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Cinq féminicides en un mois au Québec : des moyens réclamés pour lutter contre la violence

Une femme de dos regarde par la fenêtre.

Les femmes sont les premières à subir les répercussions de la pandémie (archives).

Photo : iStock

Les centres d'hébergement pour femmes de l'Est-du-Québec réclament davantage de ressources pour assurer la sécurité des femmes et des enfants dans la province.

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la directrice du Centre Louis-Amélie à Sainte-Anne-des-Monts et co-porte-parole de l’Alliance gaspésienne des maisons d’aide et d’hébergement, Monic Caron, insiste sur l'importance de bonifier le financement des centres d'hébergement.

Nous voulons rassurer les femmes que les mesures sont en place pour [qu'elles puissent] être accueillies de façon sécuritaire sans compromettre leur santé, explique-t-elle.

Le 4 mars, plusieurs refuges pour femmes ont signé une lettre ouverte à l’intention du premier ministre François Legault concernant la sécurité des femmes et des enfants.

Même si les maisons d'hébergement ont reçu un rehaussement financier récurrent de 14 millions de dollars pour l’ensemble du Québec, Monic Caron espère obtenir plus de financement. Il reste encore un manque à gagner de 38 millions de dollars. Ça peut sembler énorme, mais il n’y a pas de prix pour la vie des femmes et des enfants, et pour leur sécurité.

Il reste encore du chemin à faire pour combler l’ensemble des besoins.

Une citation de :Monic Caron, co-porte-parole de l’Alliance gaspésienne des maisons d’aide et d’hébergement

Les femmes sont les premières à subir les répercussions de la pandémie, rappelle-t-elle. Elles sont plus nombreuses dans les milieux de soins de santé; et la double tâche, avec toutes les responsabilités familiales, repose encore beaucoup sur le dos des femmes.

Une situation que déplore aussi Virginie Larivière, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté.

L'organisatrice politique au Collectif pour un Québec sans pauvreté, Virginie Larivière.

Virginie Larivière, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté (archives)

Photo : Radio-Canada / Alex Lévesque

Avec la pandémie, les femmes ont été les premières à perdre leur emploi, parce qu’elles se retrouvent souvent dans des emplois précaires. Dans d’autres cas, elles ont dû sacrifier leur travail pour s’occuper des enfants à la maison. Et, comme les hommes généralement gagnent plus que les femmes, ça arrive souvent que ça soit la femme qui doive rester à la maison pour s’occuper des enfants.

Selon elle, notre société a du mal à reconnaître le travail des femmes.

Les professions liées au care, comme l’enseignement ou la santé, sont majoritairement occupées par des femmes et sont souvent sous-valorisées et sous-payées. On a du mal à reconnaître la pleine valeur de ce travail, et ça fait persister les inégalités.

Une citation de :Virginie Larivière, porte-parole du Collectif sans pauvreté

Les centres d’hébergement, un service essentiel

Depuis la mise en place des différents degrés de confinement au Québec, demander de l’aide est devenu plus compliqué pour les femmes victimes de violence conjugale.

Le confinement a eu pour effet de maintenir les femmes à la maison avec leur agresseur, sous leur supervision constante, rappelle Monic Caron. C’est plus difficile d'appeler pour demander de l’aide ou fuir chez soi. Confinées dans leur foyer, isolées de leur réseau social, les femmes victimes de violence conjugale font face à davantage de difficultés.

Virginie Larivière rappelle aussi que la violence conjugale n’est pas le fait uniquement de ménages en situation de pauvreté. On retrouve des ménages très aisés dans lesquels il y a de la violence conjugale.

Il faut réaliser qu’il y a des rapports de pouvoir à l'œuvre, des rapports de domination, une emprise sur la conjointe, et c’est ça qu’il faut combattre.

Une citation de :Virginie Larivière, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté.

La directrice du Centre Louis-Amélie, Monic Caron, doit répéter que les centres d’hébergement pour femmes ont toujours été ouverts, malgré les différentes mesures sanitaires, parce que plusieurs femmes ont cru que les refuges étaient fermés.

Il n’y a pas eu de rupture de service, on demeure au front, rassure-t-elle.

Un mois meurtrier

En un mois, cinq femmes ont succombé à la violence conjugale au Québec.

C’est un choc quand les femmes victimes de violence conjugale prennent la mesure de jusqu’où ça peut aller, mais dans bien des cas les femmes minimisent les violences qu’elles subissent, explique Monic Caron.

Si elles n’ont pas été gravement blessées, elles pensent généralement : "Non, non, lui ne me fera jamais ça". [...] Celles qui ont perdu la vie se disaient la même chose.

Elle précise que, chaque année, entre 9 et 12 femmes sont tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.

Là, cinq en un mois, c’est très, très meurtrier.

Une citation de :Monic Caron, co-porte-parole de l’Alliance gaspésienne des maisons d’aide et d’hébergement
Portrait de Monic Caron.

La directrice du Centre Louise-Amélie et co-porte-parole de l’Alliance gaspésienne des maisons d’aide et d’hébergement, Monic Caron (archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Deschenes

Dans plusieurs de ces cas, la situation était connue des policiers, déplore-t-elle. Il existe plein d’outils pour évaluer le risque d’homicide, et la réalité nous permet de penser qu’ils ne sont pas bien connus ou utilisés.

Quand une femme décide de quitter un conjoint violent ou toxique, elle est susceptible de tomber dans la pauvreté, note aussi Virginie Larivière.

Souvent on quitte tout, on quitte dans l’urgence, donc on est beaucoup plus à risque de s’appauvrir au cours de la rupture, ce qui va limiter l’envie de partir, parce que c’est tellement insécurisant, dit-elle.

Elle appelle à mieux soutenir financièrement les femmes qui quittent un conjoint violent pour éviter de créer ou d'aggraver les situations de pauvreté.

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