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Achèteriez-vous une vidéo de 10 secondes pour 6,6 millions de dollars?

Des personnages animés marchent dans un parc.

L'oeuvre numérique « Crossroad » de Beeple a été vendue pour la somme de 6,6 millions de dollars américains.

Photo : Capture d'écran / Nifty Gateway / Beeple

Denis Wong

À la fin de février, un collectionneur d’art de Miami a revendu une vidéo de 10 secondes pour la somme de 6,6 millions de dollars américains, bien que cette vidéo soit facilement accessible sur Internet. Est-ce de l’argent jeté par la fenêtre? Pas aux yeux d’une nouvelle communauté qui investit massivement dans les œuvres d’art numérique authentifiées par la chaîne de blocs. Bienvenue dans l’univers des jetons non fongibles, appelés non-fungible tokens (NFT) dans le jargon.

Une petite révolution est en train de se produire dans le marché des œuvres d’art et elle transcende les horizons. De la technologie de la chaîne de blocs (blockchain en anglais) sur laquelle repose la cryptomonnaie à la question de la place du numérique dans l’art, en passant par la fièvre spéculative de ces derniers mois, le phénomène des NFT est multidimensionnel.

Mais qu’est-ce qu’un jeton non fongible?

Il s’agit d’un nouveau type d’actif numérique, dont la signature cryptographique permet de retracer publiquement l’historique de sa propriété. Contrairement à d’autres objets virtuels, cette preuve de possession assure l’unicité du jeton et les copies ne pourront jamais usurper son identité virtuelle. En d’autres termes, cette propriété est non fongible.

La chaîne de blocs est une technologie sécurisée de stockage et de transmission d’informations qui utilise des blocs liés les uns aux autres. Elle permet de suivre les transactions successives effectuées entre ses utilisateurs et utilisatrices. Cette technologie est à la base des cryptomonnaies.

Les NFT peuvent prendre toutes les formes numériques imaginables. Des artistes et des galeries virtuelles ont flairé la bonne affaire et utilisent désormais la chaîne de blocs pour créer un effet de rareté. Depuis le début de la pandémie, la popularité de ces jetons a explosé et les investissements dans les marchés en ligne ont suivi.

Récemment, la chanteuse Grimes a vendu une série de 10 œuvres d’art numérique contenant sa musique pour 6 millions de dollars américains. Certaines étaient uniques, alors que d’autres étaient offertes en édition limitée de quelques milliers d’exemplaires. Chacun d’entre eux possédait sa propre signature venant de la chaîne de blocs.

Kings of Leon a repris cette même stratégie pour offrir un format cryptographique de son nouvel album, When You See Yourself. Pendant seulement deux semaines, le groupe de rock a décidé de vendre cette version qui accompagne sa sortie physique et celle sur les plateformes de diffusion en ligne, comme Spotify. Comme ces disques virtuels ne seront jamais reproduits, les investisseurs et investisseuses décideront de la valeur de ces jetons sur le marché secondaire.

Quand le virtuel devient la réalité

Beeple, un artiste numérique bien connu dans l’univers des NFT, est l’auteur de la vidéo vendue pour la somme record de 6,6 millions de dollars américains en février dernier. Il s’agit d’une animation où des gens déambulent dans un parc, alors qu’un homme nu et couvert de graffitis est allongé sur le gazon. Plusieurs noteront la ressemblance de cet homme avec l’ancien président américain Donald Trump.

Celui qui a vendu ce jeton est Pablo Rodriguez-Fraile et le collectionneur d’art avait auparavant acquis l'œuvre de Beeple pour 67 000 dollars américains, en octobre 2020.

Vous pouvez aller au Louvre et prendre une photo de la Mona Lisa et la posséder, mais elle n’aura pas de valeur, parce qu’elle ne contient ni la provenance ni l’histoire de l’œuvre, explique-t-il à l’agence Reuters, en contrastant cet exemple avec celui d’un NFT dont la propriété est authentifiée.

Plusieurs plateformes d’échanges en ligne existent déjà ou sont en démarrage, telles que OpenSea, CryptoPunks, SuperRare et Nifty Gateway. Selon les plateformes, on peut acheter ou vendre de l’art avec différents types de cryptomonnaies ou encore avec sa carte de crédit ou de débit.

Ces galeries misent sur le fait que les gens passent de plus en plus de temps devant leur ordinateur, que ce soit sur les réseaux sociaux ou même dans des univers en ligne où ils possèdent des avatars. Pour plusieurs personnes, posséder ces jetons virtuels revient à les posséder en réalité.

Cet engouement ne se limite pas au milieu des arts. La National Basketball Association (NBA) a lancé le site web Top Shot, où des extraits de ses vedettes en action sont vendus, puis échangés entre les fans, et la ligue professionnelle de basketball perçoit une redevance à chaque transaction. Ces courtes vidéos, dont la présentation est rehaussée, sont l’équivalent de cartes sportives, mais en version cryptographique.

Son jeton le plus prisé, où l’on voit LeBron James des Lakers de Los Angeles réaliser un dunk spectaculaire, s’est vendu à 208 000 dollars américains en février.

Une bulle spéculative?

En 2021, le marché de ces actifs numériques a pris un envol aussi remarquable qu’un bond de LeBron James vers le panier. Les ventes des trois plus importantes plateformes de NFT ont atteint 342 millions de dollars américains en février, une hausse de près de 400 % par rapport au mois précédent.

La tendance est si forte que la maison d’enchères Christie’s a mis en vente un collage photographique de Beeple, contenant 5000 images produites par l’artiste. Pour elle, il s’agit de la toute première vente d’une œuvre numérique authentifiée par la chaîne de blocs. Au moment d’écrire ces lignes, l’offre la plus élevée atteignait plus de 13 millions de dollars américains.

Plusieurs analystes se demandent si ce phénomène constitue une bulle spéculative ou, au contraire, s’il s’agit de la pointe de l’iceberg. Le hasard veut d’ailleurs que cette surchauffe coïncide avec la fièvre qui a émergé des groupes de discussion sur Reddit cet hiver. Cela a mené à une poussée inattendue de l’action boursière de GameStop et d’autres entreprises en difficulté.

Cette nouvelle frontière dans le marché de l’art nous rappelle toutefois une question récurrente : les œuvres numériques devraient-elles être autant valorisées que celles dans les espaces physiques, comme les galeries et les musées?

Chose certaine, les artistes qui créent des animations 3D, réalisent des collages numériques complexes ou conçoivent simplement des œuvres destinées à l’univers virtuel devraient tendre l’oreille. Cette communauté créative vient soudainement de trouver de nouveaux débouchés pour exposer et vendre son travail en ligne.

Avec les informations de Reuters

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