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Le combat d’un père

Éric Boudreault croit toujours que les policiers auraient pu empêcher le meurtre de sa fille Daphné.

Une photo de Daphné Huard-Boudreault encadrée et disposée sur une table, avec des chandelles devant.

Daphné Huard-Boudreault a été assassinée par son ex-conjoint le 22 mars 2017.

Photo : Radio-Canada

Les années passent, mais Éric Boudreault ne perd rien de sa détermination à faire changer les choses. Il croit que les policiers auraient pu empêcher l’assassinat de sa fille Daphné par son ex-conjoint, le 22 mars 2017, à Mont-Saint-Hilaire, s'ils avaient bien analysé tous les faits. Il espère toujours que le comité de déontologie policière lui donnera raison.

Tout ce que je veux, c'est qu'on cesse de banaliser la violence et l'intimidation des jeunes filles, des femmes, lance Éric Boudreault, plus convaincu que jamais d'avoir raison de se battre.

Et les événements récents de violence extrême contre des femmes rappellent cruellement combien il faut être attentif et interventionniste pour protéger celles qui sont aux prises avec des conjoints agressifs.

Le jour de sa mort, Daphné Huard-Boudreault a subi plusieurs épisodes de harcèlement et d'intimidation de la part de son ex-copain Anthony Pratte-Lops.

D'abord, à 5 h du matin, quand elle est partie de chez son père pour se rendre au travail, elle a trouvé Pratte-Lops couché dans sa voiture. Il est resté à bord jusqu'au dépanneur où elle travaillait. La police a été appelée à intervenir pour expulser le jeune homme du dépanneur.

Il a quitté les lieux en emportant le cellulaire de Daphné Huard-Boudreault et s’est servi de son compte Facebook pour publier des vidéos dénigrantes.

La jeune femme ne voulait pas porter plainte contre son ex-petit ami, elle voulait seulement que cela cesse.

On connaît la suite... Daphné Huard-Boudreault s’est présentée au poste de police vers midi, puis s’est rendue à l'appartement pour récupérer ses effets personnels, suivie par une policière. Celle-ci est arrivée quelques minutes après le drame, pas à temps pour protéger Daphné, seulement pour procéder à l'arrestation d'Anthony Pratte-Lops.

Protocole spécial d'intervention

Presque un an après avoir enterré Daphné, Éric Boudreault a porté plainte au Commissaire en déontologie parce qu'il juge que les policiers ont négligé de protéger sa fille, le 22 mars 2017, alors que tous les drapeaux étaient dressés.

Anthony Pratte-Lops était bien connu des policiers de la Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent (RIPRSL), qui l'avaient arrêté à de nombreuses reprises pour des infractions à la sécurité routière.

Plusieurs rapports de police font état de son tempérament explosif, agressif, à un point tel qu'une inscription particulière apparaît, sous son nom, au Centre de renseignements policiers du Québec (CRPQ), l'outil privilégié des policiers.

Cette inscription prévient les policiers qui interviennent auprès d'Anthony Pratte-Lops qu'il souffre d'un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) accompagné de troubles de la personnalité, et qu'une personne responsable peut être contactée en tout temps.

Éric Boudreault reproche aux policiers de ne pas avoir fait les vérifications élémentaires au CRPQ, ce qui les aurait alertés.

Daphné s'est fait intimider devant eux, au dépanneur, elle s'est fait voler son téléphone cellulaire, qu'est-ce qu'il leur faut de plus?, s'insurge le père éploré. Daphné ne voulait pas porter plainte... Et alors? C'est à eux d'agir pour la protéger! Elle avait 18 ans!

Les directives émises par la SQ confirment que les policiers peuvent faire enquête et recommander de porter des accusations, indépendamment de la volonté de la victime de porter plainte ou non.

Plainte rejetée, révision accordée

En février 2020, le Commissaire à la déontologie policière a rejeté la plainte d'Éric Boudreault. Selon le Commissaire, les policiers n'ont pas perçu l'ex-conjoint comme une menace. Pour eux, il y avait absence d'infraction criminelle et aucun danger appréhendé.

En révision de cette décision, un juge administratif a donné en partie raison à Éric Boudreault et a ordonné au Commissaire à la déontologie policière de reprendre son enquête.

À midi, le 22 mars 2017, lorsque Daphné s’est présentée au poste de police de Beloeil, une policière lui a conseillé de porter plainte pour harcèlement criminel. Cela montre bien qu'à son avis, un crime avait été commis et que la directive portant sur la tolérance zéro en matière de violence conjugale devait être suivie.

Cette fois, le Commissaire en est venu à la conclusion que deux policiers de la RIPRSL ont dérogé à leur code de conduite et que la plainte à leur égard était justifiée.

L'agente Brigitte Légaré et le sergent Martin Fisette seront donc traduits devant leur comité de déontologie et devront expliquer pourquoi ils n'ont pas jugé bon d'appréhender le jeune homme qui harcelait et menaçait son ex-conjointe en ce matin fatal de mars 2017.

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