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Le gouvernement Legault refuse l’arrivée d’étudiants réfugiés

Des soupçons de fraude, selon Québec, sont à l’origine de la suspension de plusieurs programmes d’accueil des réfugiés.

Une personne tient un petit drapeau du Canada.

Chaque année, un programme pancanadien permet à des dizaines de jeunes réfugiés de venir s'installer dans le pays, au Québec notamment, et d'étudier dans des universités ou des cégeps.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Il y a quelques jours, les étudiants du Cégep du Vieux Montréal ont appris une mauvaise nouvelle : l'étudiant réfugié dont ils préparaient depuis plusieurs semaines l’arrivée cet été dans leur établissement ne viendra pas.

Créé il y a plus d’une quarantaine d’années, le programme pancanadien d’étudiants réfugiés (PER) a en effet été suspendu au Québec, à l’instar d’autres programmes d’accueil de réfugiés.

On ne s’y attendait pas, confie Rafaëlle Sinave, enseignante en techniques de travail social au Cégep du Vieux Montréal, très active dans ce dossier.

Chaque année, dans l’ensemble du pays, près de 130 étudiants réfugiés sont accueillis dans des campus canadiens, dont quelques dizaines au Québec, par le biais de l’organisme Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC), qui travaille en collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

C’est un programme unique. Ce sont des jeunes de 18 à 25 ans, vulnérables, qui viennent de camps de réfugiés en Jordanie, en Ouganda, au Malawi ou en Tanzanie, raconte Rafaëlle Sinave, en rappelant que l’ensemble des frais sont pris en charge par les comités d’étudiants qui organisent des collectes de fonds.

C’est un programme par et pour les jeunes. Les jeunes d’ici s’organisent pour trouver un hébergement et financer l’installation des jeunes réfugiés.

Une citation de :Rafaëlle Sinave, enseignante au Cégep du Vieux Montréal

Des projets suspendus à Montréal et dans les régions

Au cours des derniers jours, de nombreux enseignants des quatre coins du Québec ont contacté le cabinet de la ministre de l’Immigration, Nadine Girault, pour faire part de leur consternation commune.

Des projets de parrainage étaient prévus cette année dans une vingtaine d'universités et de cégeps québécois, que ce soit à Montréal, à Alma, à Matane ou encore à Sherbrooke.

Ce programme, fondé sur l’engagement local d’étudiantes et d’étudiants, d’enseignantes et d’enseignants, de membres du personnel et de directions des établissements, contribue de façon significative à la sensibilisation de ces communautés aux enjeux migratoires de même qu’à leur sentiment d’appartenance à ces communautés, a écrit par exemple la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ).

Chaque projet de parrainage a un impact important sur l’ensemble des jeunes engagés dans le processus. Leur fermer la porte lance un message politique fort négatif et démobilisant pour ces communautés étudiantes.

Une citation de :Benoît Lacoursière, secrétaire général de la FNEEQ

Les établissements concernés sont déçus par cette décision, a de son côté confirmé la Fédération des cégeps.

Des soupçons de fraude, selon Québec

Pour justifier cette suspension, le gouvernement, contacté par Radio-Canada, évoque des soupçons de fraude concernant les différents programmes liés à l’accueil des réfugiés au Québec.

Ces allégations avaient déjà été mises en avant, fin octobre, par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), qui avait pris la décision de suspendre durant un an le parrainage des réfugiés par des organismes. Quelques mois plus tôt, les demandes de parrainage s'étaient déroulées dans un climat tendu et le gouvernement Legault avait reconnu des problèmes.

La décision d’écarter temporairement les organismes du programme est motivée par des allégations sérieuses quant à l’intégrité de celui-ci, répond le cabinet de la ministre Nadine Girault.

Pourquoi avoir visé ce programme d’accueil visant uniquement des étudiants réfugiés? Le gouvernement Legault est resté vague, mettant plutôt l'accent sur la suspension globale d’une partie du programme de parrainage collectif.

Nous avons appris, par des signalements, que des organismes auraient fait des profits sur le dos des personnes parrainées. Au Québec, on ne peut pas tolérer de stratagèmes qui abusent des personnes parrainées.

Une citation de :Flore Bouchon, porte-parole de la ministre Nadine Girault

Malgré plusieurs relances, le cabinet de la ministre Girault a refusé de donner des détails, mais a indiqué qu’une enquête suit son cours, sans évoquer d’échéancier quant à d’éventuels rapports ou mesures.

Je ne comprends pas, avoue Stephan Reichhold, président de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI).

Cette justification du gouvernement est un peu tirée par les cheveux, lance-t-il.

C’est un programme qui cartonne dans le reste du Canada. C’est désastreux que Québec lui mette des bâtons dans les roues. C’est malheureux pour ces jeunes.

Une citation de :Stephan Reichhold, président de la TCRI

Un coup bas, selon le PLQ

Cette décision du gouvernement Legault a aussi provoqué l’ire des partis d'opposition. Selon le Parti libéral du Québec (PLQ), c’est un coup bas.

Ce programme est très sérieux, ce sont des jeunes sélectionnés par des spécialistes de l’humanitaire, soutient la députée Christine St-Pierre, qui se dit sans voix.

C’est inhumain et injuste. Le gouvernement met tout le monde dans le même panier.

Une citation de :Christine St-Pierre, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'immigration

C’est une injustice à la fois pour ces jeunes réfugiés et pour les jeunes Québécois qui se mobilisent afin d'organiser leur arrivée, ajoute Andrés Fontecilla, porte-parole en matière d’immigration pour Québec solidaire (QS).

Le gouvernement traite l’ensemble des organismes venant en aide aux réfugiés comme des gens qui feraient des choses illégalement.

Une citation de :Andrés Fontecilla, député de QS

On parle d’un programme unique, dont la crédibilité n’a jamais été remise en cause. Le gouvernement pénalise tout le monde pour de supposées irrégularités dans d’autres programmes, déplore-t-il.

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