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Le ministre Sajjan se défend vigoureusement d'avoir voulu protéger le général Vance

Le ministre Sajjan devant des drapeaux canadiens.

Le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan

Photo : Shutterstock / Art Babych

Le Comité permanent de la Défense nationale des Communes a de nouveau bombardé de questions le ministre Harjit Sajjan, vendredi après-midi, au sujet des allégations d'inconduite sexuelle qui pèsent contre l'ancien chef d'état-major des Forces armées canadiennes (FAC) Jonathan Vance. Le ton a même monté à quelques occasions.

Des députés du Parti conservateur et du Nouveau Parti démocratique (NPD) ont laissé entendre que le ministre aurait pu fermer les yeux sur les agissements du général Vance parce que les deux hommes, dépêchés en Afghanistan à la même période, se connaissent depuis plusieurs années; des sous-entendus qui ont fait sortir de ses gonds le principal intéressé.

S'il vous plaît, a demandé le ministre à la présidente du Comité, ne permettez pas à d'autres députés de définir mon expérience, mon service au sein des Forces.

Je n'aime pas que d'autres hommes me disent quel a été mon vécu, a-t-il poursuivi, ajoutant que beaucoup d'hommes blancs agissaient ainsi en vers lui.

Je peux vous garantir – et je suis désolé d'être en colère – que, quel que soit son rang, je ne me gênerais pas pour donner suite à des allégations d'inconduite sexuelle [visant un militaire], a assuré le ministre, qui a précisé que lors de son déploiement en Afghanistan, le général Vance n'était pas son ami, mais bien son supérieur.

L'opposition lui reproche néanmoins de ne pas avoir pris au sérieux les allégations relatives à la conduite de l'ancien chef d'état-major, d'autant plus que celles-ci avaient été portées à son attention dès 2018.

Sajjan promet de créer un mécanisme indépendant pour les plaintes d'inconduite

Sajjan savait depuis trois ans

Le ministre Sajjan est sur la sellette parce que sa version des faits a changé depuis sa première comparution devant le Comité permanent de la Défense nationale, le 19 février.

Contrairement à ce qu'il prétendait le mois dernier, le ministre a admis d'entrée de jeu, vendredi, qu'il savait depuis le 1er mars 2018 que des allégations planaient contre le général Vance. C'est l'ancien ombudsman des FAC Gary Walbourne qui lui en avait fait part.

Or, les deux hommes ne s'entendent pas sur ce qui aurait dû être fait à la suite de cette rencontre.

Lors de sa propre comparution, la semaine dernière, l'ex-ombudsman Walbourne a notamment reproché au ministre Sajjan d'avoir refusé de voir les preuves qu'il souhaitait lui présenter et d'avoir mis au fait le Bureau du Conseil privé, alors qu'il lui avait expressément demandé de garder l'affaire confidentielle.

C'est au contraire précisément ce qu'il fallait faire, a soutenu le ministre vendredi, martelant que les politiciens n'ont pas à se mêler des enquêtes portant sur des inconduites sexuelles. Le faire aurait pu être interprété comme de l'ingérence, a-t-il répété. Selon lui, l'ombudsman avait déjà toute la latitude voulue pour mener l'enquête.

Justin Trudeau portant un masque avec une feuille d'érable.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, défend son ministre de la Défense dans le dossier des allégations sexuelles portées contre l'ex-chef d'état-major Jonathan Vance.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Et le premier ministre Trudeau est d'accord pour dire que M. Sajjan n'a rien à se reprocher.

Il y a trois ans, quand l'ombudsman est allé voir le ministre de la Défense pour dire qu'il y avait des allégations contre le chef de l'état-major, le ministre a, de façon extrêmement appropriée et correcte, dit : "Tu dois amener ça à des instances indépendantes qui ont la capacité de faire l'enquête", a-t-il relaté vendredi.

Mis au fait des allégations, le Bureau du Conseil privé aurait par la suite référé celles-ci à des instances, a poursuivi M. Trudeau, sans donner plus de précisions.

On n'était pas au courant des détails de ces allégations, a répété le premier ministre. Ce n'est qu'après la diffusion du reportage de Global News que lui et son personnel en ont pris connaissance, a-t-il réitéré.

Selon Global, le général Vance aurait entretenu pendant plusieurs années une liaison continue avec une subalterne, ce qui est proprement interdit dans les FAC. Cette relation aurait commencé il y a plus de 10 ans et se serait poursuivie après qu'il fut devenu chef d'état-major, en 2015. Le général Vance aurait aussi envoyé un courriel obscène à une militaire beaucoup plus jeune que lui en 2012.

Le problème, au fond, c'est qu'il n'y a pas de mécanisme pour enquêter sur le plus haut gradé des FAC, a expliqué de son côté le lieutenant Raymond Trotter au Comité permanent de la Défense nationale.

Toujours selon Global, cet officier de la Marine royale canadienne aurait reçu des menaces anonymes après avoir fait part, le mois dernier, d'une allégation d'inconduite visant cette fois le successeur du général Vance à la tête des FAC, l'amiral Art McDonald, qui s'est temporairement retiré de ses fonctions par la suite.

Alors qu'il aurait voulu rapporter une autre allégation, le lieutenant Trotter aurait été carrément dénigré par un supérieur. Une personne sénior a levé le ton en disant que j’avais mal agi et que j’avais ruiné la carrière de quelqu’un pour rien, a-t-il raconté au Comité vendredi.

Les conservateurs ont accusé le gouvernement libéral d'être derrière ces menaces présumées, une accusation que le cabinet du ministre de la Défense a fermement rejetée.

La police militaire a ouvert deux enquêtes distinctes sur les allégations visant le général Vance et l'amiral McDonald.

Le gouvernement libéral promet également de mener un examen plus large qui répondra à toutes les plaintes d’inconduite sexuelle dans l’armée. Nous irons de l'avant avec un organe d'enquête indépendant, a promis Harjit Sajjan vendredi.

Devant l'Institut de la Conférence des associations de la défense, en avant-midi, le ministre a admis que la confiance a été brisée au sein de l'armée depuis qu'ont éclaté les allégations d'inconduite sexuelle contre le général Vance et l'amiral McDonald.

Devant le Comité permanent de la Défense nationale de la Chambre des communes, il a également qualifié d'inadmissible l'ingérence des officiers dans les enquêtes d'agressions sexuelles rapportée jeudi par l'émission Fifth Estate de CBC, le réseau anglais de Radio-Canada.

Avec Philippe-Vincent Foisy, Laurence Martin, Christian Noël et La Presse canadienne

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