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Inconduite sexuelle : « un sujet qui ne peut pas être tabou », dit une ex-haute gradée

L'ancienne lieutenante-générale Christine Whitecross juge qu'il faut revoir le mandat du Centre d’intervention sur l’inconduite sexuelle.

Mme Whitecross, vue de profil,  regarde vers le ciel, vêtue d'un habit officiel.

Christine Whitecross, qui s'est enrôlée dans les Forces canadiennes en 1982, a quitté ses fonctions en décembre dernier.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

Malgré le choc et la colère que lui ont inspirés les scandales d’inconduite sexuelle qui secouent la Défense nationale canadienne, l’ex-lieutenante-générale Christine Whitecross, qui avait postulé pour succéder à Jonathan Vance, dit ressentir un peu d’espoir.

Bien que cela puisse sembler contre-intuitif, a-t-elle dit en entrevue avec Rosemary Barton, sur les ondes de CBC, j’étais heureuse en même temps parce que ça voulait dire que des personnes ont décidé de parler, ce qui était jusqu’ici un obstacle de taille.

Christine Whitecross a quitté les rangs de l’armée en décembre dernier. L’ancienne lieutenante-générale – qui est devenue la première femme commandante du Collège de la défense de l’OTAN – est reconnue pour les efforts qu’elle a investis dans la lutte pour l’égalité des sexes au sein des Forces armées canadiennes (FAC).

En mai 2015, elle s’est retrouvée à la tête de l’Équipe d'intervention stratégique des FAC sur l'inconduite sexuelle, qui fait partie de l’opération HONOUR. Lancé la même année, cet effort avait pour but de mettre un terme au harcèlement et aux agressions sexuelles dans l’armée.

En prenant connaissance des allégations qui pèsent contre le général Jonathan Vance et l’amiral Art McDonald, Christine Whitecross dit avoir été surprise et blessée à la fois.

L’ex-chef d’État-major et son successeur font tous deux l’objet d’enquêtes distinctes de la police militaire. Ils sont également sous la loupe du Comité permanent de la Défense nationale des Communes.

M. Vance, qui a lui-même lancé l’opération HONOUR, se voit reprocher une relation qu’il aurait eue avec une collègue subordonnée ainsi qu’un courriel déplacé qu’il aurait envoyé à une autre membre des Forces armées.

M. McDonald est quant à lui visé par des allégations d’inconduite sexuelle pour des événements survenus il y a 10 ans, lors d’un exercice militaire dans le Nord. Les gestes reprochés impliqueraient une membre de l’équipage, selon les informations obtenues par CBC News.

« Un sujet qui ne peut pas être tabou »

Bien que Mme Whitecross ait mis un terme à une carrière de 38 ans au sein de l’armée canadienne, elle dit que des gens sollicitent encore son avis au sujet des récentes allégations d’inconduite sexuelle.

Je leur ai dit : "Vous savez quoi? Quelle occasion se présente à nous!" C’est un moment charnière, raconte-t-elle.

C’est un sujet qui ne peut pas être tabou, poursuit-elle.

Nous avons besoin que ce dialogue ait lieu et nous avons besoin de soutenir ceux et celles qui décident de témoigner.

Une citation de :Christine Whitecross, ancienne lieutenante-générale des FAC

Mme Whitecross dit avoir réfléchi à la création d’un organisme indépendant qui serait responsable d’enquêter sur les plaintes formulées au sein de l’armée – une idée qui gagne en popularité à la lumière des dernières allégations.

Il est temps, dit-elle, de revoir le mandat du Centre d’intervention sur l’inconduite sexuelle (CIIS), une unité qui relève du ministère fédéral de la Défense et qui offre du soutien aux membres des FAC qui ont été victimes d’inconduite sexuelle.

Bien que le CIIS ne soit pas soumis au commandement de l’armée, il ne détient pas le pouvoir d’enquêter.

Non seulement devons-nous apprendre des comportements du passé, mais nous devons aussi apprendre de ceux qui ont subi ces comportements, estime Mme Whitecross.

Et s’il faut créer une agence indépendante [pour que cela se produise], alors j’approuve l’idée de faire appel à des gens qui comprennent mieux [ces situations] que nous, ajoute-t-elle.

Un processus par lequel elle est passée

Christine Whitecross avait un œil sur le poste de chef d’État-major de l’armée canadienne, qui a finalement été accordé à l’amiral Art McDonald.

J’ai postulé; ce n’était pas un grand secret, bien que j’en aie peu parlé, dit-elle.

À l’époque, plusieurs spécialistes de la Défense nationale étaient d’avis qu’elle pouvait très bien se retrouver en tête de peloton. D’autant plus que l’armée tenait un discours en faveur de la diversité dans ses rangs.

Aujourd’hui, Christine Whitecross croit que le gouvernement fédéral et les hauts placés de l’armée canadienne doivent plus que jamais être à l’affût. Tout le monde doit faire son travail et […] faire partie de la solution, plaide-t-elle. C’est la seule chose à faire.

À un moment de sa carrière dans les FAC, Mme Whitecross a elle-même déposé une plainte. Je n’ai pas été particulièrement ravie du résultat, mais une enquête a eu lieu, concède-t-elle.

L’ancienne lieutenante-générale dit qu’il lui a fallu plus de 15 ans au sein de l’armée pour oser prendre la parole – pour elle-même, mais pour les autres aussi.

Aux membres des FAC qui ont été victimes d’actes répréhensibles, Mme Whitecross assure qu’ils ne sont pas seuls et que des mécanismes sont en place pour que ces gestes ne demeurent pas impunis.

Selon elle, un malentendu règne au sein des Forces armées; les membres ignorent vers qui se tourner. D'où l'importance de les éduquer davantage.

Il y a plus d'options qu’il y en avait par le passé. J’encourage donc les gens à porter plainte. Je ne peux pas imaginer à quel point c'est difficile, mais je rends hommage à ceux qui ont osé le faire.

D'après un texte de Raisa Patel, de CBC News

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