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Un an de pandémie en tant que journalistes

Un homme regarde son ordinateur.

Le journaliste Philippe de Montigny durant une entrevue réalisée par vidéoconférence depuis son appartement.

Photo : Radio-Canada

Le 17 mars marque un an depuis que l’Ontario a déclaré l’état d’urgence sanitaire en raison de la pandémie de COVID-19. Un an plus tard, après de multiples confinements et autres restrictions, plusieurs journalistes de Radio-Canada Ontario racontent comment les différentes mesures ont changé la pratique de leur métier.


L’adaptation au télétravail

Pour moi, la pandémie a tout changé, lance d’entrée de jeu l’animatrice de l’émission Le Matin du Nord, Martine Laberge. La mise en place du télétravail a été, comme pour tous, l’une des premières mesures adoptées par Radio-Canada au début de la crise sanitaire. Pour Martine, qui animait toutes ses émissions depuis le studio de Sudbury, cela voulait dire animer depuis son domicile de Hearst.

Une femme avec un casque et un micro assise à son bureau devant trois ordinateurs.

Martine Laberge anime l'émission Le Matin du Nord depuis chez elle, à Hearst.

Photo : Radio-Canada

Évidemment, les moyens techniques ont dû être adaptés. Le studio s’est installé dans son salon, avec un micro, un ordinateur, mais aussi quelques outils moins communs comme une protection de surtension, parce que dans le Nord, parfois, on peut manquer un peu d’électricité, souligne-t-elle avec humour.

La salle des nouvelles a également dû s’adapter. Les rédacteurs Web ont été les premiers à travailler de chez eux, depuis un ordinateur portable et un réseau privé virtuel. Ils ont été plusieurs dans nos équipes à avoir déménagé depuis le début de la pandémie, selon le réalisateur responsable du numérique, Pierre-Mathieu Tremblay. Toutes les habitations n’étaient pas adaptées à un travail à domicile.

Pour les reporters, il a fallu les équiper davantage. Éclairage, microphones, trépieds et perches font désormais partie de l’arsenal de tout journaliste terrain, obligé de faire des directs à la télévision et à la radio depuis chez eux, via vidéoconférence, ou depuis la rue d’en bas ou le parc d’en face, grâce à leur téléphone cellulaire.

Toucher les gens... à distance

Pour Philippe de Montigny, journaliste économique, le rythme de travail s’en est trouvé accéléré. En pouvant faire des entrevues sur des plateformes comme Zoom ou Skype, ça nous permet d’en faire en rafale, explique-t-il.

Zoom est devenu le meilleur ami des journalistes.

Une citation de :Philippe de Montigny, journaliste économique

Car force est de constater que les entrevues via vidéoconférence sont devenues la norme. Si on perd en qualité, estime Philippe, on gagne en rapidité au niveau de la production. On peut par ailleurs joindre des personnes qui vivent plus loin, ajoute Jimmy Chabot, le fureteur nord-ontarien.

Mon rôle, c’est d'entrer dans les foyers des gens pour comprendre leur histoire, dit-il. Lui a trouvé une autre technique pour obtenir des témoignages : demander aux gens de se filmer eux-mêmes ou de se faire filmer par des proches à l’aide de téléphones intelligents.

Et la beauté d’Internet, c’est aussi de supprimer la distance. Les journalistes ont pu contacter des gens géographiquement plus éloignés sans avoir besoin de s’y rendre. Je me suis rendu deux fois à Red Lake pendant la pandémie grâce au téléphone cellulaire, et pourtant, c’est à 15 h de route de Timmins, cite-t-il en exemple.

Certains sujets plus durs à couvrir

Toutefois, comme le note Myriam Eddahia, ça fait en sorte qu’on ne peut pas être aussi proche des gens, qu’on ne peut pas les rencontrer aussi étroitement qu’on le souhaiterait. Travailler sur des sujets concernant les sans-abri, par exemple, représente un défi. Visiter un refuge n’a pas été possible, dit-elle.

C’est sûr qu’il n’y a pas cette proximité, cette vulnérabilité, qu’on a en personne.

Une citation de :Myriam Eddahia, reporter

Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas couvrir ces sujets, assure-t-elle toutefois, expliquant qu’elle a pu faire une entrevue, à distance, avec un itinérant relogé dans un hôtel durant la pandémie.

Une journaliste en entrevue à distance.

La journaliste Myriam Eddahia raconte que la proximité des entrevues lui manque mais que les histoires se racontent tout de même, différemment.

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Miguel Lachance, rédacteur Web dans le nord de l’Ontario, souligne par ailleurs que l’inspiration peut être parfois plus dure à trouver.

C'est super difficile de trouver des idées de reportage quand on est enfermé chez soi.

Une citation de :Miguel Lachance, rédacteur Web

Il a déménagé de Thunder Bay à Sudbury durant la pandémie, et le confinement ne l’a pas aidé à se faire des contacts ou à rencontrer la communauté, deux choses importantes pour un journaliste.

Même combat pour Elvis Nouemsi Njike, qui lui, est parti de Toronto pour devenir reporter à Windsor. Je n’ai pas de contact aussi récurrent que je souhaiterais avec la communauté, et le journalisme, c’est un métier de proximité , explique-t-il.

Les tribunaux

Enfin, pour certains types de journalisme, d’autres défis ont été rencontrés. Pour les journalistes, ç'a été très difficile de faire respecter le principe des tribunaux transparents et ouverts, juge le spécialiste des affaires judiciaires, Jean-Philippe Nadeau.

Il faut que les salles d’audience soient ouvertes au public, pandémie ou non, explique-t-il. Or, un an après le début de la pandémie, certains tribunaux sont encore difficiles d’accès. Il faut appeler le matin même d’une audience pour obtenir un code de réunion Zoom ou un numéro de téléphone pour la suivre en ligne. Et parfois, ça arrive même qu’un registraire donne le mauvais mot de passe ou la mauvaise salle d’audience.

Le plus grand danger demeure le fait qu’il arrive parfois que les médias soient refusés dans une salle d’audience et ça, c’est complètement inacceptable dans un état de droit et dans une démocratie comme le Canada.

Une citation de :Jean-Philippe Nadeau, journaliste

Pour Jean-Philippe, rien ne remplacera une audience en personne dans le prétoire. Avant la pandémie, si je ne comprenais pas quelque chose, je pouvais apostropher la défense ou la Couronne à l’heure de la pause, par exemple, ou ne serait-ce que parler avec la sténographe pour obtenir l’épellation correcte du [nom du] prévenu, raconte-t-il.

Un journaliste confiné en télétravail.

Le journaliste spécialiste des affaires judiciaires, Jean-Philippe Nadeau, estime que la pandémie a rendu parfois difficile l'accès à certaines audiences pour les médias.

Photo : Radio-Canada / AVEC L'AUTORISATION DE JEAN-PHILIPPE NADEAU

Il ajoute qu’il est aujourd’hui impossible pour lui de s’objecter, par exemple, à un interdit de publication. D’ordinaire, même si c’est rare, il pourrait se lever dans la salle et présenter son point de vue au juge. Désormais, les journalistes n’ont pas le droit d’être en ligne visuellement, donc il faudrait faire une demande auprès du registraire et la demande du journaliste sera entendue le lendemain. D’un point de vue de la démocratie, c’est plus difficile, estime donc Jean-Philippe Nadeau.

Les défis de production

Utiliser certains outils depuis la maison, ralentit parfois le travail, note par ailleurs Elvis. Car pour réaliser des reportages, de nombreux logiciels sont parfois nécessaires pour le montage audio et vidéo par exemple, dont certains doivent être connectés via un réseau privé virtuel.

Quand il y a des milliers d’utilisateurs à travers le pays qui sont sur le serveur en même temps… Parfois ça plante! confirme Philippe de Montigny.

Au cours des mois, les journalistes ont également dû recourir à leur inventivité dans certaines situations. Au début de la pandémie, je me servais des moyens du bord pour avoir une perche parce que le matériel n’était pas encore arrivé, se souvient Jimmy Chabot. C’est donc avec un micro fixé au bout d’une pagaie qu’il a réalisé ses premières entrevues en distanciation physique.

Un journaliste a placé un micro au bout d'une pagaie pour faire une entrevue à distance.

Avant que Jimmy Chabot ne reçoive une perche pour faire des entrevues à distance, il a dû utiliser les moyens du bord, en l'occurence, une pagaie.

Photo : Radio-Canada

Pour le vidéojournaliste Colin Côté-Paulette, ce qui est également compliqué lorsqu’on est à la maison et qu’on fait de la radio, c’est évidemment l’acoustique. Et dans le milieu, pour éviter les échos et permettre une qualité de son se rapprochant de nos habituels studios, une technique est bien connue.

Pour enregistrer notre voix, notre narration, pour les topos, les reportages, on utilise la technique de la couverture, rapporte Philippe de Montigny. Même chose pour Martine Laberge, qui se glisse sous une couverture elle aussi pour enregistrer la voix de ses promotions. Colin, lui, a trouvé un autre système, en utilisant son placard.

Un homme tenant un micro devant sa garde-robe.

Le vidéojournaliste Colin Côté-Paulette explique que pour des raisons d'acoustique, il enregistre ses voix off depuis son placard.

Photo : Radio-Canada

On a tous nos petites astuces, résume Myriam Eddahia.

La salle des nouvelles

Le plus dur est de travailler seul peut-être, note Jean-Philippe Nadeau. Comme lui, beaucoup de journalistes affirment que la salle de nouvelles leur manque.

À l’exception de certains postes qui nécessitent d’être en présentiel – pour assurer les mises en ondes des différentes émissions de radio et de télévision, par exemple – la quasi-totalité des équipes de Radio-Canada Ontario travaille de la maison.

Produire pour le Web et la télévision c’est toujours un travail d’équipe, note Philippe de Montigny. La communication et la collaboration se font donc toujours, et en permanence, mais par téléphone ou vidéoconférence.

Ce qui me manque, c’est l’ambiance de la salle des nouvelles parce que tout le monde est dans la même pièce, toutes les télévisions sont ouvertes, tout le monde est à l’affût, il y a une communication en personne qui se fait continuellement.

Une citation de :Myriam Eddahia, reporter

Je m’ennuie de pouvoir rigoler avec mes collègues au bureau, complète Philippe sur une note plus personnelle.

Pour d’autres, comme Elvis Nouemsi Njike, le fait d’avoir déménagé en pleine pandémie l’a empêché de rencontrer ses collègues, dit-il, ce qui crée une certaine frustration.

Un journaliste en direct au téléjournal Ontario depuis chez lui.

Le reporter Elvis Nouemsi Njike est arrivé à Windsor en pleine pandémie et estime que couvrir une communauté qu'il n'a pas eu l'occasion de connaître à cause du confinement a été un défi pour lui.

Photo : Radio-Canada

Lorsqu’on débarque dans une ville qu’on ne connaît pas, généralement les collègues sont les premières personnes qui vous introduisent à la ville, ce qui n’a pas été mon cas.

Ça me manque parce qu’on n’est pas des machines, on est des êtres humains, conclut Jean-Philippe Nadeau.

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