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Non, les vaccins contre la COVID-19 ne contiennent pas de tissus d'embryons humains

La sortie de la Conférence des évêques catholiques du Canada crée des remous au sein de la communauté scientifique.

Une fiole de vaccin et des seringues.

Le vaccin d'AstraZeneca sera utilisé dans le cadre de la campagne québécoise de vaccination de masse contre la COVID-19.

Photo : Reuters / BENOIT TESSIER

Les évêques du Canada recommandent, si possible, d’éviter les vaccins de Johnson & Johnson et d’AstraZeneca parce qu’ils sont en partie conçus à partir de cellules dérivées d’embryons humains. Au-delà des enjeux moraux, que doit-on savoir sur ce procédé très prisé des scientifiques depuis des décennies?

Une simple note (Nouvelle fenêtre) publiée cette semaine par la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) à l’intention de ses fidèles a suscité énormément de questions en dehors de la communauté catholique au pays.

Tout en se disant en faveur de la vaccination, la CECC a formulé la recommandation suivante :

Si l’on a le choix entre différents vaccins, il faut toujours préférer et choisir le vaccin le moins lié à des lignées cellulaires dérivées de l’avortement.

Une citation de :Extrait du communiqué de la CECC

Comme les vaccins contre la COVID-19 des compagnies AstraZeneca et Johnson & Johnson sont en effet conçus à partir de ces lignées cellulaires, le CECC recommande, s’il est possible dans un milieu donné ou une région locale de choisir un vaccin, d’alors choisir entre les vaccins développés par les pharmaceutiques Moderna et Pfizer, qui ont opté pour un autre procédé de fabrication.

Sur Twitter, les réactions n’ont pas tardé. Quand ils veulent m'injecter des vaccins qui contiennent des tissus de fœtus avortés, oui c'est mon problème. Je refuse ces vaccins! écrivait un internaute qui approuve la recommandation de la CECC.

Ce simple commentaire illustre à merveille la mauvaise compréhension de ce procédé scientifique connu depuis un demi-siècle.

Car il est faux de croire que des cellules de fœtus sont présentes dans les vaccins contre la COVID-19, selon le virologue Benoît Barbeau, qui utilise lui-même ce procédé dans le cadre de ses recherches universitaires depuis une vingtaine d’années.

Les cellules qui sont utilisées ne sont pas des cellules qui sont directement dérivées d’embryons ou de cellules fœtales. Ce qu’on utilise est ce qu’on appelle une lignée cellulaire, donc une cellule qui a été générée il y a une cinquantaine d’années à partir de cellules d’embryons.

Une citation de :Benoît Barbeau, virologue, professeur au Département de sciences biologiques de l’UQAM
La vie humaine commence par la création d'un embryon au moment de la fertilisation de l'ovule par le spermatozoïde.

La vie humaine commence par la création d'un embryon au moment de la fertilisation de l'ovule par le spermatozoïde.

Photo : iStock

L'une de ces lignées cellulaires les plus connues est la HEK 293, créée par le Canadien Frank Graham au début des années 1970. C’est dans un laboratoire des Pays-Bas que ce jeune chercheur postdoctorant avait réussi à calquer une cellule tirée de tissus fœtaux à des fins de recherche scientifique.

Près de 50 ans plus tard, c’est à partir de la lignée HEK 293 que la compagnie pharmaceutique AstraZeneca est parvenue à concevoir (Nouvelle fenêtre) son vaccin contre la COVID-19.

En somme, si cette lignée est bel et bien issue d’un embryon, ce qui a été utilisé par AstraZeneca, ce sont en fait des répliques de cellules prélevées sur un fœtus avorté il y a près de 50 ans.

Comme l’expliquait (Nouvelle fenêtre) il y a quelques semaines au quotidien Le Monde la virologue Caroline Goujon : ces cellules ont été immortalisées à l’époque, ce qui signifie qu’elles ont été modifiées génétiquement pour acquérir la capacité de se multiplier à l’infini.

Réagissant à la sortie des évêques catholiques du Canada, dans une déclaration transmise aux médias, Johnson & Johnson a d’ailleurs cru bon de rappeler les éléments saillants derrière la fabrication de son vaccin : Notre vaccin COVID-19 est fabriqué à l'aide d'un virus inoffensif de type rhume dans lequel nous insérons un morceau de protéine de pointe de coronavirus. Il enseigne au système immunitaire à reconnaître le virus COVID et à se protéger contre les infections.

Des fioles du vaccin de Johnson & Johnson contre la COVID-19.

Le vaccin de Johnson & Johnson est le premier bénéficiant d'un feu vert dans l'Union européenne à ne nécessiter qu'une seule injection.

Photo : Reuters / Dado Ruvic

En vue de créer ce virus inoffensif ou adénovirus, les lignées cellulaires sont incontournables, rappelle le virologue Benoît Barbeau. On a absolument besoin de lignées cellulaires pour produire des vaccins à base de virus. On n’a pas le choix, explique-t-il.

À ses yeux, ces lignées cellulaires sont des outils essentiels pour comprendre le vivant, avec des implications dans une foule de domaines de recherche, bien au-delà de la conception de vaccins.

Une assertion qui fait écho à ce que soulignait (Nouvelle fenêtre) le Conseil national de recherche du Canada en rendant hommage, l'an dernier, aux travaux de Frank Graham : La lignée cellulaire HEK 293 est aujourd’hui largement utilisée dans les laboratoires de recherche universitaires et par des entreprises pharmaceutiques et biotechnologiques partout dans le monde.

Choisir son vaccin : est-ce possible?

La Conférence des évêques catholiques du Canada suggère à ses fidèles de choisir le vaccin le moins lié à des lignées cellulaires dérivées de l’avortement, lorsque c’est possible.

Le hic, c’est que ce choix n’est pas possible dans un contexte de pénurie de vaccins, comme le spécifiait récemment le chercheur en immunologie Alain Lamarre, en entrevue à Radio-Canada. Ces choix-là appartiennent à la santé publique; c’est elle qui va décider quels vaccins sont utilisés pour quelle population en fonction de l'âge des personnes à vacciner et de la région où elles habitent, précisait-il.

C’est en considérant le contexte actuel, où le Canada peine encore à accélérer la campagne de vaccination, que le virologue Benoît Barbeau critique vertement la recommandation des évêques.

C’est dangereux et irresponsable de la part de la Conférence des évêques catholiques du Canada. [...] Ce n’est pas le temps de commencer à faire la fine bouche. Ce message-là envoie un mauvais signal auprès de la population.

Une citation de :Benoît Barbeau, virologue, professeur au Département de sciences biologiques de l’UQAM
Un aîné se fait vacciner dans une maison de retraite.

Raphael Jaranillo, 77 ans, reçoit sa première dose du vaccin contre la COVID-19 dans une résidence pour aînés à Toronto, le 8 mars.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Pour M. Barbeau, la priorité est de vacciner avec une première dose le plus de personnes possible, peu importe le vaccin.

Un message que partage d’ailleurs l'archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, qui a pris ses distances (Nouvelle fenêtre) face à la position controversée de la CEEC : Dans le présent contexte d’urgence sanitaire, tout vaccin autorisé pourra être utilisé en toute bonne conscience par les croyants.

Si ce message est entendu et compris par les fidèles catholiques, c’est toute la communauté des croyants qui en bénéficiera, souligne Benoît Barbeau.

La meilleure situation pour l’Église catholique, c’est que les fidèles soient vaccinés le plus rapidement possible pour permettre que ces personnes puissent se rendre à nouveau dans les lieux de culte, conclut le virologue et professeur.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.
Visitez notre dossier sur les vaccins contre la COVID-19.

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