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De nombreux travailleurs de foyers de soins refusent encore la vaccination

Une fiole de vaccin contre la COVID-19.

Le vaccin contre la COVID-19 de Pfizer-BioNTech serait efficace à 90% dès la première dose, selon les autorités sanitaires.

Photo : Associated Press / Evgeniy Maloletka

Radio-Canada

Le gouvernement de Blaine Higgs espère terminer la vaccination dans les foyers de soins de la province d’ici la fin du mois de mars. Mais Radio-Canada a appris que, dans certains foyers, près d’un employé sur deux n’a toujours pas rempli son formulaire de consentement pour la vaccination, selon les plus récentes données de leur association.

Notre dossier : La COVID-19 en Atlantique

L’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick regroupe les plus importants foyers de la province. Dans un courriel, l’organisme confirme que 90 % des résidents ont reçu leur vaccin contre la COVID-19, mais observe beaucoup plus d’hésitation chez les employés. Seulement 55 % d'entre eux ont accepté l’inoculation lors de la première ronde de vaccination.

Selon la directrice générale de l'organisme, Jodi Hall, ces données proviennent d’une moyenne des foyers de soins selon le nombre de formulaires de consentement reçus.

Nous prévoyons poursuivre la formation avec le personnel pour répondre aux questions et préoccupations qu'ils pourraient avoir, a expliqué Mme Hall en ajoutant qu’elle souhaite qu’avec l’accélération de la campagne de vaccination, le nombre d’employés consentant au vaccin augmente.

Deux aînés en fauteuil roulant se déplacent dans le couloir d'une résidence.

L'Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick note toutefois qu'une très grande majorité des résidents n'hésitent pas à recevoir le vaccin.

Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

Du côté de l’Association francophone des foyers de soins spéciaux du N.-B., qui regroupe surtout des établissements de petite et moyenne taille, la proportion est moindre. Selon son président Kevin Vienneau, environ 20 % des employés ont refusé d’être vaccinés.

On encourage fortement les résidents et les employés à se faire vacciner [...] C’est sûr qu’on aimerait que tous les gens l’aient. On a des employés qui ont pris la vaccination, mais c’est certain que des fois ça crée un peu de frustration : pourquoi les autres ne l’ont pas pris? Mais ce n’est pas une obligation, donc tant que ce n’est pas obligatoire par la santé publique, on ne peut pas vraiment rien faire, constate Kevin Vienneau.

La médecin hygiéniste en chef de la province, Jennfer Russell, a de son côté récemment souhaité que 100 % des employés soient vaccinés.

Difficile de convaincre les gens

À la résidence McGraw de Bathurst, 12 employés sur 25 ont accepté d’être vaccinés. Selon le gérant David Duguay, ce sont surtout les étudiants qu’il emploie qui ont refusé le vaccin.

David Duguay.

Le gérant de la résidence McGraw à Bathurst, David Duguay, constate que plusieurs de ses employés ne veulent pas recevoir le vaccin contre la COVID-19.

Photo : Radio-Canada

C’est un petit challenge, car on doit les pousser le plus possible à l’accepter, puis à le vouloir, mais c’est difficile quand quelqu’un a déjà une idée préconçue, déplore M. Duguay.

Il espère que le nombre de résidents et d’employés qui ont accepté d’être vaccinés permettra de protéger le groupe.

On doit voir le positif : 75 % de notre résidence est vaccinée, puis on va de l’avant avec ça.

Une citation de :David Duguay, gérant de la résidence McGraw de Bathurst

Malaise autour du vaccin

Malgré la guerre menée contre la COVID-19 depuis un an, un réel malaise existe autour de la vaccination.

Janice Melanson est 2e vice-présidente du Conseil des syndicats des foyers de soins du N.-B. et infirmière auxiliaire à la Villa du repos à Moncton. Elle n’a toujours pas reçu son vaccin.

Elle a refusé de nous dire si elle comptait se faire vacciner pour ne pas influencer ses membres.

Janice Melanson, infirmière auxiliaire à la Villa du repos.

Janice Melanson est 2e vice-présidente du Conseil des syndicats des foyers de soins du N.-B. et infirmière auxiliaire à la Villa du repos à Moncton.

Photo : Radio-Canada / Gilles Landry

Plusieurs personnes ont peur, c’est tout nouveau, y a pas assez de recherche, indique-t-elle.

Elle pense tout de même qu’une protection sera assurée par la vaccination d’une majorité d’employés et de résidents.

Une campagne d’information urgente

Selon David Duguay, de la résidence McGraw, les raisons des refus sont nombreuses, mais il pense que le manque d’informations sur le vaccin est au cœur du problème.

Ce que je reçois le plus souvent, la raison du refus, c’est que le virus n’existe pas vraiment. Que c’est quelque chose de créé et que c’est la même chose que la grippe finalement.

Une citation de :David Duguay, gérant de la résidence McGraw de Bathurst

Il ne souhaite pas nécessairement que la vaccination soit rendue obligatoire, mais aimerait que la santé publique ait une meilleure stratégie de communication.

On a extrêmement besoin d’information, parce qu'il y a trop de désinformation qui circule partout, pense-t-il.

Le directeur général de l’Association francophone des aînés du Nouveau-Brunswick, Jean-Luc Bélanger, est étonné de savoir qu’autant d’employés qui oeuvrent auprès des personnes âgées ne sont pas vaccinés.

 Jean-Luc Bélanger.

Jean-Luc Bélanger n'est pas contre l'idée de la vaccination obligatoire pour les employés qui travaillent dans les foyers de soin.

Photo : Radio-Canada / Margaud Castadère

On travaille avec une population qui est à risque, qui est vulnérable, encore plus du côté des foyers de soins que dans la communauté. Donc ce n’est vraiment pas acceptable. Il y a quelque chose qui manque quelque part! dénonce-t-il.

Est-ce qu’on fait de l’éducation, est-ce qu’on fait de la prévention? Moi, je trouve que c’est ça qui manque au niveau du gouvernement.

Des voix s’élèvent pour la vaccination obligatoire

Il n’y a pas de loi qui oblige à la vaccination obligatoire au Nouveau-Brunswick.

Si tel était le cas, Jean-Luc Bélanger serait en faveur de contraindre les employés des foyers de soins à être vaccinés.

Je pense qu’à un moment donné, comme certaines autres obligations de règlements qu’on a dû faire pour protéger nos aînés, je pense que si on a besoin d’aller aussi loin que ça, ça ne veut pas dire qu’on serait en désaccord, confie M. Bélanger.

Juanita Chamberland est résidente à la Villa des Jardins. Elle comprend difficilement l’hésitation des gens à se faire vacciner.

Moi j’ai eu ma première et j’attends après mon deuxième vaccin. Ça fait pas mal et on n'est pas malades avec ça. Mais s’ils ne veulent pas se faire injecter avec ça, ils vont devenir malades, ils vont mourir.

Je connais une dame du Manoir Bellevue qui est morte du COVID, c’était une de mes grandes amies. Le vaccin, le gouvernement devrait mettre ça obligatoire.

Une citation de :Juanita Chamberland, résidente à la Villa des Jardins

De son côté, la Société médicale du Nouveau-Brunswick encourage fortement la vaccination des travailleurs de la santé, mais n’a pas l’intention de militer pour la rendre obligatoire.

Nous croyons qu'une solide stratégie d'information et de sensibilisation devrait servir à informer tous les Néo-Brunswickois de l'innocuité, de l'efficacité et de la valeur des vaccins. Nous encourageons tous les citoyens, y compris les médecins et les autres fournisseurs de soins de santé, à se faire vacciner dès qu'ils le peuvent, indique le président de l’organisme, le Dr Jeff Steeves.

Un employeur peut-il renvoyer un employé non vacciné?

Selon la professeure de droit à la retraite Michèle Caron, la réponse courte est oui.

L'employeur généralement accepte et les tribunaux acceptent que la vaccination puisse être exigée.

Mais plusieurs nuances doivent être prises en considération dans le cas des foyers de soins.

Michèle Caron.

Michèle Caron explique qu'un employeur pourrait mettre fin à l'emploi d'une personne qui refuse d'être vaccinée, selon certains critères.

Photo : Radio-Canada

L'employeur devra démontrer que, effectivement, la vaccination est nécessaire, que le niveau de risque est très élevé, souligne-t-elle.

Dans un milieu de travail non syndiqué, l'employeur pourrait donc mettre à pied un employé qui refuse la vaccination, sauf pour des motifs de santé ou religieux.

Il semble qu’on est moins contagieux quand on est vacciné et donc l’employeur pourrait être justifié à ce moment-là, explique Mme Caron.

Mais pour la résidence McGraw à Bathurst, cette question ne se pose même pas en raison de la pénurie de personnel.

On ne pourrait pas se permettre de fonctionner sans les employés non vaccinés, constate le gérant David McGraw, qui espère que la sensibilisation du personnel et une meilleure communication des autorités permettront de convaincre plus de gens de recevoir le vaccin contre la COVID-19.

D'après les informations de Nicolas Steinbach

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