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Parler devant un écran vide : le pour et le contre de l'embauche à distance

Populaire auprès de certains employeurs, l'entrevue à sens unique l'est moins auprès des demandeurs d'emploi.

Un homme se tient le nez en signe d'épuisement devant son ordinateur portable.

Le logiciel HireVue a vu ses entrevues par vidéo augmenter de 24 % depuis un an.

Photo : iStock

Radio-Canada

Vous souvenez-vous de votre dernier entretien d'embauche effectué en chair et en os? Il est difficile de dire si l'entrevue classique est une chose révolue, mais des experts prédisent que l'entrevue virtuelle, notamment celle à sens unique, durera plus longtemps que la pandémie.

Utiliser des canaux comme Skype et Zoom pour effectuer une entrevue est une chose, mais l'expérience change particulièrement lorsque les recruteurs n'assistent même pas à l'entretien.

L'entrevue à sens unique, aussi appelée entrevue vidéo asynchrone (AVI), gagne en popularité. Il s'agit de vidéos où les questions sont préenregistrées. Les candidats doivent y répondre en un temps chronométré.

Durant la dernière année, le logiciel spécialisé en AVI HireVue a vu ses entrevues par vidéo augmenter de 24 %.

L'entreprise Knockri à Toronto a attiré quatre fois plus de clients que l'année précédente et celle de Moncton, VidCruiter, a dû doubler son personnel pour répondre à la nouvelle demande.

Avec les AVI, beaucoup d'employeurs ont l'impression de moins perdre leur temps, selon le professeur en gestion hôtelière à l'Université de la Floride centrale, Edwin Torres.

Une des raisons pour lesquelles des entreprises se tournent vers cette technologie est l'efficacité.

Une citation de :Edwin Torres, professeur à l'Université de la Floride centrale

Il explique que les AVI évitent d'avoir à jongler avec des horaires compliqués puisque les candidats répondent aux questions quand ils le veulent. Elles permettent aussi de faire des économies concernant les frais de déplacement.

Les réponses chronométrées obligent aussi les candidats à être plus concis, selon lui.

Des candidats mal à l'aise

Populaire auprès d'employeurs, la nouvelle façon de faire l'est moins auprès de certains chercheurs d'emploi.

Beatriz Gascon est une étudiante qui se spécialise en biochimie et biologie moléculaire au campus d'Okanagan de l'Université de la Colombie-Britannique. Elle a vécu une expérience plutôt désagréable avec le format d'entretien à sens unique.

Beatriz Gascon sourit devant son écran d'ordinateur.

Comme Beatriz Gascon, de nombreux chercheurs d'emploi trouvent le processus asynchrone désagréable.

Photo :  CBC

Récemment, elle enregistrait ses réponses pour un stage au sein de l'entreprise de séquençage génétique, Illumina, au Royaume-Uni. En répondant à une question difficile, elle s'est figée.

Habituellement, on a l'occasion de jaser un peu et de prendre un peu de temps d'assimiler la question.

Une citation de :Beatriz Gascon, étudiante

Le face-à-face lui manque, raconte-t-elle, surtout parce que la présence d'une autre personne lui permet de se calmer.

Un système imparfait

Ces logiciels font aussi débat du point de vue de l’équité, de la confidentialité et des préjugés.

Puisque les algorithmes des entreprises sont confidentiels, ni les candidats ni les universitaires ne peuvent pleinement comprendre comment les vidéos enregistrées sont évaluées.

Un jeune homme à l'écran d'un logiciel d'entrevue vidéo.

Les plateformes comme VidCruiter vont continuer d'être populaires après la pandémie, prédisent les experts.

Photo : VidCruiter

De plus, certains logiciels d'AVI utilisent l’intelligence artificielle pour évaluer non seulement ce que les candidats disent, mais comment ils le disent.

L’intelligence artificielle peut rechercher des mots-clés et analyser le langage corporel et les expressions faciales.

Alors que des défenseurs de l’intelligence artificielle disent que cela permet de réduire les préjugés inconscients liés au sexe et à la race, d'autres sont en désaccord.

VidCruiter n'utilise pas l’intelligence artificielle parce que cette dernière comporte des biais en fonction de qui la programme, selon le président-directeur général, Sean Fahey.

Le problème, c'est que cette technologie est fabriquée à partir de préjugés, affirme-t-il.

Ici pour rester

Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, une chose est certaine, le format asynchrone ne disparaîtra pas, d'après des chercheurs du département de psychologie de l’Université de Calgary qui étudient le phénomène.

Dans leurs recherches, Joshua Bourdage et Eden-Raye Lukacik ont conclu que les demandeurs d'emploi n'aiment globalement pas le processus unidirectionnel. Certains d'entre eux refusent carrément de réaliser ces entretiens, puisqu'ils se font une idée de ce que cela serait de travailler dans une entreprise qui utilise un tel processus.

Ceci dit, ces psychologues soutiennent que les chercheurs d'emploi devront s'adapter. D'après eux, ils devraient même considérer les AVI comme étant une évolution positive.

C'est en quelque sorte un avantage parce que c'est votre temps et vous êtes dans votre propre maison, souligne Eden-Raye Lukacik, qui a d'ailleurs conçu un outil d'entraînement aux entrevues vidéo.

Les candidats devraient avant tout se présenter honnêtement et choisir le temps et l’espace qui leur conviennent le mieux, dit-elle.

Avec les informations de Madeleine Cummings

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