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Un an de pandémie à travers les yeux de Yannick Nézet-Séguin

Yannick Nézet-Séguin sur le plateau.

Malgré une année éprouvante, le chef d'orchestre reste optimiste et ressent le désir du public de retourner dans les salles de spectacle et de concert.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Un an après la « mise sur pause » du Québec par le gouvernement Legault en raison de la pandémie de COVID-19, les arts de la scène demeurent dans une situation précaire. La journaliste-présentatrice Céline Galipeau s’est entretenue avec Yannick Nézet-Séguin, directeur artistique et chef principal de l’Orchestre métropolitain. Retour sur le chemin parcouru depuis le début de la crise et regard vers l’avenir.

Cette entrevue a été réalisée dans le cadre d’une émission spéciale animée par Céline Galipeau, Une (autre) vie (Nouvelle fenêtre), diffusée jeudi soir en direct du Théâtre Denise-Pelletier, à Montréal. Elle a été éditée et condensée à des fins de clarté.

Céline Galipeau : Il y a beaucoup d’artistes qui songent à abandonner leur carrière dans la musique. La Guilde des musiciens et musiciennes du Québec a fait un sondage qui dit que plus de la moitié de ses membres songe ou envisage de laisser tomber. Il y en a à peu près 20 % qui ont déjà décidé d'abandonner.

Yannick Nézet-Séguin : C’est dramatique. Une crise comme celle qu’on vient de vivre au cours des 12 derniers mois, ça nous met encore en face de la fragilité de notre milieu culturel, de la fragilité des artistes. On a une aide au Québec ici qui est très appréciable, et il faut savoir être reconnaissant quand on se compare à d’autres pays. Mais cette aide-là, elle va le plus souvent aux institutions. Les institutions paient leurs artistes, c’est sûr, mais il y a un écosystème autour : il y a des artistes pigistes, il y a des artisans, il y a des gens qui travaillent dans les festivals l’été. C'est une richesse culturelle.

Ça a un effet d’entraînement incroyable, ce qui vient de se passer. C’est ce qui m’a inquiété depuis le début et qui m’a motivé à travailler comme je l’ai fait, pour essayer à ma façon de garder ça en vie le plus possible.

C.G. : Vous avez beaucoup travaillé durant la pandémie, vous avez été créatif.

Y. N.-S. : En fait, quand on est un directeur artistique, quand on est un chef, on est comme une locomotive. Donc derrière soi, il y a plein de wagons, et si moi je mets la main à la pâte avec mes équipes, c’est pour faire travailler les gens autour et profiter au maximum des opportunités qu’on nous a données dans le milieu culturel ici.

On parle beaucoup des services [depuis le début de la pandémie]. La musique, l’art, le théâtre, la littérature : ce sont des services, même si je n’oserais pas dire qu’on est essentiels comme quelqu'un qui donne des soins de santé.

Yannick Nézet-Seguin face à Céline Galipeau.

Yannick Nézet-Séguin rappelle qu'il ne faut pas oublier l'écosystème entourant les institutions culturelles : artistes pigistes et artisans, notamment.

Photo : Ivanoh Demers

C.G. : Pourtant, pour nous, les musiciens sont tellement essentiels. On n’a jamais autant réalisé qu’ils nous manquaient.

Y. N.-S. : Si on avait dit : "Pendant votre confinement, vous êtes privés aussi d’écouter de la musique, de regarder la télévision, de voir des séries, de lire des romans…" Dans ce sens-là, oui, c’est essentiel. Mais tout cela ne vit qu’à cause des artistes et ça, parfois, peut-être qu’on l’oublie. Ça prend des gens derrière tout ça, même dans le numérique. Il faut les nourrir ces gens, il faut les cultiver.

C.G. : On espère tous pouvoir retourner voir des concerts, des spectacles, du théâtre. Mais est-ce qu’on va reprendre comme c’était avant, d’après vous? Est-ce que le monde des arts de la scène va être le même?

Y. N.-S. : Bon, c’est sûr que je suis de nature optimiste, mais je sens l’envie du public de revenir dans les salles. C’est sûr qu’il y aura une période de crainte : je vais l’appeler le crescendo. On a été pianissimo trop longtemps. J’attends le crescendo pour qu’on puisse retrouver notre public.

Mais ce qui va changer, c’est, par exemple, ce qui est arrivé dans nos programmations. On a dû les détruire ces programmations, parce que tout s’est écroulé d’un jour à l’autre, il y a un an. En reprogrammant, ça nous a donné l’opportunité d’ouvrir et d’accélérer des conversations bien nécessaires, qui auraient dû se passer il y a bien longtemps, quant à la diversité de nos programmations, à la représentativité, à l’inclusion, aux ponts qui se font entre les formes d’art.

« Moi, ce qui me motive, ce sont les ponts, pas les murs. »

— Une citation de  Yannick Nézet-Séguin, sur les collaborations interculturelles

Avoir des collaborations entre le théâtre et les orchestres, entre un artiste de rue et un humoriste, avoir des collaborations interculturelles... Ça, je pense que ça va rester.

C.G. : Pensez-vous que le numérique est là pour rester?

Y. N.-S. : Le numérique peut rester et peut vivre seulement si l’art vivant reste. Le contact avec le public, le fait de performer, d’échanger, ce moment magique qu’il y a dans une salle, ou même dans un cinéma; il y a là une interaction que le numérique ne peut pas remplacer.

Mais le numérique a pu nous aider à développer un outil de plus – et d’ailleurs, en musique classique, il était temps – pour rejoindre un public qui ne vient pas normalement dans nos salles. Et on s’est rendu compte, à l’Orchestre métropolitain, qu’on rejoint un nouveau public avec nos présentations numériques. On a bien l’intention de les garder, mais ça ne peut pas être que numérique; ce n’est pas la même magie et, surtout, le numérique peut exister seulement si on est ensemble.

C.G. : Qu’est-ce qu’il va falloir faire pour que les artistes soient considérés comme étant plus essentiels?

Y. N.-S. : D’abord, je parlerais du statut de l’artiste. C’est quelque chose qui existe plus en Europe, où il existe des façons de payer l’artiste pour qu’il puisse vivre de son art et créer. On est presque là, je trouve, au Québec. On a plein de programmes, mais on n’a pas encore trouvé un moyen de s’assurer de la pérennité des artistes.

« La société qu’on bâtit, c’est comme un édifice avec des briques. La culture, ce n’est pas une brique, c’est le mortier entre les briques, c’est ce qui tient tout ça ensemble. La culture est partout, c’est le reflet de ce qui se passe. »

— Une citation de  Yannick Nézet-Séguin

Dans cette reprise qui s’amorce, c’est l’art qui va nous aider à nous sortir de la crise. C’est l’art qui va nous permettre cet exutoire, cette façon de se rappeler ce qui s’est passé. D’avoir des chanteuses qui trouvent des hymnes à nous chanter, d’avoir de nouveaux romans, des pièces de théâtre pour non seulement documenter ce qui s’est passé, mais pour nous amener ailleurs collectivement, pour notre santé mentale collective.

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