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Rogers veut mettre la main sur Shaw Communications

Une fois la transaction approuvée par les actionnaires et les autorités réglementaires, Rogers entend investir 6,5 milliards de dollars canadiens et créer 3000 emplois dans l'Ouest canadien.

Le logo au haut d'un immeuble, vu derrière un feu de circulation.

Le conseil d'administration de Shaw Communications, dont le siège social est situé à Calgary, a unanimement recommandé d'approuver la transaction.

Photo : Reuters / Chris Wattie

Radio-Canada

Le géant canadien des télécommunications Rogers compte acheter son rival Shaw grâce à une transaction évaluée à 26 milliards de dollars, créant ainsi un nouveau concurrent pour les deux autres grands acteurs de l'industrie, Bell et Telus.

Les deux entreprises ont annoncé être parvenues à une entente dans un communiqué publié lundi matin. Le conseil d'administration de Rogers l'a unanimement approuvée, celui de Shaw l'a unanimement recommandée.

La famille Shaw l'appuie entièrement et irrévocablement, précisent les deux sociétés, de sorte qu'il restera aux actionnaires, et aux autorités réglementaires, à l'approuver.

Rogers paierait 40,50 $ en argent comptant pour 40 % des actions privilégiées de classe A (l'autre tranche de 60 % sera scellée par un échange d'actions) et toutes celles de classe B, pour un total de 20 milliards de dollars.

Pour les détenteurs d'action de classe B, il s'agit d'une prime de 70 % par rapport au cours récent du titre.

Rogers, basée à Toronto, compte en outre assumer la dette de 6 milliards de dollars de sa rivale de Calgary, ce qui fait grimper la facture à 26 milliards.

La transaction est annoncée quelques mois à peine après le dépôt par Rogers et Altice USA d'une offre d'achat non sollicitée pour la québécoise Cogeco.

La société de la famille Audet avait opposé un refus catégorique à cette offre qui, une fois bonifiée, atteignait 11,1 milliards.

L’alliance de ces deux grandes entreprises créera plus d’emplois et favorisera davantage les investissements dans l’ouest du pays, liera encore plus les personnes et les entreprises entre elles, offrira des infrastructures et des services exceptionnels partout au pays, stimulera une plus forte concurrence et proposera un choix plus vaste aux consommateurs et aux entreprises d’ici.

Une citation de :Joe Natale, président et chef de la direction de Rogers Communications

Si la transaction va de l'avant, la famille Shaw deviendra l'un des plus importants actionnaires de Rogers.

Cinq minutes après le début des transactions à la Bourse de Toronto, l'action de Shaw Communications grimpait de 45 % et se négociait aux alentours de 34,65 $, comparativement à 23,90 $ à la clôture, vendredi. Après avoir atteint un sommet à 35 $, l'action a finalement clôturé à 33,85 $; il s'agit d'un bond de 41,6 %.

Le titre de Rogers a pour sa part avancé de 2,02 $, ou 3,4 %, à 61,57 $.

Des synergies et des investissements

Les deux entreprises estiment que les synergies découlant de cette transaction permettront d'économiser 1 milliard de dollars par année dans les deux ans suivant la conclusion de la transaction.

Rogers a annoncé par la même occasion qu'elle investirait 6,5 milliards dans l'Ouest canadien, dont 2,5 milliards dans le développement d'un réseau 5G.

Un fonds de 1 milliard de dollars serait aussi créé dans le but de brancher des régions éloignées, dont des communautés autochtones, à un réseau Internet à haute vitesse.

Une dernière tranche de 3 milliards serait consacrée à développer son réseau, à offrir de nouveaux services et à investir dans de nouvelles technologies.

Ces investissements doivent permettre de créer 3000 emplois en Colombie-Britannique, en Alberta, en Saskatchewan et en Alberta, estime Rogers.

Le succès de nos entreprises respectives repose sur la vision et la proactivité de deux grands fondateurs. [...] Il ne fait aucun doute que mon père serait fier de ce moment : l’union des forces entre son entreprise et celle fondée par son vieil ami afin d’offrir une connectivité de classe mondiale, un choix plus vaste et un meilleur rapport qualité-prix à un plus grand nombre de Canadiens.

Une citation de :Brad Shaw, président-directeur du conseil d'administration et chef de la direction de Shaw Communications
Brad Shaw, en conférence de presse.

Si la transaction se concrétise, le siège social de Shaw Communications demeurera à Calgary, précise le communiqué commun des deux sociétés.

Le président à l’exploitation pour l’Ouest ainsi que d’autres postes de la haute direction seront établis au siège social de Calgary pour superviser les activités que mènera la société issue du regroupement dans l’Ouest canadien, peut-on y lire.

Qu'en est-il de la concurrence?

Dans un communiqué publié en milieu de matinée, le Bureau de la concurrence a confirmé qu'il se penchera sur cette transaction.

Si le Bureau venait à déterminer que la transaction proposée aura vraisemblablement pour effet d’empêcher ou de diminuer la concurrence, nous n’hésiterons pas à prendre les mesures qui s’imposent, indique-t-il.

L’absorption par Rogers d’un autre joueur du déjà très restreint marché canadien de la téléphonie et de la câblodistribution soulève des questions sur la faible concurrence et le peu de choix aujourd’hui offerts aux Canadiens dans le domaine des télécommunications, que se partagent une poignée de géants.

Il y a un bon bout de temps que les personnes un tant soit peu réalistes savent que le secteur des télécommunications au Canada est un oligopole. Il n’y a pas réellement de concurrence, a souligné à ce propos Pierre Trudel, professeur au Centre de recherche en droit public de l’Université de Montréal, à l'émission Midi info.

Il y a une tendance lourde à la concentration.

Une citation de :Pierre Trudel, professeur au Centre de recherche en droit public de l’Université de Montréal

On prétend qu’il y en a, mais ça fait très longtemps que l’on constate régulièrement que la concurrence, si elle existe, n’a pas les effets qu’elle est censée avoir, notamment sur la pression des prix des services, fait remarquer Pierre Trudel.

Faut-il pour autant ouvrir notre marché à des entreprises étrangères pour avoir plus de concurrence? Peut-être, mais difficile de le faire sans s’exposer à certains risques, rappelle l’expert.

Certains le préconisent […] Ça dépend de l’importance qu’on attache à la propriété canadienne. On l’a vu récemment avec l’industrie pharmaceutique qu’on a laissée aller vers le libre marché. Ça a eu pour conséquence de délocaliser beaucoup de services et de lieux décisionnels.

Pour sa part, la directrice générale du groupe de défense des consommateurs OpenMedia, Laura Tribe, a fait valoir dans un communiqué que le gouvernement ne devait pas approuver l'accord. Nous avons besoin de plus de concurrence au Canada, pas de moins, a affirmé Mme Tribe.

Au fil des ans, nous avons vu concurrent après concurrent être avalé par les "Trois Géants". Le résultat est toujours le même : plus de profits pour les "Trois Géants", de moins bons plans et moins de choix pour les Canadiens. Nous ne pouvons pas nous permettre cet accord.

Le ministre fédéral de l'Innovation, des Sciences et de l'Industrie, François-Philippe Champagne, a publié une brève déclaration selon laquelle il ne tenterait pas de prédire le résultat des examens réglementaires. Il a toutefois réitéré les promesses du gouvernement libéral visant une plus grande accessibilité, une concurrence accrue et plus d'innovation dans le secteur des télécommunications canadiennes.

Ces objectifs seront au coeur de l'analyse des implications de l'annonce d'aujourd'hui, a affirmé M. Champagne.

Avec les informations de La Presse canadienne

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