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Le vaccin d'AstraZeneca inspire la méfiance dans des cliniques québécoises

Par précaution, plusieurs pays européens ont décidé de suspendre les injections du vaccin d'AstraZeneca en raison des « effets secondaires possibles » comme des caillots sanguins et des hémorragies cutanées.

Une fiole contenant des doses du vaccin d'AstraZeneca.

Le vaccin d'AstraZeneca est l'un des quatre vaccins homologués par Santé Canada jusqu'à présent.

Photo : afp via getty images / FRED TANNEAU

Radio-Canada

Ils prennent rendez-vous, se rendent à la clinique et font finalement demi-tour en apprenant qu’ils recevront le vaccin d’AstraZeneca. Dans des centres de vaccination qu’a visités Radio-Canada, des Québécois sont méfiants à l’idée de recevoir des doses dont l’efficacité est en deçà des autres vaccins homologués par Santé Canada.

Le cas de la campagne de vaccination contre le coronavirus à Montréal en fait foi. Son personnel se heurte depuis vendredi dernier à des gens qui rebroussent chemin après avoir refusé de recevoir le vaccin d’AstraZeneca baptisé Covishield et produit en Inde par le Serum Institute.

Pour la journée de samedi seulement, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Nord-de-l'Île-de-Montréal a constaté que 8 % des personnes qui avaient pris rendez-vous « ont refusé ce vaccin sur l’ensemble de [son] territoire ».

À Candiac, en Montérégie, la clinique de vaccination se heurte également au même problème. Les refus ont été nombreux au courant de la fin de semaine.

En raison de la publicité négative entourant ce vaccin, nous avons effectivement dû rassurer certaines personnes, explique Émilie Jacob, une porte-parole du CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal, qui affirme que ces réticences coïncident avec le début de la vaccination des doses de Covishield.

Nous prenons le temps de leur transmettre de l'information valide sur ce vaccin afin qu'ils puissent prendre une décision éclairée, dit-elle.

L'entrée de la clinique de vaccination contre la COVID-19 de Montréal-Nord.

L'entrée de la clinique de vaccination contre la COVID-19 de Montréal-Nord.

Photo : Radio-Canada

Le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Christian Dubé, a tenu à rassurer la population en répétant que le vaccin d'AstraZeneca est sécuritaire. C’est normal de vouloir s’informer et je remercie les équipes de prendre le temps d’expliquer les bienfaits des vaccins aux gens, a-t-il convenu sur Twitter.

Malgré tout, a-t-il ajouté, le vaccin est la solution, peu importe lequel.

Bien que le ministère de la Santé et des Services sociaux ne compile pas les données des personnes ayant refusé de recevoir le vaccin d'AstraZeneca, il assure que le phénomène demeure marginal.

Des doutes persistent quant à son efficacité

Mais pourquoi le vaccin d'AstraZeneca inspire-t-il cette méfiance? C'est que son efficacité est estimée à 62,1 %, soit moins que celle des vaccins développés par Moderna (94,1 %) et Pfizer-BioNTech (95 %), qui ont aussi obtenu l'aval de Santé Canada.

Pour le virologue Benoît Barbeau, il faut davantage renseigner la population qui pourrait être tentée de s'arrêter à ce chiffre sans chercher à comprendre pourquoi le vaccin a été approuvé par l'agence fédérale.

Il faut que les gens comprennent que ce vaccin demeure quand même très efficace pour l’objectif qu’il doit remplir, c’est-à-dire de protéger les gens d’une infection qui pourrait résulter de symptômes sévères liés à la COVID-19, assure-t-il.

Le vaccin d'AstraZenenca est certes moins efficace contre de légers symptômes du virus, mais les essais cliniques ont démontré qu'il était extrêmement efficace contre les symptômes plus graves de la maladie, soit ceux qui pourraient mener à l'hospitalisation, résume M. Barbeau.

Impossible de choisir son vaccin

À l'instar de l'Agence européenne des médicaments et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Santé Canada a conclu que le vaccin d'AstraZeneca peut être inoculé à des personnes de 65 ans et plus.

Le Comité consultatif national de l'immunisation a toutefois recommandé que ce vaccin soit offert aux personnes de 64 ans et moins, et qu'il serait donc préférable de réserver les autres vaccins pour les populations plus âgées et vulnérables. Ceux-ci seraient préférables en raison de [leur] efficacité supérieure.

Et même si le Comité sur l'immunisation du Québec rapporte que le vaccin d'AstraZeneca a démontré « un bon profil [...] d’efficacité dans tous les groupes d’âge dans lesquels il a été étudié », en réalité, ce sont les personnes de 80 ans et plus, ou celles qui ont plusieurs facteurs de comorbidités, qui sont plus à même de recevoir les vaccins de Pfizer-BioNTech et de Moderna dans la province.

Les patients n'ont d'ailleurs pas leur mot à dire à ce chapitre : le plan de déploiement de la campagne de vaccination ne prévoit pas que chacun puisse choisir le vaccin qui lui sera inoculé.

Questionné à ce sujet, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, avait d'ailleurs répondu qu'il valait mieux recevoir le vaccin d'AstraZeneca que de ne pas être vacciné du tout.

Un vaccin qui a mauvaise presse

Contrairement au Canada, d'autres pays ont décidé de ne plus avoir recours au vaccin d'AstraZeneca après que des cas graves de caillots sanguins eurent été rapportés chez des personnes ayant reçu une dose au Danemark et en Norvège.

Samedi, les autorités norvégiennes ont également signalé des hémorragies cutanées chez des jeunes vaccinés.

Plus tôt cette semaine, le Danemark, l'Islande, la Norvège et la Bulgarie ont annoncé qu'lis suspendaient son utilisation. Les Pays-Bas et l'Irlande se sont ajoutés à cette liste dimanche. La Thaïlande a de son côté décidé de retarder sa campagne de vaccination.

Mais selon l'Agence européenne des médicaments (EMA), rien ne vient prouver l'existence d'un risque d'une plus forte coagulation sanguine chez les personnes ayant reçu une dose d'AstraZeneca.

Les avantages du vaccin continuent de l'emporter sur ses risques, et le vaccin peut continuer à être administré pendant que l'enquête sur les cas de thrombo-embolies est en cours, avait indiqué jeudi le comité de sécurité de l'Agence.

Même son de cloche du côté de l'OMS, qui juge qu'il n'y a « pas de raison de ne pas utiliser » ce vaccin. Pour l'instant, il n'existe aucun lien de cause à effet, a fait savoir un porte-parole.

Santé Canada a pour sa part adopté un discours semblable à celui de l'Agence européenne des médicaments, en plaidant le fait qu'il n'était pas possible d'attribuer « ces événements indésirables » au vaccin.

Santé Canada a autorisé le vaccin en s’appuyant sur un examen approfondi et indépendant des données probantes, à la suite duquel il a déterminé que le vaccin répond aux exigences rigoureuses en matière d’innocuité, d’efficacité et de qualité du Canada, a assuré l'agence fédérale.

L'EMA a toutefois mis en garde contre des allergies graves qui pourraient être provoquées par le vaccin développé par AstraZeneca et l'Université d'Oxford. Santé Canada indique pour sa part que des effets secondaires légers ou modérés ont été constatés lors des essais cliniques.

Avec les informations de Jérôme Bergeron

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