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Analyse

Le silence du ministre Harjit Sajjan rattrape Justin Trudeau

Le ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan.

Harjit Sajjan est ministre de la Défense nationale du Canada depuis 2015.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Si Harjit Sajjan voulait protéger son premier ministre en ne l’informant pas pendant trois ans des allégations qui pesaient contre le numéro un de l’armée, sa stratégie semble s’être retournée contre lui et contre le gouvernement.

Si un arbre tombe dans la forêt et que le ministre de la Défense l’entend, est-ce qu’il avertit le premier ministre?

La réponse est non, si on remplace l’arbre par des allégations d’inconduites sexuelles contre le chef d’État major, et si la forêt est en fait le bureau du ministre de la Défense.

Un silence qui, trois ans plus tard, revient hanter Harjit Sajjan et les libéraux au moment où les partis d’opposition accusent le gouvernement d’avoir tenté d’étouffer l’affaire.

La meilleure défense, c’est l’attaque

Justin Trudeau a confirmé tout haut ce que son ministre de la Défense, Harjit Sajjan, refusait d’admettre directement cette semaine : des allégations contre le général Vance ont bien fait surface il y a trois ans. Et l’ombudsman des Forces armées de l’époque, Gary Walbourne, a bien alerté Harjit Sajjan dans une rencontre confidentielle en mars 2018.

Jonathan Vance debout en uniforme de l'armée parle dans un micro.

Le général Jonathan Vance lors de sa conférence de presse du 7 mai 2020.

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

C’est une admission importante du premier ministre, qui met en exergue le manque de transparence du ministre de la Défense dans cette affaire.

Une admission qui fait peut-être mal à Harjit Sajjan à court terme, mais qui vise peut-être à calmer le jeu à long terme.

La pression montait, après la publication de courriels qui semblaient contredire le témoignage du ministre en comité, c’est-à-dire qu’il n’a pris connaissance des allégations que le mois dernier. Dur de nier ce qui est écrit noir sur blanc.

Le gouvernement a donc modifié son approche : il admet finalement que le ministre savait il y a trois ans, mais fait porter le blâme sur celui qui avait lancé l’alerte au départ, l’ancien ombudsman Gary Walbourne.

Vendredi, Justin Trudeau a presque félicité son ministre d’avoir refilé les allégations d’inconduites sexuelles au Bureau du Conseil privé. Mais le Bureau du Conseil privé n’a pas reçu l'information nécessaire de l'ombudsman pour suivre avec une enquête plus approfondie a poursuivi le premier ministre.

Certains libéraux en coulisses s’en prennent à l‘ancien ombudsman pour avoir mis le ministre dans une situation embarrassante et pour avoir agi de façon inappropriée dans la façon de gérer cette plainte.

Le problème, c’est qu’il n’existe pas de marche à suivre concrète en ce moment, quand une telle plainte touche le plus haut gradé des Forces.

Les arguments de l'ancien ombudsman

La plainte était non officielle et la plaignante voulait rester anonyme, rétorque l’ancien ombudsman, il ne voulait pas briser ce lien de confidentialité.

Si le ministre Sajjan voulait vraiment savoir, il avait d’autres avenues qui s'offraient à lui. Gary Walbourne a voulu lui présenter une preuve écrite (anonymisée) il y a trois ans. Le ministre a refusé d’en prendre connaissance et mis fin à la conversation, selon l’ex-ombudsman.

Gary Walbourne tient un écouteur près de son oreille de sa main gauche.

L'ancien ombudsman de l'armée canadienne Gary Walbourne.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Des experts militaires ajoutent aujourd’hui que le ministre aurait pu utiliser une série de mécanismes internes pour faire la lumière. Ce qui aurait pu même donner au général Vance une chance de s’expliquer il y a trois ans – lui qui nie les allégations contre lui.

Ces experts disent ni plus ni moins à Harjit Sajjan:  You had an option, sir . Une phrase qui rappelle de mauvais souvenirs aux libéraux.

Rapport Deschamps

Dans son rapport de 2015 sur l’inconduite et le harcèlement sexuel dans les Forces armées canadiennes, l’ancienne juge de la Cour suprême Marie Deschamps écrit :

Il ne suffit pas de revoir les politiques ou de répéter le mantra de la tolérance zéro. Les dirigeants doivent reconnaître que l’inconduite sexuelle est un problème grave et bien réel pour les FAC, et qu’ils doivent y voir personnellement, directement et de façon soutenue.

Une citation de :l'ancienne juge de la Cour suprême Marie Deschamps

Les partis d’opposition aux Communes se demandent aujourd’hui si le fait de refuser de prendre connaissance de la preuve, de repasser le dossier au Bureau du Conseil privé, de ne pas avertir le premier ministre et de ne pas donner une chance à la personne visée de s’expliquer, répond à l’esprit et à la lettre du rapport Deschamps.

L’onde de choc qui émane du bureau du ministre de la Défense éclabousse maintenant l’ensemble d’un gouvernement qui a promis de s’attaquer à ces inconduites et d’en protéger les victimes.

L’épisode vient aussi ternir le blason d’un premier ministre, qui mise sur son image féministe et qui n’a pas hésité dans le passé à éjecter deux députés du caucus libéral pour des allégations d’inconduites sexuelles.

Peut-être que Harjit Sajjan a gardé cette information pour lui il y a trois ans pour protéger le patron. Certains se demandent maintenant s’il est prêt à suivre cette logique jusqu’au bout.

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