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COVID-19 dans les foyers pour aînés : comment l’histoire de la 1re vague s’est répétée

Au premier plan : un fauteuil roulant. Au fond, plusieurs personnes aussi en fauteuil roulant, dans un établissement de soins.

Les établissements pour aînés ont été durement frappés par la deuxième vague de COVID-19 en Ontario.

Photo : Radio-Canada

La pandémie de COVID-19 a fait près de 4000 morts dans les foyers de soins de longue durée en Ontario. Après le choc initial de la première vague, le gouvernement Ford avait promis d’ériger « un anneau de fer » autour des maisons pour aînés, de « remuer ciel et terre » pour les protéger du virus.

Or, la deuxième vague s’est avérée encore plus meurtrière.

C’est très frustrant parce qu’on aurait dû apprendre beaucoup de choses de la première et de la deuxième vague à l’automne. On aurait dû exiger que les maisons soient mieux préparées, lance Melissa Caron.

Ses trois grands-parents ont contracté la COVID-19 cet hiver au foyer Extendicare de Kapuskasing, dans le Nord de l’Ontario. L’un d’eux, Alphonse Dorval, est décédé le 2 février à l’âge de 91 ans. Sa famille lui a fait ses adieux à travers la fenêtre de sa chambre et l’écran d’un iPad.

Un homme âgé aux cheveux blancs, debout à l'extérieur.

Alphsone Dorval est décédé cet hiver après avoir contracté la COVID.

Photo : Gracieuseté Melissa Caron

Des histoires comme celles-ci n’ont cessé de se répéter en Ontario depuis le printemps dernier.

Melissa Caron soupçonne qu'il n'y a pas eu assez de protocoles mis en place ni de formation pour prévenir la propagation à Extendicare Kapuskasing, dans une région qui avait été relativement épargnée par le virus jusqu’ici et qui, selon elle, avait baissé la garde.

Il n’a pas de raison pour qu’une éclosion d’une telle ampleur ait eu lieu en janvier 2021, après presque un an de pandémie!

Une citation de :Melissa Caron

Ça nous fait nous questionner par rapport à leurs plans et la rigueur des plans. À qui revenait la responsabilité? C’est difficile à comprendre pour nous.

Une jeune femme portant des lunettes, dans un bureau, devant un écran d'ordinateur en vidéoconférence.

Melissa Caron est la petite-fille de trois résidents du foyer Extendicare de Kapuskasing qui ont contracté la COVID-19 lors d'une éclosion.

Photo : Zoom

En mode réaction

Pour la Dre Mireille Norris, gériatre à l’hôpital Sunnybrook de Toronto, le constat est clair : l’anneau de fer maintes fois évoqué par le gouvernement n’est resté qu’un mythe. Je vois ça plutôt comme un fromage suisse : beaucoup de trous, déplore-t-elle.

La province a pourtant pris une série de mesures depuis un an. Encadrement des visites, restriction du nombre de lieux de travail pour les préposés, partenariats avec des hôpitaux pour épauler les foyers, dépistage plus fréquent et tests rapides.

Des membres des Forces armées canadiennes transportent des sacs bruns.

Des militaires ont été déployés dans des centres de soins en Ontario et au Québec lors de la première vague.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

La pandémie a mis en lumière les enjeux systémiques des soins de longue durée après des décennies de négligence et de sous-financement de la part de gouvernements successifs, déclare Krystle Caputo, attachée de presse de la ministre des Soins de longue durée, Merrilee Fullerton.

Nous avons investi plus de 1,38 milliard de dollars contre la COVID pour que les foyers aient les ressources nécessaires pour combattre ce terrible virus, affirme-t-elle.

Plusieurs enquêtes, dont celle d'une nouvelle Commission provinciale, ont aussi été lancées depuis.

Mais la Dre Norris estime que la province est surtout restée en mode réaction.

L’Ontario n’a pas su profiter de l’accalmie des mois d’été pour être plus proactif, renchérit le Dr Samir Sinha, directeur du Service de gériatrie à Sinai Health et au réseau universitaire de santé de Toronto, et membre de l’Institut national sur le vieillissement de l’Université Ryerson.

Je crois que le défi, c’est que beaucoup de gens pensaient alors que le pire était derrière nous.

Une citation de :Dr Samir Sinha, directeur du Service de gériatrie à Sinai Health

Selon lui, l’une des plus grandes erreurs de la province a été de ne pas avoir embauché massivement après la première vague, contrairement au Québec, qui a lancé une campagne pour former et recruter 10 000 préposés aux bénéficiaires, et qui n’a pas eu une deuxième vague aussi ravageuse que la première dans ses centres de soins de longue durée, relève-t-il.

L’Ontario a annoncé le mois dernier un investissement de 115 millions de dollars pour former plus de 8000 préposés. Une initiative qui aurait dû arriver bien plus tôt, croit la Dre Norris.

Une femme portant un habit médical dans une maison, en vidéoconférence.

Mireille Norris est spécialiste en médecine interne et gériatrie à l’hôpital Sunnybrook.

Photo : Zoom

Maintenant, le mot s’est passé comme quoi c’est un milieu dangereux où on est mal payé, regrette la médecin, qui plaide aussi pour de meilleures conditions de travail pour les préposés.

Des protocoles toujours insuffisants

Le Dr Samir Sinha juge aussi que la province n’a pas suffisamment renforcé les protocoles de prévention et contrôle des infections (PCI), et qu'elle a manqué de s’assurer qu’il y ait une personne-ressource dans chaque foyer pour guider le personnel.

Là encore, il cite l’exemple d’autres provinces comme le Québec qui s’en sont mieux sorties.

Il explique qu’en Ontario, chaque foyer est censé, sur papier, avoir un coordonnateur de PCI. Mais dans bien des cas encore, ce rôle n’est pas comblé à temps plein. Souvent, c’est un chapeau qu’une infirmière ou quelqu’un d’autre va porter, un peu comme une activité secondaire, qui n’est pas leur seule ou principale occupation.

Un médecin porte une blouse blanche et une cravate et s'adresse à une autre personne.

Le Dr Samir Sinha, gériatre et directeur des politiques et recherches à l'Institut national sur le vieillissement.

Photo : CBC

La province a annoncé l’automne dernier un investissement de 30 millions de dollars pour former et affecter du personnel à la prévention et au contrôle des infections, mais ce n’est toujours pas assez pour garantir un poste complet dans chaque établissement, évalue le Dr Sinha.

On est en train de bâtir cette capacité, avec l’aide d’hôpitaux en attendant, réplique Donna Duncan, PDG de l’Ontario Long Term Care Association (OLTCA).

Mais il faut comprendre qu’on est en compétition avec les hôpitaux, les écoles, et même des compagnies comme Amazon ou des aéroports pour ce genre d’expertise. C’est un marché très compétitif, ajoute-t-elle.

Cathy Parkes pense, elle, que les foyers les plus touchés pendant la première vague auraient pu davantage partager aux autres leur expertise. Cette Ontarienne a perdu son père en avril dernier au foyer de soins de longue durée Villa Orchard de Pickering, l’un des foyers qui ont nécessité l’intervention de l’armée.

Une femme et un homme plus âgé, souriants, devant un mur de briques.

Cathy Parkes et son père, Paul, qui est décédé en avril dernier lors d'une éclosion de COVID-19 qui a ravagé le foyer Orchard Villa.

Photo : Gracieuseté Cathy Parkes

Si seulement les foyers comme celui-ci avaient envoyé l’un de leurs employés formés en PCI dans les autres maisons pour les former à leur tour, on n’en serait pas là, soutient-elle.

Une série de conditions réunies

D’autres causes fondamentales de la première vague, qui n’ont pas disparu, ont contribué à l’ampleur de la deuxième, selon Donna Duncan : des bâtiments souvent vétustes, des chambres à trois ou quatre lits – en plus, cette fois-ci, d’une plus forte transmission communautaire.

Une femme portant un casque d'écoute, dans un bureau, en vidéoconférence.

Donna Duncan est PDG de l'Ontario Long Term Care Association.

Photo : Zoom

Les témoignages de ministres et experts à la Commission (Nouvelle fenêtre) d’enquête ontarienne sur la COVID-19 dans les foyers de soins de longue durée ont également mis en lumière des failles dans la gestion de la province. Une infectiologue y a récemment déclaré que des propositions pour protéger les foyers ont été jugées trop coûteuses par le gouvernement.

Des constats difficiles à avaler aujourd’hui pour Cathy Parkes et bien d’autres familles de victimes.

Selon moi, tant de vies auraient pu être sauvées.

Une citation de :Cathy Parkes, fille d'une victime de la COVID-19

Ce qui m'inquiète, c’est que si des milliers de morts n’ont pas suffi jusqu’ici pour provoquer un vrai réveil et pour vraiment mettre en œuvre des réformes sérieuses, je ne sais pas ce qui suffira, lance pour sa part le Dr Samir Sinha.

Imaginez si les foyers étaient plutôt des écoles où des enfants meurent : est-ce qu’alors on aurait agi différemment? C’est triste, mais je pense que oui probablement, parce qu’on a une société tellement âgiste.

Une citation de :Dr Samir Sinha, directeur du Service de gériatrie à Sinai Health

La menace d'autres vagues?

On observe maintenant une tendance à la baisse des cas et des décès dans les foyers de SLD.

Les vaccins se sont révélés très prometteurs et efficaces. Bien qu’ils ne représentent pas une solution absolue, avec des mesures améliorées de dépistage et de prévention et contrôle des infections, cela nous place dans une meilleure position en cas de nouvelles éclosions ou vagues subséquentes, estime le ministère des Soins de longue durée.

Le gouvernement ajoute qu’il reste déterminé à moderniser le secteur pour éviter qu’un tel scénario se reproduise dans le futur. Il s’est notamment engagé à garantir quatre heures de soins par jour dans les foyers d’ici 2024-2025.

Une infirmière vaccine une personne âgée.

L'Ontario poursuit sa campagne de vaccination contre la COVID-19.

Photo : iStock

Malgré des nouvelles encourageantes, Donna Duncan conclut que la situation reste précaire. Nous demeurons très préoccupés par nos niveaux d’effectif et par notre capacité à stabiliser les foyers dans une potentielle troisième vague avec l'apparition de nouveaux variants. Oui, on a plus d’outils, les tests rapides, les EPI, les vaccins, mais on sait aussi que les vaccins ne sont pas efficaces à 100 % et ce ne sont pas tous nos employés qui veulent l’avoir.

Il faut trouver un moyen de travailler tous ensemble.

Une citation de :Donna Duncan, PDG de l'OLTCA

Cathy Parkes et la Dre Norris pensent aussi qu’une solution durable ne viendra pas sans l’aide du gouvernement fédéral, et l’établissement de normes pour tous les foyers du pays.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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