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Les arts (sur)vivants, un an plus tard

Des artisans du théâtre, de la chanson, de l’événementiel ainsi que des arts numériques et visuels d’Ottawa-Gatineau font le bilan de « leur année COVID ».

Illustration de plusieurs pictogrammes où certains de leurs éléments ont été remplacés par des symboles de virus, dont une caméra vidéo, un micro, un ordinateur, des masques de théâtre et une palette de peinture.

La pandémie a eu des impacts majeurs pour les artisans du théâtre, de la chanson, de l’événementiel ainsi que des arts numériques et visuels d’Ottawa-Gatineau.

Photo : Radio-Canada / Simon Blais

Il y a un an, le milieu culturel était brutalement mis sur pause. Douze mois plus tard, certains créateurs de la région de la capitale nationale sortent à peine du brouillard, tandis que d’autres brillent par leurs nouvelles expériences.

Le 13 mars 2020, les grandes instances gouvernementales demandaient aux gens de rester chez eux, aux salles de spectacles de fermer leurs portes, aux productions de tout arrêter et aux artistes de se réinventer.

Entre les profondes remises en question, les nombreux apprentissages et les exploits de la dernière année, toutes et tous tirent des leçons qui seront déterminantes dans les mois de relance culturelle à venir.

L'appel du vendredi 13

Une femme sur un bateau porte un chandail rouge.

Magali Lemèle lors de la traversée de l’Atlantique en voilier qui lui a inspiré le texte « Dans le bleu ».

Photo : Radio-Canada / Avec la gracieuseté de Magali Lemèle

Je n’ai jamais cru au vendredi 13, mais là…, admet Magali Lemèle en replongeant avec émotion dans ses souvenirs.

Le jeudi 12 mars 2020, après un mois passé à répéter son premier texte autobiographique intitulé Dans le bleu, la comédienne et autrice le présentait devant les concepteurs qui l’aideraient à le faire vivre sur scène. La pièce, coproduite par le Centre national des Arts (CNA) et le Théâtre de l’Île, entrait dans sa dernière phase de création avant la première mondiale prévue pour trois semaines plus tard.

Le lendemain [le 13 mars], le téléphone a sonné, raconte celle qui se souvient encore du moment précis où elle a senti son cœur se serrer dans sa poitrine. Je me suis dit : "Non, ce n'est pas vrai..." Les premières représentations de Dans le bleu, programmées au CNA au début du mois d’avril 2020, ont d’abord été reportées, puis annulées, suivies de près par celles prévues au Théâtre de l’Île à la fin du même mois. Les dates au calendrier du Théâtre du Nouvel-Ontario sont également tombées à l’eau peu de temps après.

Magali Lemèle essuyait alors la déception de ne pas vivre la première souhaitée pour sa pièce de théâtre, mais devait aussi faire une croix sur le lancement officiel de son premier livre, une version imprimée de son texte, publié par la maison Prise de parole.

Je n’ai jamais vécu autant de deuils, en un an, en tant qu’artiste.

Une citation de :Magali Lemèle, comédienne et autrice

Un an plus tard, l’artiste s’apprête à reprendre la création de Dans le bleu sur les planches. Devant la menace d’une troisième vague et l’incertitude quant aux mesures qui seront en vigueur dans les salles au moment de monter sur scène, elle oscille entre angoisse et espoir. Il y a une semaine, je me disais : "Je vais replonger pour mieux couler, [alors que] je commence à atteindre le fond", confie Magali Lemèle, un trémolo dans la voix.Puis là, je me dis : "Surfe, vas-y, embarque et il adviendra ce qu’il adviendra".

Elle prévoit présenter Dans le bleu au Théâtre de l’Île à la fin du mois d’avril prochain.

Spectacles de salon

Mélissa Ouimet est debout derrière une vieille télévision placée sur un tabouret; un rideau de scène en arrière-plan.

Mélissa Ouimet a lancé tout récemment son nouvel extrait, « Sans tomber ».

Photo : Facebook/melissaouimetmusique

La date du 26 mars 2020 restera gravée dans la mémoire de Mélissa Ouimet : son premier spectacle virtuel pour #CanadaEnPrestation, mis de l’avant grâce à un partenariat entre Facebook et le CNA, a été le début d’une histoire d’amour. Ça a été marquant. On a tellement eu du fun, les gens ont été là et ça nous a tellement fait du bien, mentionne la Franco-Ontarienne.

Avec son conjoint, le musicien et vidéaste Bruno Labrie, l’auteure-compositrice-interprète a ensuite donné rendez-vous au public tous les jeudis pour une série de spectacles diffusés en direct de chez eux.

Les shows de salon, c’est un beau souvenir que je garde en tête du début de la pandémie.

Une citation de :Mélissa Ouimet, auteure-compositrice-interprète

Le duo a répété l’expérience durant 10 semaines, au terme desquelles ils ont recueilli environ 7000 $ en dons.

Le généreux public devenait quant à lui de plus en plus nombreux. Mélissa Ouimet s’en est rendu compte lorsque les gens qui la regardaient sur le web se sont également mis à venir la voir sur la scène du projet Musiparc, la tournée de concerts en voiture à laquelle elle a pris part l’été dernier. L’artiste comptait aussi de plus en plus d’abonnés sur ses réseaux sociaux. C’est précieux : ce sont des fans qui vont [me] suivre et qui [m]’ont adoptée, se réjouit-elle.

Mélissa Ouimet tire un bilan positif de la dernière année, au cours de laquelle elle a gagné en popularité, lancé la chanson Noël dans la tête lui ayant valu plusieurs concerts virtuels et une nouvelle pièce, Sans tomber, qui fonctionne bien, à son avis. La pandémie lui aura appris l’importance d’assurer un lien constant avec son public par le biais des plateformes en ligne.

Ce contact virtuel doit absolument rester, considère celle qui promet un spectacle en ligne avec un nouveau concept au mois de mai, ainsi qu’un troisième mini-album en 2021.

Le trait d’union du FMG

Une scène devant laquelle est installée une foule.

En 2019, le nouveau FMG vivait sa première version revampée en lien avec sa vision stratégique à grand déploiement (archives).

Photo : Avec la gracieuseté du Festival de montgolfières de Gatineau / Dominic Charette

En 2019, le Festival de montgolfières de Gatineau (FMG) proposait sa première version revampée avec un budget augmenté et une programmation bonifiée en lien avec sa nouvelle vision stratégique à grand déploiement. Les organisateurs du FMG devaient en faire le bilan avec ses pour, ses contre et ses faiblesses. Évidemment, ça demandait un repositionnement pour l’année 2020… Et repositionnement, il n’y a pas eu, puisque la COVID est arrivée, rappelle la directrice générale de l’événement, Sandra Cloutier.

En avril 2020, Québec ordonnait l’annulation de tous les festivals jusqu’au 31 août et le FMG se résignait à faire une croix sur une édition en présentiel pour les festivités prévues pour la longue fin de semaine de la fête du Travail. La solution de rechange a été de concevoir une programmation virtuelle offrant des rendez-vous aux festivaliers, tout comme des occasions de travail pour les artistes de la région.

La Série micro, coordonnée en collaboration avec la Maison de la culture de Gatineau, a notamment rassemblé Véronic DiCaire, Luce Dufault, Phil G. Smith, Mia Kelly, Geneviève Leclerc, Matt Lang et le duo De Flore dans un grand spectacle, en plus de proposer une soirée d’humour et des prestations pour les familles avec Daniel Coutu et Ari Cui Cui. L’équipe du FMG a également travaillé de concert avec celle des Grands Feux du Casino du Lac-Leamy pour présenter Illumination, le 15 août dernier.

Ç'a été une année très exigeante qui nous a demandé beaucoup de résilience et de s’auto-motiver.

Une citation de :Sandra Cloutier, directrice générale du FMG

Quoiqu’elle l’ait qualifiée de petit bonheur dans le tumulte, Sandra Cloutier estime que la mouture 2020 représente un entre-deux dans l’histoire du festival.

Freiné dans son élan, le FMG attend maintenant les directives de la santé publique pour déterminer la forme exacte que prendront les festivités de cette année, lors de la fin de semaine de la fête du Travail. On sera sur le terrain du parc de la Baie, que ce soit en présentiel, en virtuel ou en mode hybride, promet toutefois Mme Cloutier.

Le rapport essentiel entre l’artiste et le public

Un artiste dans son atelier devant des toiles représentant des coeurs colorés.

L'artiste Dominik Sokolowski en préparation de l'exposition « Love and Peace », présentée à la galerie Alpha, en 2016 (archives)

Photo : Facebook / Dominik Sokolowski

Dominik Sokolowski le peintre a bien vendu au cours de la dernière année, mais pour la galerie, c’est autre chose, fait valoir le directeur artistique de la galerie Alpha.

À titre d’artiste visuel, il a pu tirer profit de sa notoriété auprès des collectionneurs, ce qui lui a notamment permis de recevoir des commandes. S’il peint beaucoup grâce auxdites commandes, il ne crée pas nécessairement autant qu’il le souhaiterait, précise-t-il toutefois du même souffle.

Je survis. Je suis patient. Mais c’est difficile de ne pas pouvoir partager, échanger avec les gens. S’ils ne viennent pas voir ce qu’on fait, on ne peut pas savoir si notre travail plaît ou pas.

Une citation de :Dominik Sokolowski, artiste visuel

Ce dernier soutient que le plus grand défi demeure de convaincre les visiteurs de se rendre au centre-ville d’Ottawa, puis de franchir le pas de la porte de la galerie Alpha, rue Sussex.

Les gens sont frileux de se déplacer jusqu’ici, ou d’entrer s’il y a déjà quelqu’un à l’intérieur, observe-t-il. Une galerie d’art, c’est pourtant aussi sécuritaire, sinon plus, qu’une épicerie ou un restaurant, parce que les gens ne sont pas supposés toucher aux œuvres!

Par ailleurs, vendre en ligne s’avère d’autant plus ardu qu’Alpha propose majoritairement des jeunes créateurs émergents et, donc, moins connus, comparativement à une galerie dont le catalogue inclut des noms ayant déjà une cote établie auprès des acheteurs potentiels.

Le recrutement de nouveaux talents est tout aussi difficile, soutient Dominik Sokolowski. D’abord, parce que certains n’ont pas la motivation pour peindre en ce moment, explique-t-il. Puis, parce que les bars et restaurants de la région et d’ailleurs, où les artistes de la relève exposent souvent leurs toiles à leurs débuts et où il a l’habitude d’aller faire un tour pour y dénicher des recrues potentielles, ont été fermés pendant plusieurs mois.

C’est sans oublier la rétention des artistes dont il exposait déjà les œuvres à la galerie, qui a elle aussi dû fermer ses portes pendant les périodes de confinement. J’ai perdu quelques artistes, parce que ça ne bougeait pas assez. Ça, ça fait toujours mal, confie Dominik Sokolowski.

Ce dernier ne cache pas être un peu inquiet et avoir hâte au printemps, dans l’espoir de revoir les gens se promener plus librement dans le marché By… et dans sa galerie.

Le numérique, là pour rester

Des comédiens sont installés devant des micros.

La première saison de la SNS, lancée en septembre dernier, comptait sept créations de dramaturgie sonore.

Photo : Avec la gracieuseté de la Scène nationale du son

La dernière année en a été une d’apprentissages en mode accéléré pour l’équipe de Transistor Média. L’arrêt de la présentation de spectacles en salles a été l’occasion parfaite pour imaginer une autre façon de propulser l’art vivant sur les plateformes numériques, en plus de tendre la main aux artistes.

De la confection de baladodiffusions à la mise sur pied de la Scène nationale du son (SNS), les artisans audionumériques gatinois ont collaboré avec des créateurs réticents et d’autres qui sautaient à pieds joints dans le nouvel univers sonore s’ouvrant à eux. Il y a eu beaucoup d’éducation à faire sur ce que ça prend pour faire des œuvres qu’on juge de qualité, des projets de longue haleine, explique le directeur artistique de Transistor Média, Julien Morissette.

Ce dernier donne l’exemple de Brigitte Haentjens, la directrice du Théâtre français du CNA, dont l’ouverture a permis d’explorer une autre palette de couleurs en confectionnant la version audio de la pièce Pour en finir avec octobre. Ou encore celui de Klô Pelgag, qui s’est découvert de nouveaux talents en composant sa première bande sonore originale pour les quatre épisodes du balado-théâtre Le peintre des madones, la première création de la SNS.

Ça a permis à des artistes qui n’ont pas toujours travaillé avec un médium audio de découvrir un nouveau mode d’expression, des nouveaux outils, ajoute M. Morissette.

On ne remplace pas l’expérience d’un spectacle en direct, mais au moins, on a été en mesure d’adapter, de repenser, d’enregistrer des sessions en studio et de les diffuser en balado après ça. Donc, il y a certaines œuvres qui ont eu un second souffle grâce à la balado.

Une citation de :Julien Morissette, directeur artistique, Transistor Média

De cette grande année de transformations, ce dernier souhaite qu’il reste une complémentarité, voire une réciprocité entre les arts vivants et les formats numériques qui se nourrissent mutuellement, selon lui. Les artistes sortis gagnants de cette pandémie sont ceux ayant fait preuve de résilience en ouvrant leurs horizons, croit-il, et il espère que le public de la région en fera autant désormais.

Il y a des choses à faire tous les soirs à Ottawa ou à Gatineau : il y a des shows d’humour, de l’impro, de la danse... Peut-être que les gens vont se rendre compte à quel point on est chanceux d’avoir autant d’organismes, de centres et de lieux de diffusion dans la région, et à quel point c’est précieux, conclut-il.

Avec les informations de Kevin Sweet et Valérie Lessard

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