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Les travailleuses du sexe craignent les conclusions de l'enquête sur Pornhub

La page web de Pornhub.

Le site pornographique Pornhub, établi à Montréal, a été accusé d'héberger des vidéos explicites publiées sans le consentement des personnes impliquées.

Photo : Shutterstock

Radio-Canada

L’enquête sur le site pornographique Pornhub lancée par le Comité permanent sur l'accès à l'information, la protection de la vie privée et l'éthique de la Chambre des communes obtient son lot de critiques de la part des travailleuses du sexe. Elles craignent que les conclusions qui en seront tirées les pénalisent.

Le site pornographique Pornhub, établi à Montréal, a été accusé d'héberger des vidéos explicites publiées sans le consentement des personnes impliquées, notamment des images de viol présumé et d'agression sexuelle contre des enfants.

Et certains travailleurs du sexe ont peur maintenant d’en subir les contrecoups.

Par exemple, Sandra Wesley, la directrice de Stella, un groupe de défense des travailleuses du sexe à Montréal, déplore que le comité ait refusé d’entendre son témoignage.

La réponse que j'ai obtenue est que les travailleuses du sexe ne sont pas pertinentes dans ce débat.

Une citation de :Sandra Wesley, directrice de Stella

Le comité ne s'intéresse qu'à des cas de vidéos non consensuelles ou de rapports sexuels non consensuels diffusés sur ces plateformes, dit-elle.

Par contre, déplore-t-elle, certaines des personnes qui ont témoigné devant le comité avaient des liens avec des groupes religieux qui s'opposent aux relations sexuelles en dehors du mariage hétérosexuel ou sont des militants contre la pornographie.

Ainsi, la fondatrice de Traffickinghub, Laila Mickelwait, a récemment comparu devant le comité. Mme Mickelwait affirme que son organisation n'est pas religieuse et que son objectif est de tenir Pornhub responsable d'avoir permis l'exploitation massive des enfants, du trafic sexuel et du contenu non consensuel et d'en avoir tiré profit.

Traffickinghub reconnaît toutefois être appuyé par Exodus Cry, une organisation chrétienne qui s'oppose au secteur du sexe commercial pour des raisons religieuses et morales.

Jusqu'en 2016, Exodus Cry figurait sur une liste d’organisations recommandées par l'International House of Prayer, une église évangélique des États-Unis. Une porte-parole d'Exodus Cry, Lexie Smith, assure pour sa part que le groupe ne lui est pas officiellement affilié.

Un plus grand contrôle des travailleuses du sexe?

Jenn Clamen, la coordonnatrice nationale de l'Alliance canadienne pour la réforme des lois sur le travail du sexe, une coalition regroupant plus de 20 groupes, dont Stella, dit craindre que le comité recommande des règlements exigeant des travailleuses du sexe en ligne de fournir aux sites Internet où elles apparaissent plus de renseignements d'identification.

Mme Clamen s'inquiète de la manière dont ce type de données pourrait être utilisé. Des sites contenant des renseignements d'identification sur les travailleuses du sexe ont été piratés dans le passé, soutient-elle.

Il y a beaucoup de risques lorsque les gens travaillent dans ce secteur, rappelle-t-elle. Il y a toutes sortes de personnes, dans toutes sortes de professions différentes, qui ont commencé à faire du travail du sexe en ligne. Si l'un de leurs employeurs découvre qu'elles travaillent dans le secteur, elles risquent évidemment de perdre leur emploi.

Plusieurs mémoires déposés auprès du comité demandent d’ailleurs que les entreprises pornographiques soient obligées d'utiliser des tiers pour vérifier l'identité des personnes qui apparaissent dans les vidéos qu’elles diffusent.

Il est absurde d'envisager des réglementations supplémentaires sans comprendre comment elles auront un impact sur les gens du secteur sur le plan de la santé et de la sécurité.

Une citation de :Jenn Clamen, coordonnatrice nationale de l'Alliance canadienne pour la réforme des lois sur le travail du sexe

Des dizaines de demandes de témoignages

Le président du comité, Chris Warkentin, un député conservateur de l'Alberta, dit avoir reçu des dizaines et des dizaines et des dizaines de demandes pour avoir la possibilité de témoigner sur le sujet.

Il indique cependant que tous ne pourront pas être entendus.

Les membres du comité ont donné la priorité à ceux qu'ils voulaient entendre au départ. Cet examen est en cours et, à ma connaissance, ceux qui ne témoigneront pas n’en ont pas été officiellement informés, précise-t-il.

C’est pourquoi M. Warkentin encourage les personnes qui veulent s'engager dans le débat à déposer des mémoires écrits qui seront considérés comme des témoignages.

Sandra Wesley, de Stella, craint de son côté que les mémoires soient insuffisants pour attirer l'attention. Pour nous, la nécessité de témoigner verbalement devant le comité est extrêmement importante. Nous savons que notre mémoire sera ignoré, commente-t-elle.

Avec les informations de La Presse canadienne

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