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Un recours collectif contre le ministère des Forêts se dessine au Québec

Un homme à côté d'un énorme bouleau jaune.

Les bouleaux jaunes de 450 ans que l'on retrouve dans la forêt Cyriac sont au coeur d'un projet d'aire protégée qui n'a pas été retenu par Québec.

Photo : Association pour la protection du Lac Kénogami

Des citoyens qui tentent en vain de protéger des forêts des coupes un peu partout au Québec veulent unir leurs forces pour intenter un recours collectif contre le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

L'une des personnes à l'origine de cette démarche à Saguenay, André Douillard, constate que les consultations publiques ne servent à rien et que le lien de confiance entre le ministère et la population est rompu.

Peu importe ce que la population va dire, peu importe ce que la population va demander, les jeux sont faits d’avance.

Une citation de :André Douillard, habitant de Lac-Kénogami

Le bois va être coupé parce qu’ils en ont besoin. Le gouvernement a garanti des approvisionnements aux compagnies forestières, dénonce-t-il.

Un bouleau jaune de quatre siècles.

L'âge de certains bouleaux jaunes situés au sud du lac Kénogami est évalué à plus de 400 ans.

Photo : Association pour la protection du Lac Kénogami

Cet habitant du secteur de Lac-Kénogami s’oppose aux coupes sur un territoire qui est à l’étude depuis 13 ans en vue d'y créer une aire protégée. Selon André Douillard, le gouvernement ne respecte pas sa propre Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier.

De toute évidence, le ministre ne prend absolument pas en compte l’intérêt des utilisateurs de la forêt. Les forestières gagnent dans 100 % des cas, s’indigne-t-il.

Henri Jacob devant une carte.

L'Action Boréale songe depuis un an à intenter une action collective contre le gouvernement.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Le président de l’Action Boréale en Abitibi-Témiscamingue estime qu’une enquête publique ou des états généraux sur la gestion des forêts et de la faune doivent être déclenchés rapidement. Mais selon Henri Jacob, un recours collectif semble de plus en plus inévitable face à l’inaction gouvernementale.

La confiance est brisée avec le gouvernement. Je pense qu’il va falloir que quelqu’un mette son pied à terre et dise : il faut que ça change, affirme le président de l’Action Boréale.

On les a élus pour nous représenter et non pas pour représenter les intérêts des compagnies.

Une citation de :Henri Jacob, président de l'Action Boréale

L’an dernier, le Saguenéen André Douillard faisait partie d’un groupe de villégiateurs qui a poursuivi le MFFP pour des irrégularités liées aux consultations publiques. Ils ont perdu leur cause, mais le jugement a reconnu l’intérêt juridique des citoyens concernant les forêts publiques qui les entourent, souligne-t-il.

C’est sur cette base qu’il entend se tourner à nouveau vers les tribunaux, mais cette fois en faisant front commun avec des regroupements citoyens ailleurs en province.

La grogne est généralisée, selon Henri Jacob, qui dit recevoir quotidiennement des appels de citoyens, de municipalités, de regroupements de villégiateurs et de producteurs de sirop d’érable mécontents de la gestion forestière.

Une lettre au ministère

L’Association pour la protection du Lac Kénogami (APLK) constate que le MFFP est le ministère des forestières et non pas des citoyens du Québec, peut-on lire dans une missive qu’elle a fait parvenir au gouvernement, le 5 mars dernier.

Le MFFP ignore les préoccupations des citoyens et surtout place bien haut dans ses priorités la profitabilité de l’industrie.

Une citation de :Extrait de la lettre de l'Association pour la protection du Lac Kénogami

Dans le cadre des consultations publiques au Saguenay-Lac-Saint-Jean, l’association s’oppose à tous les plans d’aménagements forestiers des deux prochaines années, parce qu’elle soutient qu’ils n’honorent pas la loi. Elle s’inquiète d’ailleurs de l’état de santé réel de nos forêts.

C’est une consultation d’apparence. Au bout de la ligne, c’est toujours la foresterie qui gagne, se désole Marc Grenon.

Un homme à côté d'un arbre gigantesque.

L'association pour la protection du Lac Kénogami veut mettre en valeur les vieux bouleaux jaunes qui font 30 mètres de hauteur dans la forêt Cyriac.

Photo : Association pour la protection du Lac Kénogami

Cet habitant de Lac-Kénogami se bat depuis 17 ans pour préserver le joyau de la forêt Cyriac. En 2008, un projet d’aire protégée a vu le jour afin de mettre en valeur les arbres de 450 ans qui s’y trouvent et développer un volet récréotouristique.

Ces bouleaux jaunes là, ce sont les séquoias du Québec!

Une citation de :Marc Grenon, habitant de Lac-Kénogami

Mais comme la majorité des propositions d’aires protégées situées au sud du Québec, celle de Lac-Kénogami n’a pas été retenue en décembre dernier.

Malgré une forte opposition citoyenne, le MFFP y permet d’ailleurs des coupes forestières en évoquant une infestation de tordeuses de bourgeons de l’épinette.

Un comité mis sur pied pour surveiller l’exploitation forestière du secteur aurait par ailleurs constaté que les mesures de protection des arbres multicentenaires n’avaient pas été respectées sur le chantier.

Normalement, ils doivent laisser 60 mètres autour des arbres, mais ils sont allés sur les racines avec leurs grosses machines, relate Marc Grenon.

Marc Grenon.

Marc Grenon s'implique bénévolement depuis des années pour protéger les écosystèmes du secteur de Lac-Kénogami.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Il affirme que des plaintes ont été déposées au ministère, mais que, depuis, les citoyens sont sans nouvelles. Le MFFP n'a pas encore précisé à Radio-Canada ce qu'il était advenu de ces potentielles irrégularités.

Marc Grenon est désabusé du système. Il se réjouit donc de l’initiative d’un recours collectif pour faire bouger les choses.

Une coalition comme ça, c’est merveilleux. Ça aurait dû être fait avant pour éviter bien des mauvaises coupes que le ministère a autorisées, admet-il.

Un site de coupe forestière visible de loin.

Les citoyens de Lac-Kénogami craignent que les coupes, qui sont maintenant visibles dans la montagne en face de chez eux, prennent de l'ampleur.

Photo : Radio-Canada

Le MFFP avait aussi promis de minimiser l’impact visuel des coupes au sud du lac Kénogami. Or, depuis l’automne dernier, une partie de la montagne située en face de la maison d’André Douillard a été rasée. Même si le secteur est petit, c’est une coupe à blanc. On craint maintenant que les opérations s’étendent, s’inquiète-t-il.

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