un cancer incurable, une espérance de vie de quelques mois.

Yves Bourgeois tient une photo de sa femme.

Linda Gravel est décédée en novembre dernier, d'un cancer du côlon. Il s'est à peine écoulé plus de trois mois entre son diagnostic et son décès, dans une maison de soins palliatifs de Sept-Îles.

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

À l’autre bout du fil, Yves Bourgeois apprend la nouvelle. Il est hors de question pour lui que sa femme passe plus de temps aussi loin de lui. Il est furieux face à une situation sanitaire qui l’empêche d’accompagner sa femme dans une épreuve aussi difficile que de faire face à une mort prochaine.

Même s'il comprend les risques liés aux déplacements interrégionaux et à sa présence à l’hôpital, M. Bourgeois aurait aimé plus de souplesse, plus d'humanité dans les règles de visites des établissements de santé.

Je comprends les mesures, c’est sûr. Par contre, je ne suis pas d’accord qu’une personne mourante parte seule à Québec. Qu’en plus d’avoir peur de sa maladie, elle a peur de partir toute seule et de ne pas avoir les siens autour! Pourquoi il n’y a pas de solution possible à ça?.

Linda Gravel est finalement transférée à l’hôpital de Sept-Îles, où elle passe plus de deux mois. Après des discussions avec le personnel de l’hôpital, Yves Bourgeois obtient la permission de rester auprès de sa femme. Il salue au passage le dévouement du personnel infirmier, qu’il a vu se donner corps et âme pour les patients.

Linda Gravel et Yves Bourgeois, plus jeune, sur une photo d'époque.

Linda Gravel et Yves Bourgeois formaient un couple depuis plus de 30 ans et avaient deux enfants ensemble.

Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

Mais malgré l’état de sa femme, Yves Bourgeois explique que les règles de visites étaient très strictes. Pas plus de deux personnes par jour. Il était donc impossible de se recueillir en présence de ses enfants.

C’est dommage, j’aurais aimé que nos décideurs trouvent une solution. Qu’il y ait quelque chose pour ces personnes-là. Moi c’est terminé, ils ne pourront pas corriger mon cas, mais pour les prochains, j’aimerais ça qu’il n’y ait pas d’autres familles qui soient touchées comme moi .

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Il ne s’explique pas que des protocoles spéciaux ne soient pas en place pour les familles dans des situations comme la sienne. Ces contacts difficiles ont profondément marqué son processus de deuil, dont il porte encore les marques aujourd’hui.

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