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La stigmatisation de groupes pendant la pandémie était évitable selon des chercheurs

Des fanions affichent des arcs-en-ciel.

Selon des chercheurs, les responsables de la santé publique auraient pu éviter de communiquer trop d'informations sur certains groupes de personnes pendant la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Anne-Andrée Daneau

Radio-Canada

Plusieurs spécialistes estiment que la stigmatisation de nombreux groupes pendant la pandémie au Manitoba s’explique par la nature des informations données par les autorités sur eux.

Dès le début de la COVID-19, de nombreux groupes sont perçus comme mettant la santé publique en danger.

Les personnes d’origine chinoise ont été la cible de stigmatisation, ce d’autant plus que le coronavirus a été découvert pour la première fois en Chine.

Comme les premiers porteurs du virus au Manitoba étaient en voyage aux Philippines, plusieurs ressortissants de ce pays asiatique étaient également visés.

Les colonies huttérites au Manitoba qui ont été désignées l’été dernier comme le point chaud des éclosions de COVID-19 ont également fait les frais de cette stigmatisation, selon des spécialistes.

La province a cessé d'attribuer de nouveaux cas aux colonies huttérites après la menace d'une plainte pour violation des droits de la personne.

Les jeunes fréquentant les bars, dont beaucoup occupent des emplois essentiels, n’ont pas été épargnés. Ils ont été accusés de propager la COVID-19 au début de la deuxième vague de la pandémie.

Lorsque la rumeur a circulé selon laquelle plusieurs employés de l’épicerie Gill’s de Keewatin Street avaient reçu un diagnostic positif de la COVID-19, les ventes du magasin ont chuté de 30 %.

Le propriétaire Jagjit Gill déclare que certains de ses clients connaissent maintenant quelqu'un qui a le virus, ou ont été eux-mêmes infectés.

Tout le monde avait peur à l'époque, mais si l'on compare avec aujourd'hui, personne ne s'en soucie.

Un an après le début de la pandémie, le discours public sur la crise sanitaire mondiale a beaucoup changé. L'accent est désormais mis sur les fermetures, le confinement, le vaccin.

Des informations pas toujours utiles

Selon le sociologue de la santé à l’Université du Manitoba, Christopher Fries, le fait que les autorités sanitaires aient défini certains comportements comme malsains et donc déviants n’a pas forcément arrangé la situation.

Je pense que [cela] ouvre la porte à la stigmatisation, note M. Fries.

Le médecin hygiéniste en chef de la province, le Dr Brent Roussin, a régulièrement mis en garde contre les dangers d'une telle stigmatisation qui, selon lui, peut empêcher les gens de se faire tester pour la COVID-19 ou de révéler leurs contacts pour la recherche des cas.

La professeure au département de psychologie de l’Université du Manitoba, Katherine Starzyk croit que le message de la province aurait pu aller loin.

Il n'y a pas eu assez de communication sur la façon dont nous devrions nous traiter les uns les autres pendant la pandémie, croit Mme Starzyk.

Les responsables de la santé publique ont parfois commis une erreur en révélant trop d'informations sur certains groupes de personnes, dit-elle.

Dans le cas des huttérites, la province aurait dû déterminer une zone géographique préoccupante, plutôt que d'isoler une minorité religieuse.

Mettre en évidence ces groupes était clairement une erreur, dit-elle. Cela fait juste de ces gens une cible.

La professeure en sciences de la santé communautaire à l’Université du Manitoba, Michelle Driedger affirme que les messages des autorités de la santé publique ont parfois été minés par la tendance d’autres acteurs à jeter sur la place publique les contrevenants aux ordonnances sanitaires.

La révélation d’informations détaillées participe également à cette stigmatisation, selon Mme Driedger.

Ne pas nommer les personnes ou avoir un certain niveau de protection est une façon d’éviter cela.

Sentiment de frustration

Le professeur adjoint de philosophie morale à l'Université du Manitoba, R.J. Leland, estime que c’est un sentiment né d’une forme de frustration chez les personnes qui estiment avoir fait leur part en restant chez eux alors que d'autres ne le faisaient pas.

Plus les demandes sont fortes pour que les gens s'engagent au nom du bien commun et plus la menace de stigmatisation est présente. Je pense que c’est dans la nature des gens d’être frustrés lorsqu'ils voient que d'autres personnes ne s'impliquent pas, constate le professeur Leland.

L’éthicien à l’Université du Manitoba, J.R. Leland, croit que la stigmatisation sur la maladie recule peut-être, mais il ne serait pas surpris que les personnes qui refusent le vaccin puissent être les prochaines cibles.

Vous allez voir beaucoup de ces mêmes dynamiques se produire.

Avec les informations de Ian Froese

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