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Un tramway nommé discorde

Croquis du projet de tramway à Québec.

Le projet de tramway à Québec suscite de vives tensions entre le premier ministre François Legault et le maire Régis Labeaume.

Photo : Courtoisie Ville de Québec

La ville de Québec verra-t-elle un jour un tramway circuler de nouveau dans ses rues? Pour l'instant, le projet de transport collectif tarde à entrer en gare et suscite de vives tensions entre le premier ministre François Legault et le maire Régis Labeaume. Elles ont atteint un sommet il y a quelques semaines, lorsque le gouvernement a décidé de revoir le tracé élaboré par la Ville.

Depuis, Québec est le théâtre d'hostilités ouvertes entre le Parlement et l'Hôtel de Ville. On a la désolante impression que Québec est traité comme un village. On a la désolante impression qu'on nous regarde de haut, a déclaré le maire Labeaume. Régis Labeaume n'est ouvert à aucun changement! a répliqué François Legault.

Qu'est-ce qui freine le projet? Les analystes de la scène politique de Québec avancent quelques hypothèses.

Est-ce qu'on est dans une guerre de pouvoir? Il y a beaucoup de gens à la CAQ qui voudraient montrer que le vrai patron à Québec, c'est le gouvernement de la CAQ, ce n'est plus M. Labeaume, évoque François Bourque, chroniqueur au quotidien Le Soleil.

François Bourque, chroniqueur au quotidien Le Soleil.

François Bourque, chroniqueur au quotidien Le Soleil

Photo : Radio-Canada

Lorsque le gouvernement a décidé de prendre le contrôle de la table à dessin, le premier ministre a expliqué qu'il souhaitait que le tracé desserve mieux les banlieues de Québec.

Ce n'est pas un hasard, selon François Bourque. On dit beaucoup que c'est le caucus des députés de la région qui est le plus résistant et ces députés proviennent de la périphérie, dit-il. Ils entendent les citoyens critiquer le projet, dire qu'il n'y a rien pour eux.

La moitié de la population de Québec s'oppose au projet de tramway. Ce niveau d'adhésion commence à peser dans la balance, selon Philippe Dubois, chercheur en communication politique à l'Université Laval. Les députés de la CAQ anticipent les prochaines élections et on entend beaucoup que c'est un projet pour le centre-ville.

Philippe Dubois, chercheur en communication politique, Université Laval.

Philippe Dubois, chercheur en communication politique à l'Université Laval

Photo : Radio-Canada

La CAQ détient 9 circonscriptions sur un total de 11 dans la région de Québec; seules les circonscriptions du centre-ville échappent au gouvernement.

Je pense que, dans le caucus de Québec, il y a des gens qui sont un peu nerveux, qui veulent s'assurer que si le gouvernement adopte ou pas un projet, ça ne leur reviendra pas dans les pattes, poursuit le doctorant, qui s'intéresse aux relations entre le gouvernement et le monde municipal.

L'oeuf ou la poule

En septembre 2018, François Legault avait ainsi formulé ses promesses pour la capitale nationale : Un gouvernement de la CAQ s'engage à réaliser un troisième lien [...] On s'engage aussi à ce qu'il y ait un réseau de transport structurant dans la ville de Québec avec une connexion sur le troisième lien vers la ville de Lévis.

La grande promesse de la CAQ pour la région de Québec, c'était le troisième lien, ce n'était pas le tramway, rappelle François Bourque.

Pourtant, le projet de transport structurant est beaucoup plus avancé que celui du troisième lien, une situation qui pourrait donner envie au gouvernement de gagner du temps. Il y a un jeu très clairement politique : plus le gouvernement tarde à approuver le tramway, plus ça donne une chance de faire avancer le projet de troisième lien, soutient le chroniqueur.

Mais le temps passe et l'élection municipale approche.

Régis Labeaume n'a pas encore décidé s'il allait solliciter un cinquième mandat, mais la discorde entourant le tramway pourrait l'y inciter. M. Labeaume est encore populaire malgré l'usure du temps et il l'a dit clairement : il souhaite laisser un legs à la ville de Québec, et ça ne sera pas son amphithéâtre. On peut comprendre pourquoi, dit François Bourque.

Il pourrait y avoir un prix politique à payer si le maire décide de faire de l'élection de novembre prochain un référendum sur le tramway.

Le maire peut aspirer à en faire la question de l'urne en pensant remporter la mairie, mais ça ne se fera pas sans pertes, croit Philippe Dubois.

Même affaibli, il ne faudrait pas sous-estimer l'impact que pourrait ensuite avoir Régis Labeaume sur l'élection provinciale de 2022.

On le voit déjà revenir avec le discours "Québec contre Montréal". Et ça va lui servir de jouer cette carte-là, parce que les gens de Québec, qu'ils soient pour ou contre le tramway, sont jaloux de leur ville et ils veulent avoir leur juste part du gouvernement, souligne M. Dubois

Québec tente de se doter d'un réseau de transport plus efficace et moderne depuis 10 ans. En 2011, le plan de mobilité durable de la Ville évoquait l'implantation d'un tramway d'ici 2030. Un premier projet a été annoncé en 2015; plutôt qu'un tramway, la Ville avait élaboré un service rapide par bus. Le projet a été abandonné à la suite d'une querelle entre la Ville de Québec et celle de Lévis. De retour à la case départ, la Ville planche depuis trois ans sur un projet de tramway évalué à 3,3 milliards de dollars. Le gouvernement fédéral a mis de l'argent sur la table. La part du gouvernement du Québec, pourtant promise, tarde à venir.

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