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La Suisse adopte l'initiative antiburqa à une courte majorité

Un panneau sur lequel on peut voir une femme voilée.

En votant contre le port du voile intégral dans l'espace public, la Suisse rejoint la France, l'Autriche, la Bulgarie, la Belgique et le Danemark, après des années de débats.

Photo : afp via getty images / FABRICE COFFRINI

Agence France-Presse

Les Suisses ont voté dimanche à une courte majorité pour l'interdiction de se dissimuler le visage, un signal contre l'islam radical selon ses partisans, une initiative xénophobe et sexiste pour les autres.

Le texte, initialement proposé par le parti populiste de droite Union démocratique du centre (UDC), a obtenu 51,21 % des voix et une majorité de cantons, selon les résultats officiels publiés par le gouvernement fédéral.

Il a été soutenu par des féministes et une partie des électeurs de la gauche laïque.

Nous nous réjouissons. Nous ne voulons pas qu'il y ait un islam radical dans notre pays, a lancé le président de l'UDC Suisse, Marco Chiesa, sur la chaîne Blick.tv.

Le texte n'évoque ni la burqa (une large pièce de tissu qui couvre de la tête aux pieds et qui est munie d'une fente grillagée à hauteur des yeux) ni le niqab (qui couvre entièrement le corps et le visage, à l'exception des yeux), mais les affiches de campagne ne laissaient pas de doute sur l'objet du référendum.

En votant contre le port du voile intégral dans l'espace public, la Suisse rejoint la France, l'Autriche, la Bulgarie, la Belgique et le Danemark, après des années de débats.

Une femme portant un masque met un bulletin de vote dans une boîte aux lettres.

Selon les opposants, le port du voile intégral n'est pas un problème en Suisse, où on n'estime qu'à quelques dizaines les femmes ainsi vêtues, en général des converties.

Photo : afp via getty images / FABRICE COFFRINI

Il sera donc désormais interdit de se couvrir complètement le visage en public, ce qui vaut aussi pour les manifestants cagoulés, mais des exceptions sont prévues, pour les lieux de culte, par exemple.

Le oui risque de banaliser l'ambiance xénophobe et raciste à l'encontre des musulmanes, a déclaré Myriam Mastour, membre du collectif Les Foulards Violets et de la grève féministe sur la chaîne publique RTS.

En revanche, elle se réjouit du faible écart entre le oui et le non, alors que les premiers sondages donnaient l'initiative de l'UDC largement favorite.

Peu de femmes voilées

Selon les opposants, le port du voile intégral n'est pas un problème en Suisse, où on n'estime qu'à quelques dizaines les femmes ainsi vêtues, en général des converties. Ce sont surtout de riches touristes que l'on voit fréquenter les boutiques chics de Genève ou de Zürich vêtues de cette façon.

Ce résultat, c'est un immense soulagement, a dit Mohamed Hamdaoui, député au Grand Conseil bernois et fondateur de la campagne À visage découvert à l'agence ATS. Ce vote est révélateur d'une prise de conscience, selon ce membre du Parti socialiste suisse, qui se revendique musulman laïque.

C'était l'occasion de dire stop à l'islamisme et pas aux musulmans, qui ont évidemment toute leur place dans ce pays, a-t-il souligné.

L'interdiction du voile intégral n'est pas une mesure visant la libération des femmes. Il s'agit au contraire d'une dangereuse politique symbolique qui viole la liberté d'expression et de religion.

Une citation de :Cyrielle Huguenot, responsable des droits des femmes à Amnesty International Suisse

Selon les chiffres de 2019 de l'Office des statistiques, environ 5,5 % de la population suisse est musulmane, essentiellement avec des racines en ex-Yougoslavie, où cette tradition vestimentaire est absente.

Le gouvernement fédéral et le Parlement s'opposaient à cette mesure.

En 2009, les Suisses avaient déjà voté l'interdiction de la construction de minarets sur les mosquées, provoquant la colère dans les pays musulmans et l'approbation des partis nationalistes européens.

L'initiative est plébiscitée à une large majorité des cantons. Seuls quatre cantons ont dit non : Genève, les Grisons, Bâle-Ville et Appenzell Rhodes-Extérieures.

Accord commercial avec l'Indonésie

Les Suisses se sont par ailleurs prononcés en faveur d'un accord commercial avec l'Indonésie (51,65 %), mais ont rejeté largement l'introduction d'une identité électronique fédérale gérée par le privé (64,36 % pour le non).

Le plus grand pays musulman du monde est un marché très prometteur, mais c'est l'huile de palme – à la réputation écologique sulfureuse – qui avait focalisé le débat.

Signé en 2018 et approuvé par le Parlement suisse en 2019, cet accord prévoit l'abolition des droits de douane sur une grande partie des produits échangés avec l'Indonésie ainsi qu'un ensemble de règles régissant les échanges de services, la propriété intellectuelle et les investissements.

Selon les opposants, leur score montre que les préoccupations écologiques devront être au cœur des futures négociations commerciales.

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