•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Isolement, mariage, décès : deux francophones racontent leur année en pandémie

Un montage photo de Jinny Provencher et Johanne Turbide.

Jinny Provencher (à gauche) et Johanne Turbide (à droite) ont vécu des bouleversements importants pendant la pandémie.

Photo : Jinny Provencher, Andréane Williams

Qu’il s’agisse de la perte d’un être cher, d’événements marquants manqués ou d’amitiés mises à l’épreuve, l’année 2020 et la pandémie de COVID-19 ont été hautes en émotion et ont bouleversé le quotidien de beaucoup d’Albertains. À l'occasion du premier anniversaire du premier cas de la maladie en Alberta, deux francophones de la province ont accepté de raconter les défis auxquels elles ont fait face.

Une année de regrets.  C’est comme cela que Johanne Turbide décrit les 12 mois qui viennent de s'écouler.

En plus de rater le mariage de son fils, qui vit au Nouveau-Brunswick, la Québécoise installée en Alberta depuis 18 ans, a récemment perdu son père, emporté par la COVID-19.

2020 a été [...] très très forte en émotions. Je ne souhaite ça à personne, dit-elle, assise dans le jardin de sa maison de Sherwood Park, près d’Edmonton.

Dès les premiers mois de la pandémie, Johanne Turbide a compris que l’année qui débutait allait la mettre à l’épreuve.

Au tout début de la pandémie, notre préoccupation principale, c’était la date de mariage de notre fils. Étant donné les restrictions qui émergeaient un peu partout au Canada, c’était le gros point d’interrogation. Est-ce qu’on allait être capable d’assister au mariage de notre fils?, raconte-t-elle.

Elle explique que, pour des raisons religieuses, les deux amoureux ne pouvaient pas vivre ensemble sans être mariés. L’idée d’être séparés pour une durée indéterminée à cause des restrictions sanitaires les a poussés à devancer la date du mariage.

C’est donc à travers une vidéo en direct diffusée sur Facebook que Johanne et son mari ont assisté au mariage de leur fils, organisé sur le perron de la maison de la famille de la mariée, à Moncton.

Une photo de la cérémonie de mariage du fils de Johanne Turbide.

Johanne Turbide et son mari n'ont pas pu se rendre au Nouveau-Brunswick pour assister au mariage de leur fils à cause des restrictions sanitaires.

Photo : Lacewood Studios

Ça me fendait le cœur de ne pas pouvoir être là.

Une citation de :Johanne Turbide

Le reste de la famille de Johanne Turbide vit au Québec. Quand la pandémie a commencé, son père, Lionel, 91 ans, et sa mère Paulette, 87 ans, vivaient dans une résidence pour personnes âgées.

Jour après jour, c’était tellement déprimant d’entendre les nouvelles parce que le nombre de cas et de décès augmentait. Sur près d’une centaine de résidents, il y en a 97, je pense, qui ont eu la COVID-19 et une quarantaine sont décédés. Ma mère fait partie de ceux qui ne l’ont pas eue, raconte-t-elle.

Son père, qui souffrait également d'un cancer, n’a cependant pas eu cette chance.

Johanne Turbide et son père, Lionel Turbide.

Johanne Turbide et son père, Lionel Turbide.

Photo : Johanne Turbide

Le 12 janvier 2021, après un test de dépistage de routine, il apprend qu’il a contracté le coronavirus.

La médecin a dit : "Il va falloir prendre une décision parce qu’étant donné la façon dont le virus évolue, votre père va avoir l’impression de se noyer dans ses sécrétions. Il faut que quelqu’un prenne la décision de soulager ses douleurs, mais à partir du moment où on lui donne la piqûre, il ne se réveillera plus", raconte Johanne Turbide, en sanglotant.

Elle était dans l’avion, en direction de Toronto, lorsqu’elle a appris le décès de son père, le 23 janvier.

J’ai ouvert mon cellulaire pour voir s'il y avait du nouveau. J'avais un message d’un de mes frères qui m'annonçait que papa était décédé. J’ai lâché un cri et je me suis mise à pleurer. [...] Pour moi, c’était vraiment impensable que le destin fasse en sorte que je ne puisse pas voir mon père une dernière fois, raconte-t-elle.

Pandémie, famille et amitiés

Jinny Provencher, elle, se souvient très bien de son dernier jour de travail, en mars, avant la fermeture des écoles.

C’était un vendredi 13, c’était un chinook. C’était une journée folle, raconte-t-elle.

Dégagée de ses fonctions dès le 1er mai, la bibliothécaire de 39 ans, qui travaille pour le Conseil scolaire Francosud, s’est retrouvée sans emploi pendant quelques mois.

Même si elle dit avoir profité de son été pour cuisiner et faire du plein air, la Québécoise d’origine dit avoir un peu souffert de l’isolement. Elle s'inquiète aussi parce qu'elle ne sait pas quand elle pourra revoir sa famille, qui vit en Abitibi, au Québec.

Jinny Provencher en randonnée.

Jinny Provencher a profité de la pandémie pour s'adonner à une de ses passions : le plein air.

Photo : Jinny Provencher

Les grands plans de l’été, d’habitude, c'est que je retourne au Québec quelques semaines voir ma famille et là, je n’ai pas pu y aller à cause de la COVID et parce qu'Air Canada a enlevé des routes, explique-t-elle.

C’est un peu décourageant pour le futur parce que je me demande comment je vais faire pour retourner à la maison. L’Abitibi, ce n’est pas facilement accessible.

Elle ajoute que la pandémie a également eu raison de certaines de ses amitiés.

J’ai réalisé, dans les derniers mois, qu’il y a des personnes dans mon entourage qui pensent complètement différemment de moi et j’ai perdu des personnes autour de moi. Je m’en suis éloignée parce que j’ai réalisé que leur façon de penser ne concorde pas avec la mienne, explique-t-elle.

Des leçons importantes

Malgré tout, Jinny Provencher dit avoir appris certaines choses pendant la pandémie.

La pandémie m’a appris que je peux très bien vivre toute seule. J’ai développé des capacités de gestion financière dans la dernière année, dit-elle.

Johanne Turbide, elle, dit avoir pris conscience de l’importance de vivre le moment présent et de maintenir les liens avec ses proches, malgré la distance.

Ce que la pandémie m’a appris, c’est de ne jamais remettre à plus tard ce qu’on peut faire maintenant [et] de garder contact avec ceux qu’on aime. On ne sait jamais quand ça va être la dernière fois. Ça à l'air des phrases toutes faites, mais quand ils ne sont plus là, on ne peut plus revenir dans le passé, dit-elle.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !