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Les fabricants de guitares haut de gamme sont débordés

Dion James dans son atelier.

La réalisation de guitares demande patience et minutie.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Ils sont à peine 500, en Amérique du Nord, à fabriquer à la main des guitares acoustiques haut de gamme qui peuvent se vendre plus de 10 000 $. Cette communauté soudée d'artisans a vu ses commandes augmenter pendant la pandémie, malgré l'annulation des salons d'exposition.

Derrière une petite porte sans numéro, dans une allée déserte proche de l’avenue Whyte, à Edmonton, se cache Dion James, un homme passionné. Ce jeune père de famille fabrique des guitares haut de gamme depuis 15 ans.

Il se souvient très bien de la première, en 2004, lorsqu’il a commencé à développer sa patience et sa passion. Il est tombé amoureux du bois et de sa complexité. Si ma maison brûle, je pars avec mon enfant, ma conjointe et cette guitare, assure-t-il.

Un son unique

Dion James passe 250 heures sur une seule commande. Il n'en réalise que huit par année. Ces instruments confectionnés avec minutie n'ont rien à voir avec ceux qui sortent des usines.

Le son est totalement différent. Ce sont des instruments de concert ou d'orchestre. Mes guitares ont plus de sonorité et ont un son plus riche, explique-t-il.

Dion James dans son atelier.

Les fabricants de guitares haut de gamme sont débordés

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Le luthier Michel Pellerin, installé au Québec, compare son activité avec celle d’un chef cuisinier.

Tu peux aller chez une chaîne connue, tu sais quel modèle y est fait, tu as vu beaucoup d’avis et de publicités, mais tu as aussi entendu parler d’un petit cuisinier avec le même menu, plus cher, mais qui t’offre une expérience unique, dit-il.

Pour certains, c’est même un art. Il y a une approche "savant fou de laboratoire", c’est un travail d’orfèvre, affirme Théo Kazourian, un Français établi à Montréal et passé par l’école-atelier Lutherie-Guitare Bruand.

Théo Kazourian travaille sur une guitare dans son atelier.

Théo Kazourian a commencé à façonner des guitares dans sa cuisine le soir et les fins de semaine.

Photo : Vincent Perocheau

Une poignée d’artisans

Difficile de savoir combien d’artisans luthiers experts en guitare acoustique compte l’Amérique du Nord. Il n’existe pas d’association ni de collectif les regroupant. Le Répertoire des luthiers du Québec en recense 80 dans cette province.

Au Canada et aux États-Unis, ils ne seraient pas plus de 500 fabricants à œuvrer dans le haut de gamme, selon Robin Weber, de Guitar Gallery, une boutique de Nashville, dans l'État du Tennessee, qui fait office de référence dans le milieu.

La compétition est rude, selon Dion James. La maîtrise de la matière première, le bois, est capitale.

Chaque bois a une caractéristique sonore, raconte Michel Pellerin. L’érable, c’est merveilleux pour les guitares pour des enregistrements. Pour un joueur de blues, je vais utiliser de l’acajou.

Des guitares dans un atelier.

Les fabricants de guitares haut de gamme n'en produisent pas plus d'une dizaine par an.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Pour l'arrière et les côtés, Dion James, lui, utilise du bois dur tropical ou du palissandre. Le manche est réalisé à partir d'épicéa ou de cèdre. Chaque guitare demande près de 200 étapes.

Tous les objets de notre quotidien sont faits par des gens qu'on ne connaît pas. Mes clients apprécient d'avoir un instrument fait par un artisan qu'ils connaissent, une relation se crée et ils achètent souvent plus d'une guitare, précise le luthier d’Edmonton.

Des commandes en hausse

Si la célèbre marque Fender a affiché des volumes de ventes historiques en 2020, les petites mains qui confectionnent des pièces rares sont aussi débordées.

Guitar Gallery, revendeur de guitares haut de gamme réputé en Amérique du Nord, a vu ses ventes augmenter de 20 % depuis mars 2020. Les gens surfent davantage sur le web, et une guitare faite main est un très bon ami quand on est confiné , avance le propriétaire, Robin Weber.

Avant la pandémie, il fallait attendre un an pour avoir une guitare sortie de l’atelier de Dion James. Aujourd'hui, c'est plus de deux ans.

À 10 000 $, voire 13 000 $, l'unité, le prix n'est pas un frein pour ses clients.

Certains sont des collectionneurs fortunés qui ont des dizaines ou des centaines de guitares, mais j'ai aussi des clients de la classe moyenne qui préfèrent investir dans un instrument de musique au lieu de s'acheter une nouvelle voiture. Ils mettent juste de l'argent de côté chaque mois, explique-t-il.

Michel Pellerin tient une guitare dans un champ.

Michel Pellerin confectionne des guitares à la main depuis 23 ans.

Photo : Michel Pellerin

Au Québec, le luthier Michel Pellerin a aussi vécu une hausse de ses commandes et des demandes de réparation.

Avec l'annulation des salons d'exposition, très importants dans ce métier pour mettre les créations entre les mains des musiciens, l’artisan a dû s'adapter pour attirer de nouveaux clients grâce à l'Internet.

J’ai fait plus de marketing sur les réseaux sociaux avec des compagnies de marketing pour savoir comment faire mes interactions et mes publicités, souligne-t-il.

Afin d'offrir la meilleure expérience possible, il a mis en ligne plus de photos et de vidéos pour faire découvrir le son unique de ses créations et ainsi attirer d'autres mélomanes, une note après l'autre.

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