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« Chiens COVID » et problèmes de comportement, une bombe à retardement

Les Canadiens sont nombreux à avoir pris la décision d’adopter un chien depuis le début de la pandémie, si bien que tant les éducateurs canins que les vétérinaires sont débordés par la demande croissante pour leurs services.

Femme se tenant dans une forêt enneigée et regardant un chien assis calmement devant elle.

Avec la pandémie, plusieurs services spécialisés en éducation canine ont notamment été suspendus.

Photo : Daphné Houle Martel

Plusieurs professionnels du milieu s’inquiètent de l’émergence de problèmes de comportements chez cette nouvelle génération de chiens qu’on surnomme déjà « les chiens COVID ».

18 h au parc à chiens du parc La Fontaine à Montréal. Une vingtaine de chiens, dont plusieurs chiots, jouent et se chamaillent sous le regard attentif de leurs propriétaires.

Jonathan appelle son husky noir et blanc âgé de cinq mois, Sunny. Le chiot partage sa vie depuis quelques semaines seulement : J’ai décidé d’adopter un chien pour avoir de la compagnie. On a peu d’options avec la pandémie. Au lieu d’acheter de l’alcool à la SAQ, j’achète des choses pour mon chien!

Il a l’intention de faire appel à un éducateur canin très bientôt. Comme ça, plus tard, j’aurai moins de problèmes à gérer, explique-t-il.

Jonathan n’est pas le seul à avoir cette réflexion. Il y a eu une véritable explosion du nombre d’adoptions de chiens dans la dernière année, confirme Jean Lessard, le président du Regroupement des intervenants en éducation canine. Si bien que lui et ses collègues sont submergés depuis le début de la pandémie, confie-t-il : C’est généralisé, il y a une demande fortement à la hausse d’aide pour les nouveaux propriétaires de chiots.

L’éducatrice Simonne Raffa, de son côté, indique que son entreprise a reçu cinq fois plus de courriels qu’à l’habitude dans les derniers mois.

« Le téléphone ne dérougit pas. On est complètement saturé. On doit continuellement renvoyer vers d’autres éducateurs. Ce que ça veut dire, c’est que beaucoup de gens ont des problèmes avec leur chien. »

— Une citation de  Simonne Raffa, éducatrice canine

Éducation canine en ligne : des pour et des contre

En raison des contraintes liées à la pandémie, plusieurs services spécialisés en éducation canine ont été suspendus, dont les garderies pour chiens qui aidaient beaucoup à la socialisation des chiots. La situation a forcé les spécialistes à se concentrer sur une offre de cours en ligne, des consultations par visioconférence ou des séances enregistrées.

Un éducateur canin se promène dans le Vieux-Montréal avec son chien.

Jean Lessard fait des démonstration avec sa chienne Bily, lors des consultations par vidéoconférence avec ses clients.

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Jean Lessard aime beaucoup cette formule : On peut à peu près tout faire en ligne! On n’est pas un intrus chez le chien. Le chien est à l’aise chez lui. Il fait des démonstrations avec sa chienne Bily chez lui devant l’écran et demande à ses clients de faire les exercices avec leur animal à la maison. J’adore ça! Je pense que je vais même préférer continuer en ligne à l’avenir, dit-il en riant.

Simonne Raffa estime que les cours en ligne sont une solution imparfaite avec ses limites : On ne peut pas voir tout ce qui se passe à la maison. On ne peut pas voir comment le chien se comporte dans d’autres environnements, avec de nouvelles personnes, d’autres chiens. Elle craint que certains problèmes de comportement ne réussissent pas à être bien détectés ou résolus à travers des rencontres virtuelles.

Les « chiens COVID »

L'éducatrice canine indique que les chiens adoptés pendant la pandémie présentent déjà des traits de caractère particuliers. Ils portent d’ailleurs déjà un surnom : les chiens COVID .

« Ce qu’on voit, ce sont plein de chiots qui ont mal été socialisés. Les "chiens COVID" ont beaucoup plus de difficulté à entrer en contact avec les nouvelles personnes. Ils sont plus timides, introvertis et sont stressés par de nouveaux environnements. »

— Une citation de  Simonne Raffa, éducatrice canine

Puisque ces chiens n’ont pas été exposés à suffisamment d’expérience en bas âge, pendant leur période cruciale de socialisation, l’éducatrice canine appréhende les conséquences de la reprise éventuelle des activités normales. On est en train de créer un terreau fertile pour plein de problèmes potentiellement graves, prévient-elle.

De retour au parc à chiens. Sunny semble s’être lié d’amitié avec un jeune berger australien, Banksy. Son propriétaire, Vincent Balvet, et son beau-fils Mateo surveillent les interactions entre les deux chiots.

Bansky ne semble pas avoir de problème de socialisation, selon Vincent Balvet : Il est particulièrement social, il vient saluer tous les chiens, tous les humains, il est toujours de bonne humeur.

Deux personnes qui regardent la caméra en flattant un berger australien.

Vincent Balvet et son beau-fils Mateo entourent le jeune Banksy, âgé de six mois.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie de Vincent Balvet

La pandémie n’est pas à l’origine de la décision d’acheter Banksy, mais elle a un effet sur le quotidien du chiot. Le jeune Mateo s’inquiète d’ailleurs de ce qui se passera une fois que tout reviendra à la normale.

« Il n’a jamais passé plus d'une heure tout seul en trois mois et demi. Il y a toujours quelqu’un à la maison. J’étudie à la maison. Vincent fait du télétravail. On l’a un peu trop chouchouté. Quand ça va être fini, la pandémie, ça va être difficile pour lui d’être seul, je crois. »

— Une citation de  Mateo, étudiant et propriétaire de Banksy

Et il a probablement raison. Jean Lessard confirme que le changement des habitudes de vie depuis le début de la crise sanitaire a un effet préoccupant sur le comportement des chiens.

On va être déconfiné un jour! Il y a des gens qui vont retourner au travail et qui vont se rendre compte que le chien n’a jamais été seul! Alors, on appréhende des problèmes au niveau de la séparation, de l’anxiété et de la réaction à l’isolement.

La pointe de l’iceberg

Jean Lessard et Simonne Raffa craignent que la situation actuelle ne soit en fait une bombe à retardement, surtout si de nombreux nouveaux propriétaires négligent de consulter un expert en éducation canine pour les accompagner dans leur aventure avec leur animal de compagnie.

« C’est ce qui va se passer après le déconfinement qui est inquiétant. On espère que les gens vont consulter un éducateur canin avant même de voir apparaître un problème de comportement. »

— Une citation de  Jean Lessard, président du Regroupement des intervenants en éducation canine

Ce qu’on voit actuellement, c’est la pointe de l’iceberg, ajoute Simonne Raffa. Les problèmes de comportement sévères, on va les voir apparaître quand le chien aura entre un et trois ans.

Ils craignent tous les deux que les carences d’aujourd’hui ne se transforment, dans certains cas, en des comportements agressifs. Car la crainte et la peur créent les conditions idéales pour des cas de morsures dans le futur, préviennent-ils.

Ils redoutent également que les problèmes de comportement de certains chiens ou encore le désintérêt de certains se traduisent par une importante vague d’abandons d’animaux dans les prochains mois.

Délestage dans les soins vétérinaires

Si les éducateurs canins croulent sous la demande, c’est aussi le cas des vétérinaires, confirme le porte-parole de l’Association des médecins vétérinaires du Québec, Michel Pepin.

Il explique que son secteur d’activité vivait déjà une pénurie de techniciens en santé animale et de vétérinaires avant la venue de la pandémie. Mais la crise sanitaire est venue accentuer la pression sur les soins vétérinaires.

Les règles sanitaires ralentissent nos opérations. On n’est pas capable de traiter autant d’animaux, déplore-t-il. Si on ajoute à ce phénomène le nombre important d’animaux nouvellement adoptés, ça crée une sorte d’effet d’entonnoir et les gens attendent plus longtemps qu’à l’habitude pour avoir accès à certains soins.

Un homme devant une maison avec son chat dans les bras

Le Dr Michel Pepin, porte-parole de l’Association des médecins vétérinaires du Québec

Photo : Radio-Canada / Fannie Bussières McNicoll

Comme pour le système de santé, les vétérinaires ont dû se résigner au délestage de certains services.

« Il y a des soins de prévention qui vont être repoussés. Des vaccinations qui vont être retardées et qui vont engendrer des épidémies. Des stérilisations vont être oubliées. On va avoir d’autres bébés, encore plus d’abandons. »

— Une citation de  le Dr Michel Pepin, porte-parole de l’Association des médecins vétérinaires du Québec

Le vétérinaire indique que récemment, des cas de toux de chenil, une maladie respiratoire contagieuse sont apparus dans certains parcs à chiens. Un phénomène qui aurait pu être évité par une simple vaccination.

Même si le Dr Pepin reconnaît que la pandémie apporte son lot de problèmes, il tient à conclure sur une note d’espoir.

Je pense honnêtement qu’à long terme, on va en sortir gagnant parce que depuis un an, on s’est rendu compte à quel point les animaux de compagnie étaient bons dans notre vie. Ils nous font faire de l’exercice. Ils nous font rire. Ils sont de bons confidents et nous redonnent le moral, conclut-il.

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