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L'industrie touristique acadienne redoute un autre été sans Québécois

Un phare décoré aux couleurs acadiennes au coucher du soleil.

La présence de touristes québécois constitue un apport économique important chaque année en Acadie.

Photo : Getty Images / Vladone

Dans la péninsule acadienne au Nouveau-Brunswick, ce sont les Québécois qui gardent en vie l'industrie touristique. Un deuxième été sans visite des voisins s'annonce catastrophique sur le plan économique. Si certains plaident pour l'abolition de la frontière sanitaire avec le Québec, d'autres sont résignés à lutter pour leur survie.

Raynald Basque nous prévient lorsqu’on entre chez lui. Son atelier de peinture est un capharnaüm. Ses toiles, aux couleurs vivantes, inspirées de scènes locales d’autrefois, sont éparpillées parmi les rayons de soleil qui entrent par les fenêtres du deuxième étage de sa maison.

À travers ses œuvres se trouvent quelques guitares. Pour la première fois en 50 ans, en raison de la pandémie de COVID-19, l’artiste multidisciplinaire n’a pas pu faire la tournée de la famille Basque.

Un homme assis sur un tabouret pose dans son atelier.

Raynald Basque est auteur, scénariste, directeur artistique, créateur de décors, acteur et chanteur pour le spectacle de variétés humoristique La famille Basque.

Photo : Radio-Canada / Maude Montembeault

En chantant 1953, une pièce écrite et composée récemment en s’inspirant de son année de naissance, il confie que jouer devant un public est ce qui lui manque le plus. Les festivals musicaux et d’arts visuels ont grandement souffert de la crise sanitaire. Et, par le fait même, l’économie locale.

Tous les festivals dans la région ont été extrêmement, extrêmement affectés. Une deuxième saison comme ça... Je ne sais pas ce qui va arriver, s'interroge-t-il.

Dans la péninsule acadienne, l’inquiétude est palpable. C’est que 70 % des touristes sont habituellement des Québécois. En fermant la frontière de la province, le Nouveau-Brunswick a fait mal à l'économie de la région. Un deuxième été sans les voisins ne pourra être sans conséquence.

Raynald Basque préfère, pour le moment, vivre dans le déni. Je préfère ne pas croire à une deuxième saison comme celle-là. On va prier le Bon Dieu pour que ça n'arrive pas.

Industrie du tourisme en mode survie

Tout près de chez lui, au restaurant Le Caraquette, le gérant, Marc Godin, est déjà résigné. Il se dit en mode survie, puisque ses revenus ont fondu de 50 % depuis mars 2020. Il tient bon, pour lui, mais également pour sa communauté.

Un restaurateur se tient derrière son bar.

En plus de gérer le restaurant Le Caraquette, Marc Godin est aussi copropriétaire du restaurant Chez Isa.

Photo : Radio-Canada / Maude Montembeault

C’est nous qui sommes le poumon économique. On n'a pas de multinationales dans la péninsule acadienne. Il va y avoir quelques grandes entreprises, mais il reste que le gros de l'entrepreneuriat, la vivacité économique, c'est monsieur et madame Tout-le-Monde. Des gens qui prennent des risques.

Une citation de :Marc Godin, gérant du restaurant Le Caraquette

Les taux d'occupation dans les hôtels ont chuté, variant entre 20 et 39 % l'été dernier. Des propriétaires de gîtes ont décidé de ne pas ouvrir. Chez Tante Estelle, on songe à fermer définitivement. Il n'y a pas de touristes, donc ça ne donne absolument rien, lance la propriétaire.

Un couple assis à une table.

Pendant 28 ans, Roger et Estelle Henri ont géré le gîte « Chez Tante Estelle » où ils accueillaient principalement des Québécois.

Photo : Radio-Canada / Maude Montembeault

À 74 et 71 ans, Estelle et Roger Henri veulent aussi se protéger du coronavirus. Ils craignent que l'offre de gîtes soit beaucoup moins grande après la pandémie.

Je ne dirais pas 15 gîtes à Caraquet, mais il y en avait au moins 10. Ça, c'est sûr, sûr, sûr. Mais là, après ça, ils vendent le gîte. On ne sait pas si l'autre va ouvrir.

L’industrie touristique au Nouveau-Brunswick a généré des retombées économiques annuelles de 1,6 milliard de dollars en 2019.

On a besoin des francophones québécois

À Caraquet, rares sont les entrepreneurs ou les acteurs de l’industrie touristique qui osent réclamer haut et fort l’ouverture des frontières permettant le retour des touristes québécois.

C’est assez mitigé parce que plusieurs ont le même raisonnement que moi, nous ne sommes pas des médecins, explique Julien Haché, coordonnateur marketing à Tourisme Péninsule acadienne.

Il ne nie cependant pas que les répercussions risquent d’être dramatiques si l’été prochain et celui de 2022 ressemblent au précédent. Certaines entreprises touristiques pourraient connaître des difficultés qui, malheureusement, pourraient être un point de non-retour.

Raynald Basque fait exception à plusieurs niveaux. Financièrement, il s'en tire plutôt bien grâce à la vente de ses toiles. Et, contrairement à d’autres, il ose lancer un cri du cœur : On a besoin des francophones québécois pour grossir la fête.

Pour que cette fête ait lieu et puisse relancer l'économie, il plaide pour le retour des touristes québécois dès cet été.

Un peintre manie le pinceau sur une toile.

Raynald Basque peint dans son atelier.

Photo : Radio-Canada / Maude Montembeault

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