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Ottawa veut accroître le poids du français hors Québec grâce à l'immigration

Le gouvernement Trudeau veut créer de nouvelles communautés « à haut pourcentage » de francophones au pays.

Soraya Martinez Ferrada, dans son bureau, regarde la caméra en souriant.

Secrétaire parlementaire du ministre de l'Immigration et députée fédérale d'Hochelaga, Soraya Martinez promet que le gouvernement libéral protégera la langue française en misant notamment sur une immigration francophone.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les « défis » sont grands pour le gouvernement de Justin Trudeau pour préserver la langue française, reconnaît Soraya Martinez. Selon la députée fédérale d'Hochelaga et secrétaire parlementaire du ministre de l'Immigration, la clé reste l'accueil de nouveaux arrivants. Quitte à se retrouver en concurrence avec le gouvernement du Québec.

On est 9 millions de francophones au Canada sur 38 millions de Canadiens. Le poids démographique francophone est un enjeu, lance, d'emblée, Soraya Martinez, dans une entrevue accordée à Radio-Canada.

Aux yeux de l'élue fédérale, Ottawa doit en faire plus pour préserver la langue française. Un projet de loi, pour moderniser et réformer la Loi sur les langues officielles, sera d'ailleurs déposé, d'ici la fin de l'année, par la ministre Mélanie Joly.

La communauté francophone en Amérique du Nord est vraiment en danger. Il faut absolument avoir un plan pour assurer une meilleure immigration francophone et avoir une immigration francophone ciblée, affirme Soraya Martinez.

On ne pourra pas rester un pays bilingue avec deux langues officielles si le français est en déclin. À long terme, c’est impossible.

Une citation de :Soraya Martinez, secrétaire parlementaire du ministre fédéral de l'Immigration

Favoriser la francisation hors Québec

Au cours des prochaines années, Ottawa souhaite que le poids démographique des francophones hors Québec – 3,8 % de la population, selon le recensement de 2016 – atteigne 4,4 % de la population; une cible qui existe depuis près de deux décennies, mais qui n'a jamais été atteinte.

La clé, c'est la francisation, soutient la députée.

Ottawa compte ainsi miser sur le recrutement de profils ciblés, comme des professeurs de français, en Europe et en Afrique. À l'heure actuelle, dit-elle, il n'y a pas assez de classes, pas assez de professeurs.

Il faut qu’on soit capable d’amener des travailleurs francophones à travailler dans la francisation, pour assurer une offre d’éducation en français aux communautés qui sont déjà là, détaille l'élue montréalaise.

D'autres aspects sont à l'ordre du jour, comme une plus grande présence dans certains salons de recrutement, pour promouvoir une immigration en Ontario, en Alberta ou en Colombie-Britannique.

La connaissance du français sera aussi un atout pour obtenir une résidence permanente par le biais des provinces hors Québec.

Ottawa mise également sur un projet pilote avec des municipalités pour cibler des besoins spécifiques, tout en créant de nouvelles communautés à haut pourcentage de francophones.

Tu veux avoir une immigration francophone, mais tu veux t'assurer que cette vitalité francophone va perdurer, spécifie Soraya Martinez. Il faut que le francophone arrive dans une communauté déjà présente, qui existe, pour bien s’intégrer en français.

Mélanie Joly parle à la Chambre des communes.

Le projet de loi réformant la Loi sur les langues officielles, qui vise une meilleure protection du français, sera déposé d’ici décembre, selon la ministre Mélanie Joly.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Les cibles d'immigration de Québec

Cette volonté de revoir à la hausse l'immigration francophone passe-t-elle également par le Québec? Les plans d'Ottawa ne visent, à ce jour, que les autres provinces. Québec dispose d'un accord, vieux de 30 ans, avec le gouvernement fédéral en matière d'immigration.

Alors que le gouvernement Trudeau augmente, année après année, ses seuils – 1,2 million d'immigrants sont attendus d'ici 2023 –, celui de François Legault les a réduits sensiblement lors de son arrivée au pouvoir, en 2018, avant de les remonter petit à petit.

En entrevue, Soraya Martinez pèse ses mots et refuse de critiquer, officiellement, les choix de Québec. Mais, entre les lignes, on comprend aisément la position d'Ottawa, qui vient de transférer plus de 650 millions de dollars à Québec pour des projets de francisation, dans le cadre de cette entente entre les deux gouvernements.

Le Québec va être la province la plus vieillissante en Amérique du Nord, au Canada. Le défi de la démographie francophone va être encore plus important au Québec. On est toujours ouverts [pour faire venir davantage de résidents permanents au Québec], mais on respecte les niveaux d'immigration que le Québec veut se donner, confie-t-elle.

Soraya Martinez Ferrada sourit, tandis qu'on voit son interlocuteur de dos, brouillé.

Selon Soraya Martinez, les relations entre Québec et Ottawa restent bonnes, malgré des divergences en matière d'immigration.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les craintes des immigrants

Que ce soit aux États-Unis, en Europe ou même au Canada, les critiques visant les immigrants ont augmenté ces dernières années. Au Québec également.

Née au Chili, Soraya Martinez est arrivée au Québec à 8 ans, avec sa mère monoparentale. Sa famille a fui le régime autoritaire du général Augusto Pinochet. Pour s'intégrer, elle a connu les classes de francisation et elle comprend les craintes, au Québec, visant des immigrants non francophones.

Je pense qu'on est dans une crainte identitaire. [Le Québec est] une nation francophone qui a survécu, a maintenu sa langue et sa culture.

Une citation de :Soraya Martinez, députée fédérale d'Hochelaga

Comme immigrant, il faut aussi comprendre cette crainte, avoue-t-elle. Il faut avoir une conversation, un dialogue, pour qu’on comprenne que l’immigration va être aussi la clé de la survie de la francophonie, du pays et de la nation francophone.

François Legault discute avec Nadine Girault.

Nadine Girault et François Legault souhaitent rapatrier au Québec le programme des travailleurs étrangers temporaires. Mais Ottawa n'ouvre pas la porte.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Assouplissements des mesures visant les travailleurs temporaires

Depuis son arrivée au pouvoir, l'équipe de François Legault négocie ardemment le rapatriement du dossier des travailleurs étrangers temporaires, géré par Ottawa. Québec déplore notamment les complexités administratives, pour les entreprises et les immigrants.

Ce dossier reste une priorité de la ministre Nadine Girault, nous a fait savoir sa porte-parole. Il s’inscrit dans notre volonté d’une meilleure adéquation entre nos besoins de main-d’œuvre et les personnes immigrantes. Il vient également contribuer à la relance économique du Québec. Les discussions se poursuivent, mais nous souhaitons qu’elles s’accélèrent, ajoute-t-elle.

Forte augmentation des travailleurs temporaires au Québec

Depuis l'élection de François Legault, le nombre de postes de travailleurs étrangers temporaires, au Québec, visés par des études d'impact sur le marché du travail, a considérablement augmenté. Entre 2017 et 2019, ce nombre a quasiment doublé, passant d'environ 17 600 à 33 700. Une augmentation a eu lieu également dans l'ensemble du Canada, sur la même période, même cette hausse est moindre (de 97 000 à près de 130 000).

Ottawa semble néanmoins fermer la porte à un tel transfert de ses compétences. En revanche, la secrétaire parlementaire Soraya Martinez jure que des assouplissements vont voir le jour, aidés par l'impact incroyable de la pandémie.

On veut que ce programme soit facile et attirant pour les entreprises et travailleurs qui viennent ici. Québec va être content de voir qu’on veut rendre ça plus simple pour les travailleurs étrangers.

Une citation de :Soraya Martinez, secrétaire parlementaire du ministre fédéral de l'Immigration

En raison des mesures sanitaires et des conséquences de la pandémie, Ottawa dit avoir allégé, déjà, ce processus, en permettant à des travailleurs étrangers de changer plus facilement d'emploi.

Les études d'impact sur le marché du travail, exigées aux entreprises, vont aussi être revues, indique Soraya Martinez, qui souligne que 85 % des travailleurs étrangers attendus en 2020 au Canada ont pu venir.

On a mis en place certains processus qui pourraient être maintenus et qui vont faciliter la venue de travailleurs étrangers à l’avenir, résume-t-elle.

Un panneau signalétique montrant les douanes pour les passagers en immigration dans un aéroport.

Au cours des derniers mois, les retards de traitement des dossiers d'immigration ont explosé.

Photo : iStock

Promesse de diminuer les délais de traitement

Depuis des mois, nous avons reçu des dizaines de témoignages de futurs résidents permanents, vivant souvent déjà au Québec, frustrés par la lenteur administrative.

À l'heure actuelle, un immigrant postulant dans les catégories économiques, qui veut s'installer au Québec, doit patienter au moins 27 mois avant de voir son dossier être finalisé par Ottawa, après avoir déjà passé de longs mois pour obtenir son certificat de sélection du Québec.

Des situations similaires sont rapportées pour le parrainage et la réunification familiale.

On n'est pas contents des délais, admet Soraya Martinez, qui évoque les énormes répercussions de la pandémie.

Par exemple, certains dossiers étaient encore traités manuellement, sur papier. Il est donc impossible pour les fonctionnaires, en télétravail, d'étudier ces demandes. Il a fallu numériser des milliers de dossiers, souligne l'élue montréalaise.

On a changé nos façons de faire; ça va réduire considérablement les délais, même s'il y a encore du travail et des progrès à faire. On veut revenir à des délais de traitement de moins d'un an.

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