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Pas d'accès aux données pour justifier des élections en pleine pandémie à T.-N.-L.

Andrew Furey devant un drapeau du Canada et un drapeau de Terre-Neuve-et-Labrador.

Le mois dernier, le chef libéral Andrew Furey a dit avoir consulté des prévisions scientifiques sur la COVID-19 avant de déclencher des élections. Radio-Canada a tenté sans succès de mettre la main sur les données.

Photo : La Presse canadienne / Paul Daly

Le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador ne divulgue pas les données citées par le premier ministre sortant pour justifier le déclenchement des élections en pleine pandémie.

En février, quand la province enregistrait une augmentation fulgurante de nouveaux cas de COVID-19, une éclosion qui mènerait finalement à l'annulation du vote en personne lors des élections provinciales, le chef libéral Andrew Furey a expliqué que sa décision d’appeler les électeurs aux urnes avant la vaccination du grand public était basée sur des prévisions scientifiques.

Il faut regarder les données et prendre la meilleure décision en fonction de ces informations, a-t-il expliqué, lors d'une conférence de presse, le 9 février. Les chiffres étaient bas. La modélisation probabiliste nous montrait qu’il y aurait une augmentation de cas vers la fin mars. À l’époque, on croyait que c’était le bon moment.

Radio-Canada a demandé une copie des modèles cités par M. Furey. Notre demande d’accès à l’information a été refusée par le ministère de la Santé et des Services communautaires.

Le ministère indique que les documents représentent un renseignement confidentiel du cabinet protégé en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

Andrew Furey refuse de nous accorder une entrevue à ce sujet.

Dans une déclaration, il soutient qu’il n’y a personne qui aurait pu prévoir l’éclosion du mois dernier. Ces élections ont été déclenchées le 15 janvier après une période de faible prévalence de la maladie, après des éclosions dans trois villes qui avaient rapidement été maîtrisées et après avoir traversé la période des fêtes sans éclosion, poursuit-il.

L’opposition talonne le PM pour obtenir des réponses

Radio-Canada n’est pas seule à se voir refuser l’accès aux données. Les chefs des deux partis d’opposition ont aussi demandé l’accès aux prévisions scientifiques d’Andrew Furey. Ces demandes n’ont pas porté fruit.

La chef du Nouveau Parti démocratique, Alison Coffin, indique qu’elle a posé plusieurs questions à ce sujet au chef libéral lors d’une rencontre du comité multipartite sur la COVID-19 mi-février.

Je lui ai dit précisément : "D'où viennent ces modèles et serait-il possible de les voir?"

Une citation de :Allison Coffin, chef du NPD

Selon la néo-démocrate, Andrew Furey lui a dit que les données ne venaient pas de l’équipe de la médecin hygiéniste en chef, la Dre Janice Fitzgerald. Le chef progressiste-conservateur Ches Crosbie a aussi participé à la réunion et corrobore ces détails.

Je n’ai jamais pu voir ces modèles, ajoute Alison Coffin.

Alison Coffin.

Alison Coffin, chef du Nouveau Parti démocratique de Terre-Neuve-et-Labrador

Photo : La Presse canadienne / Paul Daly

Les garder secrets et puis les utiliser pour déterminer quand les élections auraient lieu, c’est très problématique et ça m’inquiète beaucoup, souligne-t-elle.

Dans un courriel, la porte-parole du Parti libéral, Meghan McCabe, précise que lors du point de presse du 9 février, Andrew Furey avait fait référence à de la modélisation probabiliste fondée sur des données de différentes juridictions.

S’il veut convaincre le public qu’il avait de bonnes raisons, ancrées dans la santé publique, pour déclencher des élections, il devrait montrer ces informations au public.

Une citation de :Ches Crosbie, chef progressiste-conservateur

Ches Crosbie dit qu’il doute de l’existence des données, même si le ministère de la Santé nous indique dans une lettre que l’accès aux documents est refusé, une déclaration qui indique vraisemblablement que des modèles existent.

Je ne crois pas qu’ils existent, mais s’ils existent [M. Furey] devrait renoncer à la confidentialité du cabinet, soutient Ches Crosbie.

Une raison minable pour refuser la demande, dit Crosbie

Ches Crosbie.

Le chef du Parti progressiste-conservateur de Terre-Neuve-et-Labrador, Ches Crosbie

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Ches Crosbie remet également en question l’utilisation de l’article 27 de la Loi sur l’accès à l’information pour ne pas divulguer les données demandées par Radio-Canada. L’article protège les documents qui constituent un avis ou un renseignement au conseil des ministres.

C’est une raison minable [pour refuser la demande], parce que M. Furey a dit à plusieurs reprises qu’il était la seule personne qui pouvait prendre la décision de déclencher des élections. Le cabinet ne prend pas cette décision, alors ces documents ne peuvent pas être des renseignements du cabinet, estime M. Crosbie.

Meghan McCabe souligne que des experts, dont le Dr Proton Rahman, le scientifique-praticien terre-neuvien qui a déjà élaboré des modèles sur la propagation de la COVID-19 pour le gouvernement provincial, affirment que personne n’aurait pu prévoir que l’éclosion du variant B.1.1.7 du coronavirus serait survenue pendant la campagne électorale.

Le jour du scrutin à Terre-Neuve-et-Labrador devait avoir lieu le 13 février. Le vote en personne a été remplacé par un vote par correspondance. La nouvelle date limite pour recevoir les bulletins de vote au bureau d’Élections Terre-Neuve-et-Labrador est le 25 mars.

Dans sa déclaration, Andrew Furey réitère les raisons qui, selon lui, justifient le déclenchement des élections : Trois autres provinces et les États-Unis avaient organisé des élections durant la pandémie, Élections TNL disait publiquement qu’il pouvait tenir une élection en toute sécurité, les partis d’opposition disaient publiquement qu’ils pouvaient faire campagne en sécurité et il fallait déclencher des élections cette année vertu de la loi provinciale.

Consultez toutes nos nouvelles électorales.

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