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La COVID-19 va-t-elle transformer Hart Island, la fosse commune de New York?

De la grippe espagnole jusqu'à la pandémie de COVID-19, plus d'un million de New-Yorkais ont été enterrés à Hart Island. Cet endroit peu invitant pourrait un jour se transformer en lieu de commémoration.

Des cercueils enterrés dans la fosse commune de Hart Island en avril 2020, pendant la première vague de pandémie de COVID-19.

Des cercueils enterrés dans la fosse commune de Hart Island en avril 2020, pendant la première vague de pandémie de COVID-19.

Photo : Reuters / Lucas Jackson

En avril 2020, au pire de la première vague, les images de cercueils enterrés dans une fosse commune à New York ont fait le tour du monde, révélant l'ampleur de la crise dans la métropole américaine.

Si la scène a marqué l'imaginaire, la pratique n'avait rien d'inusité. Hart Island, l'île située au large du Bronx, sert de cimetière municipal à la métropole américaine depuis la fin de la guerre de Sécession, il y a plus de 150 ans.

Parmi les centaines de milliers de personnes qui y sont enterrées se trouvent des victimes de grandes épidémies comme la grippe espagnole, mais aussi un grand nombre de New-Yorkais défavorisés ou dont la famille ne pouvait se charger du corps.

L'île de Hart Island, à New York.

Plus d'un million de personnes ont été enterrées à Hart Island, une île au large du Bronx.

Photo : Radio-Canada / Bertrand Guez

C'est dans cette fosse commune qu’a été enterré Norberto Soto, mort du sida au début des années 1990. Sur Hart Island, son nom ne figure sur aucune plaque commémorative.

Sa fille Elsie raconte qu'à la mort de son père, sa famille a dû faire un choix déchirant. Incapable de payer le prix exorbitant exigé par les centres funéraires pour les personnes atteintes du sida, sa mère a choisi de remettre son corps à la Ville de New York, qui l'a enterré à Hart Island.

En raison de sa maladie, il était ségrégué à la fin de sa vie, placé en quarantaine dans les hôpitaux et tenu à l'écart de ses proches. Et maintenant, le voilà encore ségrégué.

Une citation de :Elsie Soto

Elsie Soto déplore qu'encore aujourd'hui, visiter l'île pour rendre hommage à son père est un véritable casse-tête. 

Elsie Soto devant le dernier édifice où a vécu son père dans l'arrondissement du Bronx, à New York.

Elsie Soto devant le dernier édifice où a vécu son père dans l'arrondissement du Bronx, à New York.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Gérée par le département des prisons de la Ville de New York, Hart Island n'est accessible que par bateau et il n'est pas possible de s'y présenter sans avoir pris au préalable un rendez-vous. 

Les quelques fois qu'elle a pu s'y rendre, Elsie Soto a été confrontée à un décor peu accueillant, composé notamment de bâtiments en ruine datant parfois du 19e siècle. Et jusqu'au début de la pandémie, des détenus de la prison new-yorkaise de Rikers étaient responsables d'y enterrer les corps.

Ça affecte le processus de deuil que quelqu’un traverse normalement quand il perd un proche, raconte Elsie Soto, rappelant en plus que des portes grillagées bloquent l’accès au quai qui permet d’atteindre l’île. 

L'accès au traversier qui permet de se rendre à Hart Island.

L'accès à Hart Island est géré par le département de la Ville de New York responsable des prisons.

Photo : Reuters / Lucas Jackson

De fosse commune à lieu de commémoration?

Le décor lugubre qui accueille les proches des personnes enterrées à Hart Island pourrait éventuellement changer.

L'été dernier, un projet a été présenté par un conseiller municipal de New York pour éventuellement faire de cette île un site commémoratif à la mémoire des 25 000 victimes confirmées de la COVID-19 qui résidaient dans la ville. 

Il ne faut pas que ce soit uniquement pour les victimes de la COVID-19, lance cependant Melinda Hunt, responsable du Hart Island project, une organisation qui partage des informations sur les personnes enterrées sur l'île.

Melinda Hunt du Hart Island Project.

Melinda Hunt est à la tête du Hart Island Project qui tente de retracer l'histoire des personnes enterrées à l'île.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Le but d’un cimetière est de connaître notre histoire et de se souvenir des gens qui sont passés avant nous. Mais à New York, une ville qui est tellement grande et dense, cette île est devenue le symbole de ceux qui sont passés entre les mailles du filet.

Une citation de :Melinda Hunt, responsable du Hart Island Project

L’option que privilégie l’organisation de Melinda Hunt pour l'avenir Hart Island est un retour à l’état naturel, sans édifice ou monument, et où les services d’interprétation seraient offerts par les Parcs nationaux.

Que l’île devienne ou non un lieu de commémoration, les proches de personnes qui y reposent ont déjà remporté une première victoire. .

À partir du mois de juillet, la responsabilité de Hart Island sera transférée du département de la ville de New York qui gère les prisons à celui responsable des parcs. Un changement qui pourrait avoir des impacts sur l'apparence du lieu et son accès.

Une vue aérienne de Hart Island, au printemps 2020.

Une vue aérienne de Hart Island, au printemps 2020.

Photo : Reuters / Lucas Jackson

Comme beaucoup de gens qui n’ont pas pu dire un dernier au revoir à leurs proches pendant la pandémie de COVID-19, je n’ai pas pu dire au revoir à mon père pendant la crise du sida, explique Elsie Soto. 

Pour elle, la création d’un site commémoratif, ou toute mesure qui permettrait un changement de décor à Hart Island, serait quelque chose d’important pour des familles qui aimeraient faire leur deuil.

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