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Peu d'Autochtones parmi les hauts gradés de la GRC, selon de nouvelles données

Stephen Gloade est dehors en hiver, debout devant une statue d'un cheval de la police montée.

Stephen Gloade est un Micmac de la Première Nation de Millbrook, en Nouvelle-Écosse. Aujourd'hui à la retraite, il est l'un des rares Autochtones à avoir travaillé dans les rangs de la GRC.

Photo : CBC / Kirk Fraser

Radio-Canada

Parmi les hauts gradés de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), les Autochtones et les minorités visibles sont encore peu présents, selon des données obtenues par CBC en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

La plupart des provinces et territoires comptent ainsi moins de 10 officiers brevetés issus de ces communautés.

Lorsqu'une division de la GRC compte moins de 10 officiers brevetés, l'agence ne publie pas les données concernant le genre ou l'origine, par souci de protection des données d'auto-identification des employés.

Les nouvelles données datant du mois d'avril 2020 dressent une image particulièrement blanche de certaines divisions.

Officiers brevetés (rang d'inspecteur ou supérieur) de la GRC

Celles de Terre-Neuve-et-Labrador, de l'Île-du-Prince-Édouard et du Nunavut ne comptent ni officier autochtone ni officier issu d'une autre minorité visible.

En contraste avec cette donnée, 86 % de la population du Nunavut est composée d'Autochtones.

La Colombie-Britannique est la seule à briser la règle des moins de 10 officiers autochtones, ce qui explique la publication de données précises pour cette province. Elle compte 13 officiers autochtones, soit 7,4 % des membres de ses rangs supérieurs.

Mise au point : Le tableau dans une version précédente de ce texte pouvait porter à confusion, puisqu'il parlait d'agents de la GR plutôt que d'officiers. Le tableau a été corrigé.

Être Autochtone à la GRC

Stephen Gloade, 48 ans, a quitté la police nationale en 2019. Il est l'un des rares membres autochtones de la GRC à avoir gravi les échelons pour devenir officier.

Toutefois, à ce jour, les circonstances de sa promotion lui restent sur le cœur.

Micmac de la Première Nation de Millbrook, en Nouvelle-Écosse, il a commencé sa carrière à Halifax en tant que membre ordinaire de la police nationale. Dans sa province, il a tenté sa chance pour obtenir une promotion.

Les choses ne se sont toutefois pas passées comme il l'aurait voulu.

En 1994, Stephen Gloade et quelques-uns de ses collègues séjournaient dans un dortoir de l'Université Dalhousie, à Halifax, à l'occasion d'une conférence internationale de la GRC. Les membres du personnel affectés au ménage ont affirmé que la chambre était trop sale, en ne mentionnant que son nom.

Stephen Gloade, persuadé que l'accusation était fondée sur le racisme, a essayé de se défendre auprès de son superviseur et du doyen de l'Université, les invitant même à inspecter la chambre. Son superviseur a simplement découragé Stephen Gloade de réclamer des excuses de la part de l'Université. Jamais je ne laisserais ce genre de chose arriver à quelqu'un d'autre, explique ce dernier.

Je ne tolère pas le racisme. Et, parfois, pour changer la donne, il faut être sur la plus haute marche du podium.

Une citation de :Stephen Gloade, ancien officier de la GRC

Après cet incident, il a essayé de percer les prochains rangs en Nouvelle-Écosse, mais la seule possibilité qui s'est offerte à lui était à Regina, une situation moins qu'idéale.

Je ne suis pas Ojibwé, ni Cri, ni Saulteaux, explique Stephen Gloade, en faisant allusion à certaines Premières Nations de la Saskatchewan.

C'est comme demander à un prêtre catholique de donner la messe dans une église protestante. Cela ne va pas fonctionner.

À cette époque, en Saskatchewan, aucun Autochtone n’était dans la file d'attente pour recevoir une promotion de la GRC. Même s'il arrivait de l'est, Stephen Gloade s'est dit que le fait d'avoir une voix autochtone était déjà mieux que rien. Dans la division de Regina, il est devenu inspecteur.

Avec du recul, Stephen Gloade estime que sa promotion reflète des problèmes qui persistent au sein des forces policières. D'après lui, celles-ci mettent souvent dans le même sac les 630 communautés des Premières Nations au Canada.

Même s'il est fier de ce qu'il a accompli à la GRC, il est impossible pour lui de recommander une pareille carrière à ses amis et à sa famille.

C'est difficile de vendre quelque chose quand tu as toi-même parfois de la difficulté à croire en cette chose.

Plus ça change, plus c'est pareil

Carolyn Wagner, non plus, n'encouragerait pas ses proches à travailler pour la police fédérale. Elle évoque un milieu de travail masculin où il était difficile de dénoncer des actes racistes ou discriminatoires. C'est pourquoi elle réclame le changement.

En 1986, quand elle est devenue gendarme, Carolyn Wagner était pourtant pleine d'espoir. Elle venait de quitter un poste décevant au sein des Forces armées canadiennes.

La tunique rouge emblématique symbolisait pour elle un nouveau chapitre professionnel, plutôt que le sombre chapitre qu'incarne aujourd'hui la GRC aux yeux de nombreux peuples autochtones.

Carolyn Wagner tient une photo d'elle et d'un ancien collègue.

Carolyn Wagner tient une photo qui lui reste de l'époque où elle était gendarme. À cause d'une série de mauvais souvenirs, elle a choisi de brûler une grande partie des photos qu'elle possédait.

Photo : CBC / Peter Evans

Le rôle qu'ont joué les gendarmes à l'époque des pensionnats n'est pas enseigné à l'école de la GRC, dit Carolyn Wagner. La police nationale s'est plutôt donné une allure de salvatrice des peuples autochtones.

En 2000, Carolyn Wagner travaillait pour la division albertaine dans la région de Drayton Valley, dans le sud de la province.

Peu à peu, elle s'est mise à tisser des liens avec des membres de la réserve Blood et de la Première Nation des Pieds-Noirs. C'est à ce moment-là qu'elle a davantage pris conscience des grossièretés utilisées par certains de ses collègues à leur égard.

Elle se souvient de la réaction de certains collègues qui avaient été invités à une formation de sensibilisation culturelle en 1999.

Des gens avaient répondu : ''Je n'irai pas à un cours qui dit de faire des câlins aux Indiens'', raconte-t-elle.

Une autre fois, deux de ses collègues ont imité une danse cérémoniale autochtone alors qu'elle était au téléphone en train de parler de son projet d'assister à une danse sacrée du soleil, ou Sundance en anglais.

L'un d’eux était son superviseur, qui était caporal. Carolyn Wagner se rappelle que cette personne utilisait régulièrement le « mot en n » pour désigner un employé de la GRC qui était originaire de la Jamaïque.

L'ancienne policière dit avoir longtemps essayé d'ignorer le racisme, mais qu'elle n'en pouvait plus. En 2001, elle a quitté son emploi.

À moins que [la GRC] embauche plus de personnes autochtones, issues des minorités visibles, de femmes, et qu'on leur donne des postes de pouvoir, je ne vois pas comment les choses peuvent changer.

Une citation de :Carolyn Wagner, ancienne gendarme

Carolyn Wagner s'est débarrassée de presque tous les objets, photos et souvenirs liés à sa carrière de 15 ans au sein de la police. Elle a même formé une grosse pile qu'elle a brûlée dans sa cour arrière.

Ça m'a donné un sentiment de pouvoir, lance-t-elle.

La GRC et Ottawa non disponibles

La GRC a refusé les demandes de CBC qui souhaitait parler à la commissaire Brenda Lucki.

Cependant, la police a envoyé une déclaration écrite affirmant qu'elle a bout but d'offrir dans chaque coin du pays des services policiers compétents et qu'elle le fera de manière professionnelle et avec respect.

Dans sa déclaration, la GRC ajoute qu'elle a créé une stratégie sur l'équité, la diversité et l'inclusion qui s'attaquera au racisme et à la discrimination.

Brenda Lucki parle au micro.

La commissaire de la Gendarmerie royale du Canada, Brenda Lucki.

Photo : CBC

La police fédérale n'a toutefois pas indiqué sa stratégie à CBC/Radio-Canada. Sur son site web, elle écrit que des consultations sur l'équité en matière d'emploi sont en cours pour lancer ladite stratégie d'ici 2022.

CBC a également voulu s'adresser à Carolyn Bennett et à Bill Blair, respectivement ministre des ministères des Relations Couronne-Autochtones et ministre de la Sécurité publique.

Le ministère des Relations Couronne-Autochtones a renvoyé la demande d'entrevue à celui de la Sécurité publique. Une porte-parole de ce dernier a ensuite répondu que Bill Blair n'était pas disponible.

Dans une lettre de mandat envoyée en janvier 2021, le bureau du premier ministre Justin Trudeau avait donné pour mission à Bill Blair de résoudre les inégalités systémiques dans les forces de l'ordre.

Avec les informations de Raffy Boudjikanian, de CBC

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