•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Elles nous manquent » : des enfants endeuillés par la COVID-19 témoignent

Florence Dallaire et Simone Arsenault-Barakatt nous ont quittés en raison de la COVID-19 au cours des derniers mois.

Florence Dallaire et Simone Arsenault-Barakatt nous ont quittés en raison de la COVID-19 au cours des derniers mois.

Photo : Radio-Canada

Elles s'appelaient Florence Dallaire et Simone Arsenault-Barakatt et ont perdu la vie en raison de la COVID-19 au cours des derniers mois. En cette journée de commémoration des victimes de la COVID-19, leurs filles leur rendent hommage et espèrent que le Québec va tirer des leçons de la pandémie, dont la place réservée aux aînés dans notre société.

Elle était sociable, gourmande et aimait profondément ses enfants. C'est ainsi que Lise Gagnon décrit sa mère, Florence Dallaire.

Mme Dallaire est décédée en décembre dernier de la COVID-19 à l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Elle avait 93 ans.

C'est une personne qui était à l'écoute de ses amis, ses enfants, ses petits enfants. Des fois, elle était têtue, mais très facile d'approche, se rappelle sa fille Lise.

Mise à part une maladie congénitale qui lui enlevait de la sensibilité physique et causait des pertes d'équilibre, la santé était relativement bonne. Elle voulait vivre, confie Lise Gagnon, et ce, jusqu'à 100 ans. Il lui restait 7 ans, ajoute Lise, sourire aux lèvres.

Quand la deuxième vague a frappé, l'inquiétude de sa mère est toutefois montée d'un cran.

Elle avait peur de la deuxième vague. Elle nous l'avait dit. Mais ce n'était pas une personne qui était déprimée. Elle était courageuse. Dans sa vie, elle a eu beaucoup d'étapes où elle devait être courageuse et résiliente et c'est ce qu'elle était.

Une citation de :Lise Gagnon, fille de Florence Dallaire

À lire aussi :Hommage à nos disparus

Déménagement

Au mois de décembre, Florence doit quitter sa résidence non pas en raison de la COVID-19, mais pour une douleur à la jambe. À l'Hôpital Saint-François d'Assise, on lui diagnostique une fracture de la jambe. Elle reçoit également un résultat négatif au test de dépistage de la COVID-19.

Toutefois, un employé de la résidence de Florence demande à ce qu'elle soit envoyée dans un centre de convalescence puisqu'on ne peut assurer les soins appropriés, selon Lise Gagnon. C'est le début de la fin, croit-elle.

Les résidences de convalescence étaient toutes complètes et il avait beaucoup de centres avec des personnes infectées, se rappelle Lise. Sa mère se retrouve finalement une résidence de quelques places, où une seule personne par semaine peut lui rendre visite. Une seule personne peut appeler. C'était non négociable, confie Mme Gagnon. On a perdu le contact avec elle. On se dit : "qu'est-ce qu'elle pensait? Qu'on est allé la porter là?"

Moins d'une semaine plus tard, presque toute la résidence est infectée. On est paniqué. Elle devrait être chez elle dans son appartement, estime Mme Gagnon. Le lendemain, très tôt, ils nous ont dit qu'ils allaient la transporter à l'hôpital.

Après une brève amélioration de son état de santé, elle est finalement décédée dans l'établissement hospitalier. Tout s'est joué en une semaine. Elle est morte le 15 décembre au matin, tout de seul.

On a pas encore complété notre deuil. Elle nous manque.

Une citation de :Lise Gagnon, fille de Florence Dallaire

Maman d'amour

Maman Simone, maman d'amour. Simone était une femme d'exception, lance naturellement Guylaine Barakatt lorsqu'on lui demande de décrire sa mère, Simone Arsenault-Barakatt.

Mme Arsenault est décédée le 7 janvier 2021, à 95 ans, au CHSLD Saint-Antoine, à Québec. Elle y était depuis avril 2020. Elle avait d'ailleurs reçu la première dose du vaccin contre la COVID-19 le 17 décembre.

Ma mère s'est toujours oubliée pour les autres. Elle a toujours été bienveillante. Sans vouloir prendre de place, Simone occupait pourtant une grande place.

Une citation de :Guylaine Barakatt, fille de Simone Arsenault-Barakatt

La pandémie n'était qu'une autre épreuve pour la mère de famille qui avait déjà vécu le deuil de son mari et de ses trois garçons. Elle avait ses petits bobos, mais ce qui comptait pour elle, c'était les siens, confie Guylaine.

Il lui restait ses deux filles. C'est une femme qui avait beaucoup de courage, précise sa fille.

Guylaine visitait sa mère comme proche aidante au CHSLD Saint-Antoine. Le contact a été fréquent. Ma sœur et moi, on a toujours protégé ma mère des pires côtés de la COVID. On ne voulait pas qu'elle entende des atrocités. On voulait la protéger là-dedans parce que je me disais que si elle en savait trop, elle allait dépérir davantage.

Le 24 décembre, Simone développe un début de rhume, malgré le vaccin.

Elle me touchait, elle me parlait. Je lui avais promis que le 25 décembre, je repasserais. J'apprends le 25 au matin que ma mère a passé le test et qu'elle est positive.

Une citation de :Guylaine Barakatt, fille de Simone Arsenault-Barakatt

Guylaine réalise à ce moment qu'elle ne reverra peut-être plus sa maman. Il a fallu que je trouve une excuse pour expliquer à ma mère que je ne pouvais plus aller la voir, pour la protéger et pour essayer d'enlever tout le sinistre autour d'elle.

Le CHSLD Saint-Antoine a été le lieu d'éclosions de COVID-19.

Le CHSLD Saint-Antoine à Québec (archives)

Photo : Radio-Canada / Hadi Hassin

Après quelques jours, son état de santé se dégrade. Simone a besoin d'aide pour parler au téléphone. Ses filles tentent de la rassurer.

Le souci, ç’a toujours été de lui dire qu'elle était entre bonnes mains. Je dois avouer qu'à chaque fois que je me suis présenté au CHSLD, le personnel était vraiment de bonne écoute. J'ai vu et entendu le personnel en détresse, raconte-t-elle.

Simone Arsenault-Barakatt est décédée 14 jours après la dernière visite de sa fille.

Bâtisseurs

À peine trois mois après la mort de sa mère, Guylaine Barakatt souhaite lui rendre hommage à elle ainsi qu'à toute sa génération. Elle rappelle que ce sont les aînés qui ont permis au Québec d'être ce qu'il est aujourd'hui.

Mes parents ont bâti, comme bien d'autres personnes de cette génération-là, les grandes familles, les actifs immobiliers. Ils ont bâti des entreprises, témoigne Mme Barakatt.

Simone, elle a tout vécu. Elle a parcouru tous les chemins. L'arrivée de l'électricité, des voitures, de l'informatique. Elle a traversé toutes ces époques-là avec une grandeur d'âme extraordinaire. Toutes les personnes de cet âge peuvent prendre le crédit. C'est les gens qui ont bâti le Québec.

Une citation de :Guylaine Barakatt

Leçons et enquête

Les familles endeuillées espèrent que la société tirera des leçons de la pandémie.

J'espère qu'on saura se reprendre en main et qu'on sera assez critique des choses qu'on aurait pu mieux faire. Il y a eu beaucoup trop de victimes. Il y a eu des victimes collatérales aussi : les familles, croit Guylaine Barakatt.

Elle pense aussi que l'ampleur de la pandémie a été sous-estimée. Malheureusement, je pense que les gens ont sous-estimé le niveau de préparation, l'ampleur de la pandémie et les mesures qui devaient s'imposer pour protéger toutes ces personnes-là. Je ne pense pas qu'il y a eu en majorité de la mauvaise foi, je crois que ç’a été une méconnaissance.

De son côté, Lise Gagnon espère que la mort de sa mère mettra en lumière le sort des aînés au Québec.

Il y en a qui ne raconteront pas leur histoire et qui ont autant de peine que moi. Notre société a abandonné ses personnes âgées. Le respect de nos personnes âgées, il y a un travail à faire.

Une citation de :Lise Gagnon

Selon elle, le gouvernement doit mener une enquête publique pour tirer des conclusions.

Il faut qu'il y ait une enquête parce qu'on ne peut pas tolérer dans une société comme la nôtre, évoluée, qu'on n’aille pas chercher les raisons puis qu'on n’ait pas les solutions pour corriger les choses. Ça n'a pas de sens, juge-t-elle.

Les audiences de l'enquête du coroner sur les décès de personnes âgées ou vulnérables survenus dans des milieux d'hébergement au cours de la pandémie de COVID-19 ont débuté le 15 février.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !