•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Privé de tourisme et festivals, le français louisianais investit les réseaux sociaux

Les événements culturels et l’industrie touristique, très importants pour assurer la vitalité du français en Louisiane, ont été durement touchés par la pandémie. Des Louisianais ont donc trouvé d’autres moyens de partager leur amour de la langue.

Une affiche faisant la promotion du français à Arnaudville, en Louisiane.

Un rappel de l'héritage francophone de Louisiane à Arnaudville.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

« Tout de suite avec la pandémie, la fréquentation internationale s’est arrêtée net », explique Joseph Dunn, guide à la plantation créole Laura, à une heure de route de La Nouvelle-Orléans. 

Ce site historique, dont 30 % du public provient de l’étranger, offre des visites guidées en français, notamment à des touristes canadiens et français. 

Il faut qu'il y ait des raisons de travailler en français, que cette langue soit monétisée pour nous valoriser professionnellement, économiquement dans ce que nous essayons de faire, explique Joseph Dunn, très impliqué dans la promotion de la langue.

À défaut de statistiques officielles récentes, il estime à au moins 100 000 le nombre de personnes parlant toujours français dans son État.

Joseph Dunn est guide francophone à la plantation Laura, en Louisiane.

Joseph Dunn est guide francophone à la plantation Laura, en Louisiane.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Sans le soutien des visiteurs qui viennent consommer notre musique, nos sites historiques, on a vraiment de la difficulté à continuer.

Une citation de :Joseph Dunn, guide à la plantation créole Laura

Le tourisme n’est pas le seul secteur de l’économie louisianaise à avoir durement souffert des conséquences de la pandémie, l’industrie culturelle aussi. 

La plantation Laura, en Louisiane.

Une visite guidée à la plantation Laura, où la fréquentation internationale a grandement diminué depuis le début de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Cette année, les célébrations traditionnelles du Mardi gras ont été annulées. Depuis un an, le public a également été privé de concerts et de festivals, qui ont été contraints de se tenir virtuellement. 

Ç'a été difficile pour nous autres, raconte Ashlee Michot, une habitante d’Arnaudville au nord de Lafayette, dont le conjoint musicien a été privé de travail pendant de longs mois. 

Cette enseignante de français explique néanmoins que, malgré les obstacles causés par la pandémie, le confinement du printemps 2020 lui a permis de se consacrer davantage à l’apprentissage et au partage de sa langue. 

On n'a pas beaucoup de temps pour pratiquer notre français. L’une des premières choses que tu vas faire si tu as du temps, c’est d’étudier.

Une citation de :Ashlee Michot, résidente d’Arnaudville, en Louisiane
L'enseignante Ashlee Michot vit à Arnaudville, au nord de Lafayette.

L'enseignante Ashlee Michot vit à Arnaudville, au nord de Lafayette.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Pendant quelques semaines, avant le retour des élèves en classe, Ashlee Michot a profité de ses temps libres pour tenir des séances d’enseignement du français en direct sur le réseau Instagram, ce qui lui a permis de s’adresser à un public plus large qu’à l’habitude.

Si l’enseignante a cessé la pratique depuis la réouverture des écoles dans son État, d’autres promoteurs du français louisianais semblent avoir bien adopté le virage numérique. 

De nouveaux outils, un nouveau public

Astheur, brailler, se grouiller. Dans ses capsules vidéos, l’enseignant et poète Kirby Jambon explique à ses centaines d’abonnés la signification de certains termes qu’on peut entendre dans des conversations en français en Louisiane.

J’avais jamais fait ça avant. Mes premières capsules n’étaient pas les meilleures, admet celui qui a maintenant publié des dizaines de vidéos sur son compte Youtube, où il offre des leçons de français pour un auditoire débutant ou intermédiaire, en plus de partager occasionnellement des lectures de poèmes. 

Un an après la publication de la première capsule de Kirby Jambon, plus de 1700 personnes sont abonnées à sa page. Ses vidéos ont été consultées des dizaines de milliers de fois en Louisiane, mais aussi au-delà des frontières de l’État. 

L'enseignant Kirby Jambon, qui vit à Lafayette.

L'enseignant Kirby Jambon est particulièrement actif sur les réseaux sociaux depuis le début de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Parce qu'on était forcé de se mettre en contact virtuellement, on est arrivé à toucher vraiment d'autre monde. Dans un sens, parler avec des gens avec qui on n'aurait jamais eu la chance de parler avant. Dans ce sens-là, la pandémie a aidé.

Une citation de :Kirby Jambon

L’enseignant participe aussi à des groupes de conversation sur Facebook et Messenger, où des utilisateurs échangent des questions et des conseils à propos de l'utilisation du français louisianais.

Pendant la pandémie, certains mots du vocabulaire français se sont aussi invités sur la plateforme TikTok. 

J’ai commencé à publier sur TikTok parce que nous nous ennuyions, explique Eric DeSoto, un habitant du sud de la Louisiane.

Sur le réseau social, cet anglophone dont les grands-parents parlaient français publie des capsules sur la Louisiane et son héritage cajun, par exemple en présentant à son auditoire des mots qui demeurent répandus, y compris dans des conversations en anglais.

Une capsule d'Eric DeSoto sur TikTok.

Une capsule d'Eric DeSoto sur TikTok.

Photo : Capture d'écran

Son compte est aujourd’hui suivi par 240 000 personnes et, tout comme Kirby Jambon, il réussit à intéresser des gens qui ne vivent pas tous dans son État.

Je reçois énormément de messages du Canada, surtout de Nouvelle-Écosse, raconte Eric DeSoto, qui explique que des abonnés de cette province voient des parallèles entre les pans de culture cajun qu’il partage et la leur.

Le Louisianais, qui a récemment lancé son balado, entend poursuivre la publication de capsules même une fois que la pandémie sera chose du passée. 

Ashlee Michot, qui a brièvement tenté l’expérience du partage numérique de la culture, ne cache pas son impatience quant à la possibilité de retrouver les grands événements sociaux où l’on échange et l’on chante en français.

Je crois que les premiers festivals et Mardi gras après tout ça, ça va être si joyeux. Je crois qu'on va vraiment faire la fête, lance-t-elle, le sourire aux lèvres.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !