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Incursion dans un CHSLD qui a vécu l'enfer de la COVID-19

Même dans ses pires cauchemars, Sarah Martin n'aurait jamais imaginer vivre ce que son établissement a vécu. Désormais, les résidents peuvent enfin retourner à la salle à manger tous ensemble... à deux mètres.

Même dans ses pires cauchemars, la directrice du CHSLD Jardins du Haut St-Laurent, Sarah Martin, n'aurait jamais imaginé vivre ce que son établissement a vécu. Désormais, les résidents peuvent enfin retourner à la salle à manger tous ensemble... à deux mètres.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Pierre-Alexandre Bolduc

Pour la première fois depuis le début de la pandémie, Radio-Canada a pu entrer à l'intérieur d'un CHSLD de la région de Québec frappé de plein fouet par une éclosion de COVID-19. Voici comment vivent aujourd'hui les résidents et employés du Jardins du Haut St-Laurent, à Saint-Augustin-de-Desmaures, où 41 résidents ont perdu la vie après avoir contracté le virus le printemps dernier.

La survivante de 96 ans

La télévision est allumée dans la chambre de Rollande Rochette. La dame regarde silencieusement une chaîne de nouvelles en continu. Son journal sur les genoux, elle dit que le confinement a été difficile, mais qu’heureusement elle n’est pas ennuyeuse.

Il y a quelques mois à peine, Mme Rochette a vécu de près l'enfer de la pandémie. La COVID-19 a frappé très fort dans son aile du CHSLD. La moitié de ses voisins sont morts. Lorsqu’elle y repense, une expression de douleur traverse le visage de la nonagénaire.

Quand ç'a été fini et que j’ai su qu’une telle était décédée, qu’un tel était décédé… J’ai dit mon dieu, ça n’a pas de bon sens ça.

Une citation de :Rollande Rochette, résidente du CHSLD Jardins du Haut St-Laurent
Rollande Rochette est assise dans un fauteuil dans sa chambre en compagnie de quelqu'un d'autre.

Rollande Rochette n'a que de bons mots pour les préposés aux bénéficiaires qui prennent soin d'elle. Mme Rochette les décrit comme des « gens généreux qui ont du cœur! »

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Mais la dame de 96 ans tient à passer un message : le personnel de son CHSLD est généreux et a du cœur.

Réalisez tout ce que font ces gens-là dans un milieu assez ingrat. Et de la reconnaissance, il n'y en a pas beaucoup, croit-elle.

Rollande Rochette en entrevue.

Rollande Rochette est résidente au CHSLD Jardins du Haut Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada


La résiliente

Malgré des problèmes de santé qui l’empêchent de bouger ses mains comme elle le souhaite, Nicole Auger, 72 ans, tente de faire des achats sur son ordinateur.

L’ancienne enseignante l’avoue, malgré l’épuisement des préposés aux bénéficiaires, elle est traitée comme avant depuis le début de la pandémie.

Nicole Auger a constamment demandé aux préposés s'il y avait de nouveaux décès.

Nicole Auger, 72 ans, raconte que pendant l'éclosion au mois de mai 2020, elle demandait constamment aux préposés s'il y avait de nouveaux décès.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Pendant l’éclosion au printemps dernier, ce n'est pas le nombre de cas de COVID-19 à l’échelle de la province qui l’inquiétait le plus, mais bien qui allait survivre à l’intérieur des murs de son CHSLD.

Le matin, le midi et le soir, elle demandait à un préposé s’il y avait d’autres décès.

Moi, je me demandais : "Mais, quand est-ce que ça va arrêter?"

Une citation de :Nicole Auger, résidente du CHSLD Jardins du Haut St-Laurent
Nicole Auger accorde une entrevue.

Nicole Auger est résidente au CHSLD Jardins du Haut Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada


La capitaine

Jusqu’au 20 mai, le CHSLD Jardins du Haut St-Laurent avait été complètement épargné par la COVID-19 comme plusieurs autres établissements de la région de Québec.

La directrice de l’établissement, Sarah Martin, avait l’impression qu’elle était prête si jamais la COVID-19 infiltrait ses murs.

Quand ça s'est produit, ç'a été un tsunami. On s'est fait emporter par cette vague-là en très peu de temps. On a eu plusieurs employés qui ont été contaminés et qui ont dû quitter l'établissement. Puis après ça, à très court terme, plusieurs résidents l'ont attrapée aussi. Donc ç'a été très difficile, confie-t-elle.

Une salle est totalement fermée par des bâches.

L'intérieur du CHSLD Jardins du Haut St-Laurent en plein cœur de l'éclosion de COVID-19, en mai dernier. Des renforts du CIUSSS de la Capitale-Nationale ont été nécessaires pour donner les soins aux usagers.

Photo : Radio-Canada

En quelques semaines seulement, 90 résidents ont été infectés, 41 en sont morts et 109 employés ont aussi été contaminés par le virus.

Certains employés d’agences de placement ont quitté l’établissement par crainte d’attraper le virus.

Ç'a été un véritable choc pour la capitaine aux commandes du CHSLD, Sarah Martin. Elle a craint que les soins ne soient plus donnés aux résidents. Des équipes du CIUSSS de la Capitale-Nationale sont finalement venues en renfort.

Aujourd’hui, pratiquement tous les résidents sont vaccinés.

Sarah Martin porte un masque et des lunettes de protection en entrevue.

Sarah Martin est directrice d'établissement au CHSLD Jardins du Haut Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada


Tony le passionné

Tony Trottier est préposé aux bénéficiaires depuis huit ans. Il a tenu bon pendant l’éclosion au CHSLD. Il est là depuis le début.

Mais le préposé a dû mettre sa famille sur pause pendant six semaines. Il avait une peur bleue de contracter le virus et de le transmettre à ses enfants.

Il y avait tellement d'employés au début qui attrapaient la COVID que je disais tout le temps : "bin c'est à mon tour, c'est à mon tour donc à ce moment-là, j'ai comme vu ma famille un peu plus à distance le temps que ç'a duré".

Une citation de :Tony Trottier, préposé aux bénéficiaires
Le préposé aux bénéficiaire Tony Trottier raconte qu'il n'a pas vu ses enfants pendant six semaines lorsque l'éclosion a frappé l'établissement de plein fouet.

Tony Trottier est préposé aux bénéficiaires au CHSLD Jardins du Haut Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Démarche journalistique :

Nous avons pu entrer à l’intérieur des murs du CHSLD Jardins du Haut St-Laurent pour trois raisons : les résidents sont vaccinés depuis le début du mois de janvier, la direction a accepté de nous présenter la réalité actuelle de ce milieu de vie et tous nos faits et gestes ont été surveillés par une agente en prévention des infections du CIUSSS de la Capitale-Nationale. Au total, nous avons rencontré des résidents et des employés de l’établissement pendant quatre heures.

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