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Comment se sont terminées les épidémies du passé?

Un hôpital américain débordé en 1918 par l'épidémie de grippe espagnole qui a fait 30 millions de morts partout sur la planète.

Un hôpital américain débordé en 1918 par l'épidémie de grippe espagnole qui a fait entre 30 et 100 millions de morts partout sur la planète.

Photo : La Presse canadienne / Associated Press

Érik Chouinard

Il y a un an, l’OMS déclarait que la COVID-19 était officiellement une pandémie. Depuis, des vaccins développés à vitesse grand V donnent un certain espoir de pouvoir enfin s’en sortir, mais l’arrivée des variants laisse présager que le virus n’est pas près de disparaître. Pour mieux appréhender la suite, les épidémies du passé peuvent peut-être donner des pistes.

Depuis le 19e siècle, rares sont les épisodes épidémiques meurtriers qui ont duré plus de quelques mois, selon le spécialiste de l’histoire de la médecine et professeur associé à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, Denis Goulet. Généralement, elles ont été d’assez courte durée, mais avec des taux de mortalité assez élevés, explique-t-il.

Au Québec, la pandémie de grippe espagnole, à laquelle celle de la COVID-19 est souvent comparée, a surtout sévi pendant les mois d’octobre et de novembre 1918, avec de plus petites résurgences en 1919 et 1920.

Un avertissement contre la grippe espagnole dans un journal montréalais de 1919

Un avertissement contre la grippe espagnole dans un journal montréalais de 1919

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

C’est une maladie extrêmement virulente et elle affecte surtout les jeunes. Il y a des familles où deux ou trois enfants vont mourir en l’espace de quelques semaines, c’est très rapide, s’exclame l’historien de la médecine.

Or, c’est justement probablement cette vitesse de propagation et cette virulence qui expliquent la courte durée de cette épidémie. C’est foudroyant comme maladie, mais étant donné que le taux de décès est très élevé, la grippe disparaît un peu par faute de réservoirs humains. Les plus fragiles décèdent et le virus se propage moins chez des personnes qui n’ont que de plus faibles symptômes, à la longue, la maladie finit par disparaître, poursuit Denis Goulet.

Dans d’autres cas, l’hiver québécois a parfois donné un coup de main pour endiguer des épidémies. Certains pathogènes supportent tout simplement mal le froid, comme c’est le cas pour le vibrion cholérique qui cause le choléra.

Une image en noir et blanc montrant un squelette tenant une faux monté sur un chariot tiré par un cheval, devant des fantômes portant le nom de différentes maladies.

Une caricature du Canadian Illustrated News représentant différentes maladies meurtrières, dont le choléra, en 1875.

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Au Québec, le choléra a surtout été une maladie saisonnière. Les trois principales épidémies de choléra de 1832, 1834 et 1849 ont duré environ de juillet à octobre, donc de deux à trois mois à peu près, précise le professeur. Ainsi, différents facteurs peuvent mener à la fin d’un épisode épidémique, certains étant plus faciles à contrôler que d'autres.

Question d'immunité

Comme dans le cas de la grippe espagnole, c’est surtout grâce à l'immunité collective qui s’est formée chez les survivants que bien des épidémies se sont terminées. Avant l'avènement des vaccins, elle se formait malheureusement souvent au prix de la vie de milliers de personnes, rappelle l’historien Denis Goulet.

La variole est une des premières maladies pour laquelle il y a eu des vaccins. C’est un bon exemple de comment la vaccination peut avoir un impact sur la propagation d’une maladie, explique un autre historien de la médecine, Thomas Schlich, professeur au Département d’études sociales de la médecine à l’Université McGill.

Edward Jenner administre le premier vaccin contre la variole en 1796

Edward Jenner administre le premier vaccin contre la variole en 1796

Photo : Welcome museum, Londres

Même en 1885, lors de la dernière épidémie de variole qui a surtout touché Montréal, une campagne de vaccination a pu être déployée. La vaccination contre cette maladie a aussi permis de mettre fin au cycle épidémique qu’elle faisait subir à l’humain depuis des siècles, selon le professeur.

Question de mutation

Un vaccin contre une maladie comme la variole est d’autant plus pratique que la protection contre celle-ci dure théoriquement pour la vie. Ce n’est toutefois pas le cas pour tous les pathogènes. L’exemple le plus probant est celui des virus de la grippe qui ont la capacité de muter suffisamment rapidement pour déjouer plus d’une fois le système immunitaire dans une seule vie.

C’est pourquoi les vaccins de la grippe ne sont jamais efficaces à 100 %. Chaque année, on pourrait dire qu’il y a de petites épidémies de grippe et certaines années sont pires que d’autres. Les virus de la grippe varient aussi beaucoup par rapport à leur virulence, relate Thomas Schlich.

Or, une certaine protection peut tout de même être acquise lorsque certains pathogènes comme les virus grippaux sont suffisamment similaires entre eux. Ainsi, le fait d’avoir déjà combattu une certaine souche grippale peut faire en sorte que la maladie sera moins grave lorsqu'un mutant de la même souche fait surface.

Yves Bolduc souriant en train de se faire vacciner.

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, en train de se faire vacciner contre la grippe H1N1 en 2009. Cette pandémie ainsi que celle de la grippe espagnole ont été causées par la même souche virale, un virus de la grippe A (H1N1).

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

C’est d'ailleurs de là que provient l’hypothèse voulant que la grippe espagnole ait surtout été meurtrière pour les plus jeunes. Ça indique qu’il y a probablement eu un autre épisode d’épidémie d’une grippe similaire mais moins mortelle dans le passé qui avait déjà donné une certaine immunité aux plus âgés lorsqu’ils étaient plus jeunes, remarque le professeur de l’Université McGill.

Question de réservoir

Ainsi, sans vaccin efficace, l’immunité a ses limites temporelles et surtout générationnelles. C’est entre autres ce qui explique que, dans l’histoire humaine, la plupart des épidémies sont cycliques, rappelle Thomas Schlich. Pour réellement endiguer un pathogène pandémique, il faut aussi pouvoir contrôler sa source.

Bien entendu, c’est plus facile pour certaines maladies que d’autres. Un bon exemple est la peste. Quand elle est apparue en Europe au 14e siècle, elle a décimé le tiers de la population européenne, mais elle a fini par ralentir lorsque tous ceux qui étaient susceptibles de mourir étaient morts et que le reste avait probablement acquis une certaine immunité. Mais à travers différentes générations, la peste revenait toujours, et ce, pour des centaines d’années, jusqu’à tout récemment, raconte le professeur.

Une illustration présentant le chaos semé par la peste dans l'Europe du Moyen-Âge.

La peste noire a semé le chaos en Europe à partir de décembre 1347.

Photo : Wikimedia Commons

Aujourd’hui, la maladie existe encore, même si grâce aux antibiotiques elle peut maintenant être traitée. Il n’en demeure pas moins qu’elle sera probablement toujours difficile à enrayer complètement puisque son réservoir principal, ce sont les rats.

C’est plus difficile de contrôler des maladies si leur réservoir est chez d’autres espèces comme les rats. Si un virus a comme réservoir seulement les humains, comme pour la variole, c’est plus facile. C’est pourquoi ça valait la peine d’essayer de l’éradiquer par la vaccination, précise Thomas Schlich.

Question de transmission

Différents facteurs socioculturels et démographiques ont aussi beaucoup affecté le déroulement des épidémies, surtout par les dynamiques de transmission des maladies.

Plus une population est élevée et dense, plus les contacts sont élevés et plus la maladie se répand. Le Québec en 1918 était beaucoup moins densément peuplé qu’aujourd’hui, donc les risques de transmission étaient bien moindres, résume Denis Goulet.

Jusqu’à récemment, les humains se déplaçaient aussi beaucoup moins et couvraient aussi bien moins de distance. Les déplacements par avion notamment n’existaient pratiquement pas avant la moitié du 20e siècle environ, ajoute le professeur de l’Université de Montréal.

Un panneau qui montre la ville de Wuhan en Chine et qui mentionne que si les voyageurs arrivent de cette ville et qu'ils ont la toux ou la fièvre, il faut en informer le personnel immédiatement.

En janvier 2020, un avis de quarantaine sur l'épidémie de coronavirus à Wuhan est vu dans un hall d'entrée de l'aéroport de Haneda à Tokyo, au Japon.

Photo : Reuters / Kim Kyung-Hoon

Le contexte historique de la présente pandémie la rend donc différente de la plupart des autres qu’a traversées l’espèce humaine au fil de son existence. C’est difficile de prédire ce qu'il adviendra de la COVID-19, différents pathogènes suivent différents chemins, concède Thomas Schlich.

Je suis certain qu’au Québec, c’est la première fois qu’il y a une pandémie comme celle qu’on vit aujourd’hui qui dure aussi longtemps. Ça fait un an que la pandémie sévit, c’est un peu une première pour une maladie respiratoire dans l’histoire de la province. C'est très singulier, ce qu’on vit aujourd’hui, retient à son tour Denis Goulet.

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