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Des tests révèlent une ventilation déficiente en zones chaudes à l’Hôpital de Chicoutimi

Une ambulance quitte l'hôpital de Chicoutimi.

Le taux de CO2 a été mesuré à quelques reprises l'automne dernier par le CIUSSS.

Photo : Radio-Canada / Lynda Paradis

Michel Gaudreau

Le taux de CO2 dans l'air de certains départements de l’Hôpital de Chicoutimi ne respectait pas les normes acceptables, l'automne dernier, selon des données obtenues par la Loi d’accès à l’information. L’Hôpital de Chicoutimi est celui où le personnel a été le plus touché au Québec par la COVID-19 durant la deuxième vague.

Au moment où le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay-Lac-Saint-Jean a commencé à se questionner sur la qualité de l’air à l'Hôpital de Chicoutimi, environ 400 employés avaient reçu un diagnostic positif à la COVID-19 sur une période de deux mois et demi. Plus de 70 patients ont aussi été contaminés à l'intérieur des murs de l'établissement.

L'organisation a alors senti le besoin de tester l'air des départements concernés. On voulait vérifier le niveau de qualité de l'air puisque la transmission se faisait par différents moyens, soit par contact, par aérosol, par gouttelettes, indique le directeur adjoint de l’entretien et l’exploitation des immeubles, Lévis Sheehy. Puis on s'est dit, l'autre point qu'on devrait aller un peu plus loin, c'est la ventilation.

Pour vérifier la qualité de l’air dans les départements critiques, le CIUSSS a mesuré le taux de CO2 présent dans l’air. La titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les bioaérosols à l’Université Laval, Caroline Duchaine, explique que le CO2 est un marqueur de la qualité de l’air.

Ça indique que les taux de ventilation ne sont pas suffisants pour assurer un apport d'air neuf qui est adéquat dans une situation où l'environnement est habité, précise-t-elle.

Un taux de CO2 supérieur aux normes

Le résultat des analyses menées le 18 novembre dans l'unité D-2, où se situaient les malades infectés par le coronavirus, montre que les taux de CO2 dans l'air dépassaient nettement la limite acceptable dans les chambres, de même que dans le poste de soins des infirmières et le bureau des médecins.

Le manque de ventilation a aussi été constaté dans les unités d'hémato-oncologie, de cardiologie et de pneumoneurologie, qui avaient aussi des cas de COVID.

La mauvaise ventilation est-elle en cause?

Une préposée aux bénéficiaires de l'Hôpital de Chicoutimi qui a attrapé la COVID-19 en décembre, Anne-Frédérique Savard, croit que la mauvaise qualité de l'air a pu contribuer à la propagation de la maladie dans l’établissement. Elle travaillait dans la nouvelle unité COVID quand elle a été infectée. 

Anne-Frédérique Savard vêtue des équipements de protection individuelle.

Anne-Frédérique Savard a contracté la COVID-19 le 12 décembre dernier, alors qu'elle était au travail.

Photo : Facebook

Je pense que c'est indéniable, qu'on a tous un peu cette opinion-là, ceux qui étaient dedans, qui l’ont vraiment vécu. [...] Ce n'est pas parce que les gens travaillaient mal, ce n'est pas parce qu'il n'y avait pas de suivi et d’encadrement pour les EPI (équipements de protection individuelle), les jaquettes jaunes et les mesures de protection. Tout le monde faisait très attention parce que personne ne veut attraper ce virus-là. Il n'y a personne qui faisait exprès de le contracter. La seule chose qu'on voit, c'est que c'était vraiment l'air le problème, les systèmes d'aération.

De son côté, le CIUSSS ne croit pas que la ventilation soit la seule responsable des éclosions de l’automne dernier à l’Hôpital de Chicoutimi. La chercheuse en microbiologie Caroline Duchaine abonde dans le même sens, même si elle est d’avis qu’on a trop longtemps négligé l’importance de l’air ambiant comme mode de transmission de la COVID. 

En juin, le mode de transmission par l'air n'était pas encore officiellement compris et reconnu, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui, rappelle-t-elle. Maintenant, on sait très bien que l'air semble être une des voies de propagation importantes, sinon la plus importante pour cette maladie-là. Donc, d'autant plus, la ventilation est importante.

Lévis Sheehy reconnaît aussi qu’une meilleure ventilation peut contribuer à améliorer les choses. Ça nous a amenés à poser des actions en termes de ventilation mécanique. Notre façon de combattre le virus, ç’a été d’installer un système d’air forcé vers l’extérieur.

Des unités à pression négative mises en place

Pour améliorer la qualité de l’air, le CIUSSS a donc installé des unités à pression négative dans ses nouvelles zones chaudes, les secteurs E-4 et D-4, qui ont accueilli jusqu’à une trentaine de patients au plus fort de la seconde vague en décembre.

Le CIUSSS a également installé de telles unités à l’Hôpital d’Alma, qui accueillait aussi des patients atteints de la COVID-19, et dans certains CHSLD comme Jacques-Cartier. Un investissement de plus de 200 000 $, incluant les appareils, a été réalisé.

On a augmenté le taux d'air extérieur qui est introduit dans les bâtiments. Donc, c'est une mesure pour diminuer la charge virale lorsqu'on suspecte qu'il y a une possibilité d'aérosols dans l'air , soutient Lévis Sheehy.

Les tests effectués par le CIUSSS le 22 décembre, après l’installation des unités à pression négative, montrent une nette amélioration de la circulation d’air, le taux de CO2 se situant alors bien en dessous des limites acceptables.

Apprendre de la pandémie

Le directeur adjoint de l’entretien et l’exploitation des immeubles au CIUSSS admet avoir appris avec cette pandémie. Il y a un virage qui se fait, dit-il. Le ministère nous a donné certaines directives à l'effet de bien répertorier nos systèmes, de les analyser de manière plus fréquente, de tenir un registre d'inspection de nos systèmes mécaniques de ventilation sur une base annuelle, puis on va se diriger dans les prochains mois et les prochaines années à faire des test de dioxyde de carbone, de CO2, dans certains locaux qui sont plus à risque. On va rehausser notre niveau de surveillance et notre niveau d’entretien des systèmes. C’est vers ça que ça va nous avoir amenés, conclut-il.

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