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Myanmar : « Tirez jusqu'à ce qu'ils meurent »

Des policiers portant des boucliers et des armes se tiennent près de manifestants qui portent des casques et des boucliers.

Des policiers armés font face aux manifestants à Naypidaw, capitale du pays, le 8 mars.

Photo : Getty Images / AFP/Pigiste

Radio-Canada

Des policiers birmans qui ont fui leur pays pour se réfugier en Inde affirment que l'armée cherche à écraser dans le sang le mouvement de désobéissance civile qui s’est emparé du Myanmar après le coup d’État perpétré contre le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi le 1er février.

C'est du moins ce qu'une dizaine d'entre eux affirment dans une série de témoignages recueillis par l’agence Reuters et la BBC dans l’État indien du Mizoram, séparé du Myanmar par la rivière Tiau, qui fait office de frontière entre les deux pays.

Tous affirment avoir fui leur pays, laissant souvent derrière eux les membres de leur famille, parce qu’ils ne pouvaient se résoudre à ouvrir le feu sur les manifestants, comme on le leur ordonnait, en imputant le tout à l’armée.

Tha Peng affirme par exemple qu’il n’a pas eu le choix de quitter son pays, après avoir refusé de tirer à la mitraillette sur une foule rassemblée dans la ville de Khampat le 27 février, comme le lui avait ordonné son supérieur.

L’ordre, qui venait de l'armée, selon lui, le sommait de tirer jusqu’à ce qu’ils meurent, alors que les règlements de la police indiquent que des manifestations ne peuvent être matées qu’avec des balles de caoutchouc, voire des tirs sous les genoux.

Un homme en uniforme de policier sur une photo montrée sur un téléphone cellulaire. La tête sur la photo est cachée par le pouce de celui qui la montre.

Tha Peng montre une photo de lui en uniforme de policier, en s'assurant de masquer son visage.

Photo : Reuters / Devjyot Ghoshal

L’homme de 27 ans, qui n’a donné que son nom partiel, mais dont Reuters a pu vérifier les cartes d’identité nationale et de policier, affirme que six de ses collègues ont aussi désobéi à cet ordre.

Le 1er mars, Tha Peng dit avoir quitté son village et voyagé pendant trois jours, principalement de nuit, pour éviter des ennuis, pour se réfugier dans l’État indien du Mizoram.

Son témoignage recoupe celui de quatre autres policiers qui ont choisi l’exil, et dont les témoignages ont été consignés dans un rapport de la police du Mizoram dont Reuters a obtenu copie.

Alors que le mouvement de désobéissance civile prenait de l’ampleur et que des manifestations tenues par des protestataires anticoup se tenaient à différents endroits, on nous a ordonné de tirer sur les protestataires, ont-ils déclaré. Dans une telle situation, nous n’avions pas le cran de tirer sur notre propre peuple, qui manifeste pacifiquement.

Ngun Hlei (nom partiel), 23 ans, affirme aussi qu’il a quitté son poste de policier à Mandalay après avoir reçu l’ordre de tirer, sans préciser si l’objectif était de tuer. Il affirme, à l’instar de Tha Peng, que l’ordre venait assurément de l’armée birmane, mais sans offrir de preuve à l’appui.

Réprimandé pour avoir désobéi aux ordres, Ngun Hlei, dont Reuters a pu vérifier la carte d’identité nationale, raconte avoir sollicité l’aide de militants prodémocratie avant de se réfugier, le 6 mars, dans le village de Vaphai, dans l’état indien du Mizoram.

Tha Peng, Ngun Hlei, et une autre femme se faisant appeler Dal, qui a montré ses cartes d’identité et de policière à Reuters, affirment tous que les manifestants ont des appuis substantiels au sein des forces policières birmanes.

Au poste, 90 % [des policiers] soutiennent les manifestants, mais il n’y a aucun leader pour les unifier, a dit Tha Peng, qui affirme avoir laissé derrière lui sa femme et deux filles, dont l’une âgée d’à peine six mois.

Une soeur, de dos, est agenouillée au sol. Devant elle, un policier se prosterne, un autre, accroupi, a les mains jointes.

Cette image qui a fait le tour du monde montre une soeur priant des policiers de ne pas faire preuve de violence contre des manifestants de la ville de Myitkyina, au Myanmar, le 8 mars.

Photo : Reuters / MYITKYINA NEWS JOURNAL

Les témoignages recueillis par la BBC sont à l’avenant.

J’avais peur d’être forcé de tuer ou de blesser des innocents qui protestaient contre l’armée , a raconté un autre homme se présentant comme policier. Nous estimons que c’est mal que l’armée ait renversé un gouvernement élu.

Un autre homme de 22 ans affirme que les policiers comme lui ont été associés à des militaires pour patrouiller dans les rues de sa ville après le coup d’État. Il dit avoir aussi refusé d’ouvrir le feu sur des foules.

L’officier militaire responsable a ordonné de tirer sur les gens qui étaient dans des groupes de plus de cinq. « Après avoir vu des gens qui saignaient, ma conscience m’interdisait de prendre part à ces actes mauvais.

Le groupe de jeunes policiers rencontrés par la BBC croit que d’autres de leurs collègues les imiteront bientôt et viendront trouver refuge en Inde.

Ni l'agence Reuters ni la BBC n'ont pu vérifier de façon indépendante les allégations des policiers birmans qui ont fait défection. La junte ne les a pas commentées non plus.

Plan éloigné d'un village au milieu d'un paysage montagneux.

Plusieurs policiers birmans, dont Tha Peng, ont trouvé refuge dans le village de Champai, dans l'État indien du Mizoram.

Photo : Reuters / Devjyot Ghoshal

Le premier ministre de l’État du Mizoram, Zoramthanga, affirme que son gouvernement va offrir le gîte aux Birmans qui fuient leur pays, en attendant que le gouvernement fédéral prenne une décision à leur sujet. Le Myanmar demande à ce qu’ils soient rapatriés.

Selon l’ONU, une cinquantaine de Birmans ont été tués dans des manifestations survenues après le coup d’État.

Avec les informations de Reuters, et BBC

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