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Les artistes féminines boudées par les radios québécoises, selon Musique bleue

Elles chantent. Stéphanie joue de la guitare.

Mélanie et Stéphanie Boulay du duo Les sœurs Boulay

Photo :  La production est encore jeune inc. / Karine Dufour

Radio-Canada

Le mouvement Musique bleue a publié lundi, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, une lettre ouverte dénonçant la sous-représentation des artistes féminines québécoises sur les ondes (Nouvelle fenêtre) des radios commerciales. Elle a été signée par plus de 150 personnes du milieu musical, dont Stéphanie Boulay des sœurs Boulay, Klô Pelgag, Lou-Adriane Cassidy, Qualité Motel et Valaire. 

Sur les stations comme CKOI, Énergie, Rouge FM ou Rythme FM, la proportion d'artistes féminines diffusées dans la programmation francophone oscille entre seulement 2 % et 30 %. Pourtant, il ne manque ni artiste ni talent féminin; cet écart n’est d’aucune façon représentatif de l’offre actuelle québécoise, indique la lettre, qui se base sur des chiffres compilés en juin 2020 et en février 2021. 

C’est lors d’un trajet en voiture que Fannie Crépin a eu l’idée de se pencher sur les statistiques au sujet de la présence des femmes sur les ondes. En 2 h 30 dans le trafic, je n’ai pas entendu une femme dans le contenu francophone [diffusé], a-t-elle raconté lundi après-midi à Catherine Richer, chroniqueuse culturelle à l’émission Le 15-18

Musique bleue, confondé par Fannie Crépin et Philémon Cimon au début de la pandémie pour encourager la consommation de musique locale, a procédé à des dénombrements de chansons d’artistes féminines diffusées sur les radios commerciales québécoises pendant une période de 24 heures. Certaines stations arrivaient à 0,5 % de femmes en 24 heures. On est restés bouche bée, a-t-elle expliqué. On a encore fait l’exercice aujourd’hui et on est à 1 % depuis ce matin.  

Les femmes ne chantent pas que des ballades

Quand les interprètes et autrices-compositrices d’ici questionnent les programmateurs pour savoir ce qui justifie leur exclusion des ondes, les explications qu’elles reçoivent sont souvent surréalistes. "Tu sonnes trop féminine" ou "il y a déjà assez de filles sur nos ondes", propos entendus et rapportés en 2021, ne sont pas des raisons valables ni acceptables pour refuser de jouer une chanson, précise la lettre. 

Signe de cette vision stéréotypée de la musique, les stations affichant la plus forte représentation féminine lors des décomptes faits par Musique bleue diffusent plus de ballades que les autres, selon Fannie Crépin, qui est également gérante d’artistes. 

La musique québécoise est associée à une musique un peu rock-folk chantée par des hommes, a-t-elle constaté. La culture québécoise, ce n’est pas juste ça.  

Un cercle vicieux qui nuit aux femmes

Comment expliquer cette sous-représentation des Québécoises parmi les artistes francophones programmés par les radios? 

Première raison avancée : le manque de diversité dans les artistes diffusés par les radios. Il est plus difficile de se tailler une place quand le cercle est limité. En musique francophone, 50 % de nos ondes sont dominées par 10-11 artistes, précise Fannie Crépin. Il y a un manque d’espace pour les artistes émergents.

Ensuite, l’offre de musique féminine québécoise est quantitativement moindre que celle des artistes masculins, et un cercle vicieux renforce ce phénomène.

Parce que les radios jouent plus d’hommes, naturellement, toute l’industrie va faire signer [plus de contrats à] des hommes et penser que [les hommes rapportent] plus d’argent.

Une citation de :Fannie Crépin, cofondatrice de Musique bleue

C’est ce cycle qu’il faut briser, a-t-elle ajouté. Les radios, c’est une bonne façon de le briser. Si elles le font, naturellement, les compagnies [de disques] vont signer plus d’artistes féminines, et plus de femmes vont vouloir faire de la musique, car elles vont avoir des modèles féminins.  

Vers des quotas?

Pour faire davantage entendre les artistes féminines francophones sur les radios, Fannie Crépin aimerait voir les radios commerciales québécoises changer leurs pratiques d’elles-mêmes. Il faut qu’une personne à la direction de ces entreprises se décide et tout change.

Féminiser leurs ondes serait également payant pour les stations, selon elle. Je ne comprends pas que les compagnies ne voient pas qu’il y a de l’argent à faire. C’est bon pour tous d’aller chercher deux fois plus de talents.  

Sinon, établir des quotas féminins s'avérera nécessaire. Je pense qu’on n’aura pas le choix, juge Fannie Crépin, qui espère que cette question finira par être discutée lors d’audiences menées par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, qui réglemente la radiodiffusion.

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